Matériaux et équipements

Pourquoi nous ne construisons pas d’immeubles en bois

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Bois - Logement social

Un immeuble de logements sociaux en structure bois va s’élever sur 8 étages dans les Vosges. Les verrous psychologiques et techniques qui empêchent le bois d’être présent sur les chantiers d’immeubles de plusieurs étages ont, semble-t-il, sauté dans ce département.

Le taux d’incorporation du bois dans la construction hexagonale stagne autour de 10 %  alors qu’il atteint 15 % en Allemagne, 35 % en Scandinavie, et en Amérique du Nord 40%. Les chiffres viennent d’une étude sur le bois, commandée par le pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques au cabinet Alcimed.

La société de conseil rappelle, dans son rapport rendu public mercredi 22 février, que « la « Charte bois environnement construction, »  signée entre l’État et les principales organisations professionnelles en mars 2001, prévoyait une augmentation progressive du bois dans la construction. L’objectif était d’atteindre une part du bois dans la construction de 12,5 % en 2010, puis 20 % en 2020 ».  Pour franchir ce seuil, le matériau naturel doit pénétrer plus largement le marché de la maison individuelle.

Mais l’étude  pointe également la nécessité de s’introduire sur des chantiers de plus grande hauteur. « Du fait des volumes de bois nécessaires pour la construction  de logements collectifs et de bureaux, ces bâtiments ont un réel effet de levier pour la construction bois en général ». Alcimed précise que « grâce à la technique du bois contrecollé, il est désormais possible de concevoir en usine des panneaux de longue portée qui facilitent la construction sur chantier ».
Pourtant, en France, les exemples de bâtiments en structure bois dépassant les 10 m de hauteur sont encore rares.

« Aucun blocage réglementaire pour construire en hauteur en bois »

« La résistance au feu, le risque de propagation ou la détection incendie, constituent encore des obstacles pour la construction bois, et plus spécifiquement pour la construction bois en hauteur » explique l’étude. Mais ce sont plus les « préjugés d’ordre culturel » sur ces sujets que le cadre réglementaire qui freinent les acteurs du bâtiment.

« Il n’ y a aucun blocage réglementaire dans la construction d’un immeuble de 6 étages en bois », affirme Serge Le Nevé. L’adjoint à la direction du pôle Industrie Bois Construction de l’Institut Technologique FCBA  considère qu’ « il manque juste de l’ingénierie sur le développement de solutions types ».
Ingénieur au Cstb, Stéphane Hameury souligne que des études montrent une résistance au feu de 90 minutes pour des solutions bois, ce qui ouvre droit à la possibilité de bâtir des immeubles d’ habitation dont le plancher bas du logement le plus haut est situé à 28 mètres au plus au-dessus du sol utilement accessible aux engins des services de secours et de lutte contre l’incendie.

Si la réglementation autorise ce matériau à prendre de la hauteur dans la construction, la filière n’est pas capable encore de s’engouffrer sur ce marché. «Une offre insuffisamment structurée et un manque de formation technique expliquent que le bois peine à concurrencer l’industrie des matériaux concurrents, quant à elle très organisée, normée et compétitive», spécifie le rapport d’Alcimed.

« Une ossature bois, c’est la solution la plus simple et la plus rapide »

Avec près de 15 000 emplois dédiés à la filière bois et une école formant des ingénieurs spécialisés dans les produits issus de la forêt, les Vosges ont fait sauter les verrous psychologiques et techniques. A Saint-Dié-des-Vosges, le permis de construire d’un immeuble de logements sociaux de 8 étages en structure bois massif est en cours d’instruction (Voir l’ encadré).

Derrière ce projet, il y a la société HLM «Le Toit Vosgien». Son directeur général Jean-Marc Gremmel, a du mal, vu des Vosges, à comprendre pourquoi maîtres d’œuvre et d’ouvrage ne se tournent pas vers un matériau naturel. Il n’en est pas à son premier coup d’essai : sa dernière réalisation est un immeuble R+4 en bois, et quasiment tous ses projets sont en structure bois.
« Nous avons en aval et en amont une filière bois développée. Les entreprises et l’ingénierie sont compétentes », spécifie Jean-Luc Charrier, directeur technique de la société HLM, pour qui le choix du bois est évident. Préfabriqués, les caissons de contrecollés intégrant l’isolant raccourcissent la durée du chantier et réduisent l’épaisseur des façades. « Pour cet immeuble de 8 étages de niveau passif, il faut 30 cm d’isolant. Avec une construction bois, 10 cm peuvent déjà se loger dans l’épaisseur de la structure. Ce qui ne serait pas possible avec un mur maçonné » précise-t-il.

« Plus rapide, mais plus cher », diront les sceptiques. Au final, le coût des travaux pour cet immeuble, dont au moins une des façades sera isolée en paille, ne dépasse pas les 1 500 euros du m² shon HT. « Et l’inertie ? » penseront les défenseurs de l’industrie cimentière. Afin de conserver la chaleur en hiver et la fraîcheur nocturne en été, les chapes des planchers du bâtiment seront réalisées en béton. L’utilisation du bois en association avec d’autres matériaux est en augmentation et, de l’avis des experts interrogés par Alcimed, représente l’avenir de la construction bois. « Le Toit Vosgien » l’a compris.

Potentiel inexploité

Les Vosges ne sont pas le seul département à bénéficier d’une surface boisée importante. L’Hexagone représente la troisième superficie forestière de l’Europe et a donc les moyens de devenir un leader de la construction bois. La filière bois n’exploite pas son potentiel et les acteurs de la construction sont privés d’un matériau local et renouvelable.


 

Focus

Bâtiment de logements sociaux en structure bois massif de 8 niveaux, à Saint-Dié-Des-Vosges (88), en zone Anru

Demande de permis de construire déposé le 02/02/2012

Caractéristiques de l’immeuble :

Isolation en paille (35cm) sur au moins une des façades
Chauffage collectif bois
VMC double flux collective
Récupération de chaleur sur les eaux usées
Capteurs solaires thermiques en toiture
Capteurs solaires photovoltaïques pour couverture des charges communes
Ascenseur « régénératif »

Acteurs

Maître d’ ouvrage : Le Toit Vosgien
Architecte : ASP Architecture
Ingénierie : Terranergie,

Focus

La forêt française en chiffres

3ème superficie européenne
¾ détenus par des propriétaires privés
1 à 2% des personnes physiques ou morales possédant des forêts ont pour activité principale la récolte ou la valorisation du bois (37% en Suède)
6,4
milliard d’euros : déficit de la balance commerciale de la filière bois en 2010

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