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PROCEDES Trois grands axes de recherches et de travaux

bernard aldebert, patrice drouin, bertrand fabre |  le 10/01/1997  |  TechniqueBâtimentInternationalFrance entièreEurope

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TRAITER L'AMIANTE EN PLACE

Trois types de procédés sont proposés pour traiter l'amiante en place.

Le plus connu est bien entendu le retrait total, couramment appelé déflocage ou décalorifugeage. Une opération extrêmement délicate qui nécessite des conditions de mise en oeuvre draconiennes (voir «Le Moniteur» du 2 février 1996, pages 38 à 45). L'entreprise - sans doute soumise, à terme, à l'obtention d'une qualification spéciale, no 1513, attribuée par l'organisme Qualibat (voir page 40) - devra disposer d'un matériel permettant notamment de créer une ambiance totalement confinée (à l'aide de films polyane) et mise en dépression.

Déflocage ou décalorifugeage

Les travaux exigent l'emploi de combinaisons parfaitement étanches, semblables à celles utilisées dans les centrales atomiques. Une succession de sas étanches permettra aussi bien le nettoyage des équipements que des compagnons. Quant aux déchets, ils seront placés sous double protection étanche qui devra également être totalement exempte de toute trace de fibre avant évacuation.

Souvent préféré pour des raisons psychologiques (rassurer les utilisateurs et occupants) ou économiques (un bâtiment contenant de l'amiante perd immanquablement de la valeur), le retrait total des flocages et calorifugeages pose pourtant un certain nombre de problèmes. « Ces travaux sont extrêmement délicats sur certains sites comme les salles blanches ou des laboratoires, souligne Robert Copé du CSTB. Car déflocage ne signifie pas forcément désamiantage. Le désamiantage consiste également à retirer toute fibre d'amiante dès lors qu'elle est présente en quantité dangereuse (supérieure à la norme) dans tous les équipements. Et ces équipements peuvent être des matériels très complexes dont le démontage ou le nettoyage sont quasiment impossibles à réaliser. » Par ailleurs, le déflocage, assuré avec des outils relativement sommaires, sera grandement facilité si on parvient à « stabiliser » la fibre de façon à pouvoir la détacher par blocs.

« Enfin, précise Christian Lejeune, du CSTB, il ne s'agit pas de défloquer à tous crins. En effet, certaines applications ont offert une bonne tenue dans le temps et ne présentent pas de danger immédiat - nombreux sont encore les locaux contenant de l'amiante qui, pour autant, ne laissent pas apparaître dans les mesures in situ le relargage de fibres en quantité proscrite. Sans compter qu'il ne suffit pas de retirer, encore faut-il restituer la fonction première : la protection incendie. Et les procédés de substitution actuellement connus nécessitent encore des vérifications (voir ci-dessous). » Dans certains cas extrêmes, on évoque des chantiers où cette fonction de protection incendie n'aurait même pas été assurée après le retrait de l'amiante. « Ne tombons pas de Charybde en Scylla ! », s'exclame Christian Lejeune.

Fixation-encoffrement, des solutions à marier

D'où l'intérêt d'étudier et de développer les autres solutions que constituent ce que l'ingénieur du CSTB appelle l'« encapsulage », des procédés qui connaissent un regain d'intérêt dans certains pays comme les Etats-Unis qui s'étaient lancés dans de vastes campagnes de retrait et qui ont mesuré le risque d'une politique aussi systématique.

Actuellement, les procédés de fixation ou d'encoffrement sont de trois types : l'imprégnation, la pose de revêtement en film mince et le doublage-encoffrement.

-L'imprégnation-fixation consiste à fixer le flocage par injection de produits (souvent des résines) en surpression. Elle suppose une bonne connaissance de l'état du flocage ou du calorifugeage et une pénétration à une profondeur satisfaisante. « Plusieurs techniques ou produits sont encore à l'essai, mais se pose le problème de la durabilité fait remarquer Daniel Ferrand, ingénieur à la Direction technique de Socotec, car on ne dispose pas du recul nécessaire à la connaissance du comportement du conglomérat obtenu dans le temps. Or, dans ce domaine, la responsabilité décennale n'a pas grand sens, bien au-delà de dix ans, le risque et la responsabilité demeurent. » Par ailleurs, certains professionnels soulèvent le problème de l'innocuité des produits utilisés vis-à-vis de la santé : « Personne n'est sûr qu'ils ne sont pas aussi voire plus dangereux que l'amiante, explique Jacques Ricour, directeur environnement et industries du bureau d'ingénierie Antea sans compter qu'on ignore aussi le comportement de certains (des vernis par exemple) au feu comme les réactions chimiques qu'ils peuvent provoquer à terme avec le flocage. Enfin, ces solutions exigent une surveillance régulière et leurs conditions de mise en oeuvre sont aussi exigeantes que l'arrachage ». Dans le but d'évaluer ces performances, le Centre scientifique et technique du bâtiment a mis en place une commission d'attribution d'Avis technique sur ces procédés (voir «Le Moniteur» du 29 mars, page 67) et les premiers avis devraient être publiés à la fin du premier semestre de 1997. « Dès lors que le comportement au feu du produit obtenu sera vérifié, ces solutions pourront être intéressantes », souligne Christian Lejeune.

-La pose de revêtement en film mince,

voire semi épais dans les cas où il est possible de disposer des armatures, est une technique qui peut être exploitées en complément de l'imprégnation.

-Le doublage encoffrement consiste à disposer un enduit épais sur un treillis métallique qui nécessite donc la pose de fixation mécanique ou la fermeture à l'aide d'éléments préfabriqués de type plaque de plâtre.

De ce fait, ils suscitent quelques méfiances. « Un tel ouvrage n'est évidemment intéressant que dans le cas où il est possible recons- tituer un ouvrage autour du flocage sans avoir à percer ce dernier et en s'appuyant sur des parois verticales ou horizontales libres, à une certaine distance de la zone concernée », fait remarquer Daniel Ferrand, « C'est pourtant une solution préférable parce que sans doute plus sûre, ajoute-t-il. Dans la solution d'encoffrement, on peut au moins vérifier l'étanchéité à l'air ».

Pour Christian Lejeune, la bonne voie consiste sans aucun doute à un cumul de plusieurs traitements. « Il importe de prendre en compte le risque ultérieur, explique-t-il. La protection peut être agresée, accidentellement ou volontairement, en raison de travaux d'entretien par exemple. D'où l'importance de la notion de "double sécurité" consistant, par exemple à utiliser à la fois une fixation et un doublage. »

On comprend bien l'importance capitale des analyses préalables et d'un diagnostic sûr avant de choisir telle ou telle solution. Cette étape permettra non seulement d'identifier la présence d'amiante, mais aussi, en fonction de l'état du flocage ou du calorifugeage, de la nécessité éventuelle d'un entretien régulier, de l'environnement du chantier, etc. de choisir entre retrait et encapsulage et, dans ce dernier cas, de retenir les solutions les plus adaptées.

RESTITUER LA FONCTION PREMIERE

Dans le cas où le diagnostic a conclu à la nécessité d'un retrait total et lorsque l'opération a été menée à bien, encore faut-il protéger l'ouvrage et effectuer les travaux nécessaires à sa protection contre l'incendie. « Le comportement thermomécanique des structures est essentiel », affirme Robert Copé. Pour ce faire, il existe plusieurs solutions.

Le flocage pourra être reconstitué à l'aide d'autres fibres que l'amiante. Mais, dans ce domaine, des expériences épidémiologiques récentes mettent en cause certaines d'entre elles. D'ores et déjà, la fibre céramique est rejetée car elle présente des dangers pour la santé. Un doute existe sur la laine de roche, employée pour ces usages, qui dans certains cas aurait provoqué des symptômes néfastes lorsqu'elle a été injectée sur des cobayes animaux (voir «Le Moniteur» du 2 février 1996, page 44). « Dans ce domaine, les professionnels attendent la publication d'un texte européen. Un tel document est à l'étude et permettrait de clarifier la situation en établissant des cahiers des charges précis », souligne Robert Copé.

Toujours dans le cadre des systèmes projetés, il est possible de faire appel à des charges minérales expansées très stables telles la vermiculite ou la perlite, associées à des liants également stables (plâtre, silicate, etc.).

« Quelques précautions sont pourtant nécessaires, avertit Christian Lejeune. En effet, dans une opération de déflocage, le primaire d'accrochage n'est pas forcément retiré et il importe de vérifier sa compatibilité avec la nouvelle projection. »

Parmi les autres procédés, les peintures intumescentes constituent une solution possible notamment sur les structures métalliques légères.

Enfin, on peut retenir des solutions technologiques différentes comme l'encoffrement par plaques de plâtre formulées en fonction du comportement au feu ou, en général, la mise en place de produits ablatifs qui disposent d'une forte capacité d'absorption de l'énergie par transformation de leur nature. Toutefois, certains procédés proposés méritent une expérimentation précise. C'est en particulier le cas de ceux qui utilisent des produits cellulosiques qui comportent des éléments combustibles.

REMPLACER DES PRODUITS MANUFACTURES

Le marché des matériaux manufacturés à base d'amiante était partagé entre deux grands industriels (Etex et Saint-Gobain). L'annonce de l'interdiction de l'amiante ne les a pas pris de court (voir «Le Moniteur» du 12 juillet 1996, page 12). Etex a choisi d'utiliser une formulation entièrement différente (faisant appel à des fibres polymères techniques PVAL et PVAC) en conservant la compatibilité avec le processus de fabrication.

« Ce n'est pas une véritable nouveauté, remarque Robert Copé, dans la mesure où, depuis quelque temps déjà, trois produits de ce type proposés par la société bénéficiaient de l'Avis technique. Les performances correspondent au cahier des charges, mais cette substitution ne permet pas d'obtenir l'exact niveau des performances de l'amiante ciment. »

Saint-Gobain s'est prononcé pour un choix technologique radicalement différent. Toutes les productions françaises d'Everit ont été arrêtées et la firme présente au travers d'une nouvelle entité, Novatec, des produits de style composite ciment-verre en faible épaisseur en se basant sur un procédé d'origine allemande. Il s'agit de constituer une matrice de type cimentaire autour d'un renfort structuré. Ce choix correspond également à une logique stratégique puisque Saint-Gobain met ici en oeuvre une licence verre alcali résistant acquise il y a quelques années. « La résistance mécanique, à la flexion et aux chocs correspondent bien à ce qui était annoncé et justifient le surcoût », commente Robert Copé.

Si d'autres produits ont été envisagés en Europe, en particulier en Italie, ils ne sont pas proposés en France et « leurs performances sont mal appréhendées », commente Robert Copé. « L'emploi de fibres de carbones aux propriétés très intéressantes - notamment l'inertie chimique - n'est envisageable que si leur coût était abaissé au niveau de celui des fibres polymères ».

Des recherches sur les équipements

--« Dans le cas d'un retrait de l'amiante, explique Daniel Ferrand, le problème le plus délicat est la gestion de l'amiante gratté ». Une fois retirée, la fibre est recueillie mais il est impossible d'éviter un minimum de dispersion. Aussi de nombreuses recherches portent-elles actuellement sur les équipements : l'enceinte de confinement et les films polyane qui la constituent, la mise en dépression et l'emplacement des ventilateurs.

Autant d'éléments qui permettront d'optimiser le chantier et ses résultats. « C'est pourquoi, poursuit Daniel Ferrand, la compétence des personnels des entreprises est essentielle ». La chaîne présente tant de risque à chaque étape que la moindre défaillance peut remettre en cause l'efficacité de chaque mesure de sécurité.

Quelques notions de coûts

Pour un diagnostic général, le coût est dégressif et les premiers mètres carrés les plus chers. « Dans tous les cas, pour les premières analyses, il n'excède pas 1 franc par mètre carré », précise Daniel Ferrand. Il faut ajouter les analyses en laboratoires dont le nombre est fonction de chaque site et donc totalement aléatoire. Le prix d'analyse d'un échantillon se situe aux alentours de 650 à 700 francs.

Quant aux travaux, qu'ils consistent en un encapsulage ou en un retrait, ils sont fonction de la complexité des structures et il est difficile d'indiquer un prix qui ne situe pas dans une large fourchette : de 600 à 2 000 francs par mètre carré.

Il faudra ajouter enfin l'indispensable remise aux normes et notamment la restitution de la fonction de sécurité incendie qui, elle, n'est pas chiffrable dans l'absolu.

Le site de Jussieu : un chantier test

Quelque 1 600 m2 de l'unité GPS (recherche en physique) de l'Université de Jussieu font actuellement l'objet d'un chantier test, sous la maîtrise d'oeuvre de Technip TPS.

Les travaux sont confiés à Wanner Isofi.

Dans le cadre de ce chantier, la technique de fixation de la société Axson sera expérimentée sur une faible surface (12 m2) par l'entreprise Quille. Il s'agit de vérifier les performances du procédé Axson afin de fixer le flocage avant un retrait total, objectif final du traitement de l'ensemble des locaux.

PHOTO : Traiter les flocages et les calorifugeages, un axe relevant des travaux, mettre aux normes les bâtiments et élaborer des produits de substitution aux éléments amiante-ciment, deux axes de développement industriel.

Déchets : comment les éliminer ?

La circulaire du 19 juillet 1996 (ministère de l'Environnement) propose deux voies d'élimination des déchets d'amiante : le centre d'enfouissement technique de classe 1 ou la vitrification pour laquelle il n'existe aujourd'hui, en France, qu'une solution opérationnelle, le procédé Inertam proposé par EDF. D'un coût est assez élevé (de 5 000 à 9 000 francs par tonne), il exige un tri sélectif poussé et ne résout pas le problème du sort ultérieur des vitrifiats. Mais des recherches se développent et des solutions existent à l'étranger qui pourraient peut-être être transposées dans notre pays.

Pour détruire la fibre d'amiante, trois voies sont proposées : transformation, dissolution ou fonte. La première consiste à la transformer en un autre minéral ; la chrysotile devient de la forsterite, un silicate de magnésium qui paraît perdre ses propriétés nocives pour la santé.

La dissolution fait appel à des produits chimiques. Mais la fibre d'amiante présente, et c'est une de ses qualités, une bonne résistance à ce type d'agression. Aussi est-il nécessaire d'accompagner cette exposition de conditions de températures élevées sans toutefois atteindre la température de fonte qui est de 1 500 °C pour la chrysotile, 1 000 °C pour la crocidolite et 1 100 °C pour l'amosite. « Le gaz permet d'atteindre de telles températures, précise Marcel Rubaud, du CSTB, mais d'autres combustibles devraient aussi le permettre si le procédé prévoit des conditions, notamment physiques, particulières. »

Au nombre des solutions alternatives possibles, deux projets nationaux sont à l'étude : un procédé de fusion dans un four à induction (Défi Système) et un procédé de traitement de type verrier (Verultime).

Aux Etats-Unis, un procédé à la fois thermique et chimique consiste en une aspersion de borax suivi d'un traitement thermique sans fusion. Il est proposé par un opérateur français mais n'a jamais été mis en oeuvre en France. D'autres études ont été menées, en Allemagne ou en Belgique, à partir d'une dissolution dans l'acide fluorhydrique ou dans la soude (suivi d'un passage en autoclave).

« Mais aucun de ces procédés n'a réellement été développé en France, souligne Marcel Rubaud, du CSTB. Il faudra pourtant apporter des réponses puisque, en 1998, les déchets devront être stabilisés avant mise en décharge et la stabilisation n'est pas sans poser de problème. Elle peut être effectuée à l'aide de ciment mais ce procédé est exigeant dans sa partie amont (tri-sélection) et le stockage est très consommateur de volume. En ce qui concerne les déchets d'amiante-ciment, selon leur état, les textes qui sont attendus devraient proposer la mise en décharge après palettisation ou rassemblement en vrac, avec emballage et étiquetage. Un traitement particulier sera exigé pour les déchets à risques (filtres, vêtements), capables de libérer de la fibre et qui, de ce fait, devront subir le traitement des déchets de déflocage ou de décalorifugeage. »

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