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Pourquoi les coûts de la sinistralité explosent
Evolution de la sinistralité en construction entre 2008 et 2016 - © © Source : SMABTP, octobre 2017.

Pourquoi les coûts de la sinistralité explosent

Aurélie Nicolas |  le 23/10/2017  | 

Entre 2008 et 2016, la charge des litiges a augmenté de plus de 50 %, relève l’assureur SMABTP. Un effet de la crise, mais pas seulement.

En 2016, 648 millions d'euros d'indemnités d'assurance ont été versés aux entreprises du BTP. L'année dernière aura été l'une des plus coûteuses pour l'assureur SMABTP, avec 107 000 sinistres ouverts, dont cinq à plus de 15 millions d'euros. Si le nombre de dossiers est resté relativement stable (+ 7 %) sur la période 2008-2016 - chose assez logique compte tenu du ralentissement de l'activité -, la charge des sinistres pour l'assureur a, elle, augmenté de 56 % sur la période.

« Plus que la fréquence des sinistres, c'est surtout leur intensité qui s'est accentuée durant la crise », confirme Pierre Esparbès, directeur général délégué de SMABTP. « En 2008, un sinistre en décennale coûtait en moyenne 3 600 euros, contre 4 500 euros aujourd'hui », illustre pour sa part Bertrand Lotte, le directeur des règlements de SMABTP. Sa part de marché étant proche de 30 %, la sinistralité de l'assureur peut être considérée comme un échantillon représentatif de la situation du marché.

La faiblesse des marges pèse sur la qualité des chantiers

Plusieurs facteurs expliquent ces mauvais chiffres. Tout d'abord, la crise elle-même et les baisses de mises en chantier, qui ont tiré les prix vers le bas et entraîné une concurrence accrue entre les entreprises. « L'érosion des marges a incité les acteurs à recourir à une sous-traitance engendrant souvent une baisse sensible de la qualité », souligne Pierre Esparbès. Qui observe aussi une difficulté à se retourner contre les sous-traitants, mal ou pas assurés. Et dans ce cas, l'assureur du traitant doit intervenir sans réelle possibilité de recours, augmentant ainsi la charge sinistre. Ensuite, « les entreprises se sont concentrées sur l'obtention de nouveaux marchés, diminuant leurs efforts en matière de service après-vente et de suivi des chantiers », complète-t-il.

Les comportements se « judiciarisent »

Sont également pointés du doigt la hausse des conflits entre entreprises et maîtres d'œuvre, et un réel changement de comportement de ces derniers. Ils n'hésitent plus à ouvrir des dossiers en contentieux, alors que, jusqu'à présent, ils réglaient le plus souvent leurs litiges à l'amiable, sans recours à l'assurance, donc.

« On assiste à un accroissement du nombre de réclamations pour des préjudices immatériels (décalage de planning, désorganisation de chantier, surcoûts… ) à la fin des chantiers », constate Bertrand Lotte. En responsabilité civile, le taux de contentieux en première année est passé de 4,5 % en 2008 à 12 % en 2016. Le nombre de sinistres contentieux, lui, a bondi de 37 % depuis 2008.

Certaines évolutions technologiques sont mal maîtrisées

Sur les huit dernières années, l'impact des normes thermiques et les évolutions technologiques ont entraîné une hausse des coûts de construction et, par conséquent, une augmentation du coût des travaux de réparation des ouvrages, ce qui a directement impacté les assureurs. Bertrand Lotte cite par exemple les désordres inhérents à la pose de carrelages scellés sur sous-couche isolante, particulièrement pathogènes. « Après un sinistre la reprise de l'intégralité du carrelage de la pièce, accompagnée d'un déménagement et d'un réaménagement, avec privation de jouissance temporaire, coûte très cher. » Le cas du photovoltaïque est également symptomatique : poussée par une fiscalité incitative, l'installation de panneaux intégrés au bâti a connu une croissance extrêmement rapide entre 2010 et 2012, attirant « des installateurs opportunistes qui ne maîtrisaient pas toujours cette technique », pointe l'assureur. Résultat, des sinistres liés aux produits ou au procédé ont été relevés, note SMABTP.

Comment faire face à cette dérive globale de la sinistralité ? La responsabilisation des acteurs est l'une des pistes avancées par l'assureur. Elle pourrait prendre à terme la forme d'une obligation d'assurance pour les fabricants de procédés et les sous-traitants. Une petite révolution en perspective ?

107 000

1O7 OOO sinistres ouverts en 2O16, pour une charge de 648 millions d'euros.

145 OOO sinistres encore non réglés, pour un montant de plus de 3 Mds €.

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