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PRÉCURSEUR DE L'HABITAT ÉCOLOGIQUE

le 13/11/2018  |  Eure-et-LoirHaut-RhinParisInternationalEurope

FREI OTTO -

Lauréat, à titre posthume, du prix Pritzker en 2015, l'Allemand Frei Otto (1925-2015) est principalement connu pour ses recherches sur les structures légères et prétendues. Architecte visionnaire ayant foi dans le partage de la connaissance et des inventions, il est aussi considéré comme l'un des pionniers de la maison écologique. Ouvrant de nouvelles voies en matière d'habitat, Frei Otto a su proposer une alternative au fonctionnalisme planificateur à grande échelle. Replaçant l'intime et la nature au cœur de ses projets, il participa à redéfinir la notion de foyer dans l'architecture de la seconde moitié du XXe siècle. Concepteur de « cités-jardins à trois dimensions », il proposa de concilier les principes, alors novateurs, d'architecture écologique et d'urbanisme participatif.

Ancrées au site, ses maisons sont des enclaves offrant la paix du refuge, tout en accueillant pleinement la nature environnante.

Professeur à l'université technique de Stuttgart dès le milieu des années 1960, Frei Otto est un pédagogue et théoricien qui a marqué plusieurs générations d'architectes contemporains. Largement établi dans son pays natal, grâce à des réalisations majeures réalisées à partir des années 1970 (la couverture des équipements sportifs du stade de Munich en 1972 et la halle polyvalente de Mannheim en 1975), il a également ancré son travail dans une carrière internationale, avec d'importants projets, notamment au Québec (pavillon allemand de l'Exposition universelle de Montréal, en 1967) ou en Arabie Saoudite (club diplomatique de Riyad, 1980). Les expérimentations formelles et structurelles qu'il mène avec ses collaborateurs depuis l'institut pour les structures légères de l'université de Stuttgart constituent l'un des apports majeurs de Frei Otto à la construction d'après-guerre. Ses recherches sur l'habitat restent, en revanche, plutôt méconnues. Pourtant, l'architecte s'engagea dès les années 1950 dans une réflexion originale sur le foyer, à la croisée du logement social, de la villa-atelier et de la maison urbaine. Amarrés à la nature qui les entoure, ses projets proposent à l'habitant de renouveler son regard sur sa pratique de l'espace domestique et s'inscrivent dans une tendance émergente des années 1970 : celle de l'habitat participatif. Ces réalisations révèlent toute la portée du regard sensible de l'architecte sur ses contemporains, loin des prouesses techniques réalisées par son agence.

Dans l'urgence de la Reconstruction

Pilote dans l'armée allemande, Frei Otto est capturé par les troupes françaises à Nuremberg en 1945, puis emprisonné à Chartres dans un camp de soldats allemands. A sa libération, en 1947, il se rend à Berlin-ouest, où il reprend ses études d'architecture, interrompues par la guerre. Il obtient une bourse pour les Etats-Unis, où il se rend en 1950. Durant ce voyage formateur, il observe in situ les réalisations d'architectes européens exilés tels Erich Mendelsohn, Ludwig Mies van der Rohe, Richard Neutra et Fred Severud, mais aussi celles de grandes figures de l'architecture moderne américaine, et notamment de Frank Lloyd Wright.

Dans son projet de fin d'études déposé en 1952, Frei Otto propose un immeuble d'habitation pour douze familles, dont seule la structure en béton armée serait prédéfinie. Cette première évocation, dès l'après-guerre, d'une participation directe des habitants au processus d'élaboration, constitue une donnée centrale de son approche. Elle s'exprimera pleinement trois décennies plus tard, lors de la réalisation du projet de maisons écologiques pour l'exposition internationale d'architecture de Berlin-ouest, l'IBA 1984-1987. En 1955, recevant une commande de l'église évangélique ouest-allemande, le jeune architecte imagine une autre cité d'habitation, bâtie dans le quartier de Tempelhof, à Berlin-ouest. Totalisant 232 logements, ces sept immeubles construits en 1958 s'inscrivent plutôt dans la continuité des modèles de la Reconstruction à l'Ouest, appliquant un style moderne international.

Une maison-manifeste

Tandis que dans l'avant-projet (1968) de sa propre maison et atelier, Frei Otto fait d'abord le choix d'un édifice occupant l'ensemble du terrain situé à Warmbronn, une localité du land du Bade-Wurtemberg, le projet final confère à la nature et aux espaces extérieurs une place bien plus importante. Telle une griffe métallique ancrée dans le sol du terrain légèrement en pente, la structure, qui ferme les pièces et semble vouloir protéger ses habitants des variations météorologiques, est réduite à son plus simple appareil. Cocon protecteur, la maison selon Frei Otto se veut ouverte sur l'extérieur et modulable au gré des usages. La véranda-serre, à la structure mobile, s'ouvre sur le jardin aux beaux jours, tandis que la nature s'invite au cœur du salon, grâce au bassin intérieur. L'omniprésence du verre assure un éclairage naturel et zénithal à l'ensemble des pièces à vivre, tandis que l'usage d'un bois de teinte claire crée une atmosphère intime, chaleureuse et familiale.

Malgré certains détails hérités du fonctionnalisme de l'entre-deux-guerres (des caissons de rangements à ouverture coulissante logés dans certains murs, ainsi qu'un luminaire intégré), Frei Otto et son collaborateur Rob Krier cherchent ici à déconstruire l'image classique de la maison individuelle. Comme un rappel des arbres qui encerclent la villa, les poutres naturelles supportant la structure d'ensemble sont employées à l'état naturel, et les vues photographiques de la villa en hiver dévoilent une maison devenue à la fois refuge et espace de contemplation de la nature à l'œuvre. Conçue comme un exercice de réflexion sur la « construction naturelle » (notion à laquelle Frei Otto consacre deux essais), dans un moment de plein essor du mouvement écologiste ouest-allemand, mais aussi, à l'aube du bouleversement culturel et de la révolution sexuelle des années 1970, cette maison-atelier invite ses habitants à repenser leur relation quotidienne à la nature. Production unique à bien des égards, elle s'inspire des modèles du bungalow ouest-allemand de la Reconstruction, du sauna finlandais et de la maison traditionnelle japonaise ; elle témoigne d'une culture architecturale riche et éclectique.

Vers l'habitat participatif

Si la forme des maisons conçues dans le cadre de l'IBA diffère peu de celle mise en œuvre auparavant à Warm-bronn, le processus constructif est, lui, novateur. Achevée en 1991 après de nombreuses années de chantier, la contribution de Frei Otto à l'exposition internationale d'architecture ouest-berlinoise est marquée par de nombreux avant-projets, déposés dès 1981. Rejetées par une administration finalement rétive à une [...]

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