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Pourquoi les entreprises sous-traitent la maintenance de leurs engins

DOMINIQUE LE ROUX |  le 10/12/1999  |  TravailIndustrieEntreprisesFrance International

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La plupart des entreprises de travaux publics trouvent plus économique de sous-traiter les grosses réparations de leurs engins qui exigent des moyens techniques de plus en plus sophistiqués. Pour autant, elles entendent conserver en interne la maîtrise technique des opérations d'entretien.

On les appelle les dinosaures ! Leur nombre tend à diminuer d'année en année. De qui s'agit-il ? Des entreprises de travaux publics qui conservent en leur sein un atelier central, doté de mécaniciens et de motoristes chargés d'effectuer l'entretien et les réparations des engins de travaux publics. Guintoli, Deschiron, GTM Construction font partie des entreprises qui conservent un atelier central. Mais la majeure partie des entreprises a fait le choix inverse. La plupart ont fermé leur atelier central en France. Certaines, présentes à l'international, maintiennent des ateliers à l'étranger pour les besoins de leurs chantiers. Razel en conserve en Afrique. Bec Frères vient d'en ouvrir un au Nigeria, ainsi qu'en Jordanie et au Sri Lanka. « Nous conservons des ateliers partout où les constructeurs et les concessionnaires ne sont pas en mesure d'intervenir », explique André Bec, directeur du matériel.

Tel n'est pas le cas en France où la tendance à la sous-traitance est nette. Plusieurs motifs sont avancés par les entreprises. « Le matériel évolue trop vite, et nous ne disposons pas de l'outillage adéquat », souligne Christian Dechepy, de l'entreprise Razel. « L'outillage est de plus en plus sophistiqué, ajoute Jean-Paul Miramalous, responsable du matériel de l'entreprise routière EJL Ile-de-France. Les machines contiennent souvent de l'électronique embarquée », qui requiert l'intervention de spécialistes dont les entreprises de BTP ne disposent pas.

Garder la maîtrise technique

La seconde raison de fermeture des ateliers centraux est la rotation plus fréquente des machines. Les entreprises de terrassement, notamment, changent plus souvent de machines que naguère. « Cela nous permet de bénéficier d'engins technologiquement à jour et plus performants sur les chantiers, avance Jean-Claude Redon, directeur du matériel chez Valérian. Nous ne gardons plus de machine au-delà de cinq ans. » « En renouvelant fréquemment les machines, nous limitons les risques de pannes, complète André Bec. Nous renouvelons notre matériel avant de risquer de grosses pannes et cela ne justifie plus le maintien d'un atelier central », note-t-il.

Enfin, dernière motivation et non des moindres, la rotation rapide du matériel favorise sa revente au meilleur prix. Les entreprises décident de leur politique matériel à l'aune de trois critères : le prix d'achat de la machine, son prix de revente et son coût d'exploitation. La même analyse économique prévaut chez GTM Construction qui a fait le pari inverse en conservant un atelier central à Valence. « Nous y réparons tout le matériel terrassement de GTM Construction, explique Luc Lecompte, directeur du matériel. L'atelier emploie 18 personnes : des motoristes, des hydrauliciens, des hydrauliciens. »

Ce maintien de l'atelier central résulte d'une analyse fine des coûts. « Ce sont les chiffres qui parlent, résume Luc Lecompte. Nous effectuons des suivis analytiques par machine ou famille de machines. Nous ne maintenons pas l'atelier pour le conserver coûte que coûte. Il existe aujourd'hui des réparations que nous n'effectuons plus. » Aujourd'hui, 95 % des engins de GTM Construction sont réparés à l'atelier de Valence. « C'est grâce à notre atelier que nous maintenons la maîtrise de nos coûts, est-il persuadé. Nous avons un élément de comparaison. Nous savons s'il est plus rentable de vendre un engin après dix-huit mois ou si nous pouvons l'utiliser 13 000 heures. »

Qu'elles conservent ou non un atelier central, toutes les entreprises de travaux publics entendent garder la maîtrise des coûts d'exploitation de leurs engins. En aucun cas, elles donnent un blanc-seing au constructeur ou au concessionnaire pour l'entretien de leurs engins. « Nous n'avons plus d'atelier central, et nous sous-traitons les réparations lourdes, rappelle Jean-Paul Miramalous, d'EJL Ile-de-France. Mais nous conservons une personne chargée d'effectuer un diagnostic sur les engins. Lorsque nous achetons un engin, nous disposons de référentiel par machine et de coût horaire à ne pas dépasser pour son entretien. »

André Bec partage cette analyse. « Nous n'avons plus d'atelier central depuis sept ans. Cela coûte trop cher. Mais nous avons conservé un minimum de technicité en interne pour garder une expertise, contrôler les devis, savoir ce qu'il faut réparer sur une machine. » De fait, toutes les entreprises qui ont fermé leur atelier central conservent des structures légères permettant le diagnostic d'une machine, l'entretien ou de petites réparations d'engins. Les interventions lourdes sont sous-traitées. « Nous n'ouvrons plus les moteurs, confirme André Bec. Nos ateliers de chantier réalisent seulement l'entretien des machines, les petits dépannages ou certains échanges d'organes. »

Même politique chez Valérian : « Nous sous-traitons les grosses réparations mais conservons en interne le petit entretien, explique Jean-Claude Redon, directeur du matériel. Même si nous n'avons plus d'atelier central, 30 personnes travaillent au service matériel de l'entreprise pour 170 machines. Nous intervenons partout en France et effectuons chaque année une expertise de notre parc et de nos coûts. »

Offres globales de services

Les constructeurs et leurs concessionnaires ont intégré cet état de fait, propre au BTP. « Je ne vois pas pour l'instant de désengagement des entreprises pour l'entretien de leurs engins », souligne Dominique Martin, directeur technique de Komatsu France. Les constructeurs, via leur réseau de revente, proposent des offres globales de services, appelées contrats Full Services. « Par ce contrat, l'entreprise nous confie toute la maintenance de ses engins, de l'entretien courant à la réparation lourde », explique Jean-Paul Canon, responsable marketing après vente de Bergerat Monnoyeur TP (concessionnaire exclusif de Caterpillar depuis 70 ans). « Avec les contrats Full Services, le client ne s'occupe que du gazole et du chauffeur », résume Philippe Broyer, directeur du service clients du constructeur JCB.

Ce type de contrat est plus répandu dans l'industrie que dans le BTP, moins enclin à tout sous-traiter. « Je suis contre les contrats Full Services, explique Jean-Claude Redon, pour Valérian. Nous conservons la maîtrise des réparations à effectuer. Nos chefs d'atelier connaissent notre matériel. Remplacer un flexible, nous savons le faire. Nous ne confions au concessionnaire que la mécanique de précision ou pointue. Nous n'avons donc pas conclu de contrat d'entretien. Nous avons un contrat de partenariat avec nos deux principaux fournisseurs (Caterpillar et Liebherr) qui assurent des visites régulières et des dépannages rapides. Mais nous décidons des réparations à effectuer. »

Bon nombre d'entreprises ont recours au contrat dit de non-dépassement. EJL Ile-de-France et Bec Frères l'utilisent. « Il permet à l'entreprise de prévoir ses charges d'exploitation », assure Jacques Richer, responsable du service TP et agricole chez Case. Par ce contrat, le concessionnaire s'engage sur un montant maximal de réparations par tranche d'heures d'utilisation. « Toutes les réparations sont facturées au réel dans la limite d'un plafond toutes les 2 000 heures. En cas de dépassement, nous remboursons l'entreprise ou donnons un avoir. Ce contrat donne à nos clients une vision à moyen terme du coût des réparations de leur matériel », souligne Dominique Martin, directeur technique de Komatsu France. Cette garantie s'accompagne souvent de visites périodiques des engins.

Les concessionnaires multiplient les offres de contrats de visite assortis de garanties. « Une machine suivie par le concessionnaire a moins de probabilité de pannes car des visites préventives sont faites sur les engins », fait valoir Philippe Broyer, de JCB. Un argument repris par ses concurrents. « Les utilisateurs souhaitent que leur matériel soit immobilisé le moins possible », observe Jacques Richer. De fait, les entreprises parviennent à des taux d'efficience de leurs engins de 95 à 98 %.

BON A SAVOIR Les principaux contrats proposés par les constructeurs

Contrat d'extension de garantie

Le constructeur offre une garantie supplémentaire qui s'ajoute à la garantie contractuelle classique de l'engin. L'extension vise la durée de la garantie (de trois ans ou cinq ans dans la plupart des cas) et des pièces mécaniques précises ou complexes (chaîne cinématique, moteur, transmission, hydraulique...). Souvent, ces contrats sont assortis de visites régulières de la part du concessionnaire.

Contrat de non-dépassement

Le constructeur (ou son revendeur) s'engage, par tranche d'heures d'utilisation du matériel, sur un montant maximal du coût des réparations. Passé ce montant, la réparation est effectuée en tout ou partie, à la charge du constructeur ou du revendeur.

Contrat Full Services

Par ce contrat, l'entreprise confie à son fournisseur la maintenance intégrale du matériel : l'entretien courant (vidanges...), les visites régulières, toutes les réparations sur les engins et la fourniture des pièces détachées.

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GTM a choisi de conserver un atelier central à Valence qui répare 95% des engins de GTM Construction.

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