En direct

Pourquoi Eiffage croit au téléphérique urbain
Les cabines du téléphérique urbain de Brest, premier du genre en France, réalisé par Bouygues Construction et BMF, et exploité par Keolis, va inspirer de nombreuses autres villes. - © © Bouygues-BMF

Analyse

Pourquoi Eiffage croit au téléphérique urbain

Florent Maillet |  le 14/11/2018  |  TransportsInternationalTransports mécaniquesTravaux publicsEiffage

Le major du BTP vient de dévoiler les contours de l’offre de transport aérien urbain par câble pour les zones denses, fruit d’une alliance avec Poma et la RATP.

Après l’annonce, voilà la stratégie. Le 24 septembre dernier, Eiffage, la RATP et Poma révélaient leur alliance et le lancement d'une offre commune de « mobilité aérienne par câble ». Le projet n’est pas dégainé à l’improviste : la triplette y travaille discrètement en R&D depuis 3 ans.

Restait à en connaître les modalités. Le voile a été en partie levé, à l’occasion du récent Forum des Projets Urbains, où  le trio a tracé les contours de son offre baptisée "UP". Décryptage.


► Un mode de transport qui se développe et des projets importants dans les tuyaux


Si Eiffage, la RATP et Poma ont travaillé 3 ans sur cette offre de téléphérique, c'est que ce marché a, a priori, un beau potentiel. Certes, il est pour le moment, anecdotique. Mais il devrait se développer rapidement. La triplette a recensé, à date, 80 réalisations urbaines et « plus de 200 projets répertoriés dans le monde ».

Selon eux, le transport aérien urbain par câble « est en plein essor et s’impose comme un mode de transport collectif à part entière, complémentaire aux autres ». Il s’affranchirait de plus d’un usage purement touristique, pour se positionner dans l’offre émergente des nouvelles mobilités du quotidien, avancent les trois partenaires industriels.

De fait, rien qu’en France, le marché du transport par câble en zones urbaines frémit. L’exemple le plus connu est celui de Brest, premier à être inauguré hors zone de montagne. Le cas breton, où la cabine relie les deux rives au-dessus du fleuve Penfeld, a pourtant plutôt pointé les difficultés de ce genre de projets, avec des couacs techniques en série. Les cabines, exploitées par Keolis (SNCF), ont néanmoins convoyé près de 800 000 voyageurs en année pleine.

Sur le même sujet Nouveau couac sur le téléphérique de Brest

Pas suffisant pour remettre en cause d’autres projets. Le prochain sur la liste devrait être Orléans. La Métropole prévoit en effet un téléphérique sur 360 mètres entre ses quartiers nord et la commune limitrophe de Fleury-les-Aubrais. Les cabines devraient s'élancer en 2019.

Mais le projet, attribué pour 15 M€ à un groupement GTM – Sogea – Poma – Systra – Duthilleul, a été attaqué devant le tribunal administratif par un concurrent. Le jugement est en délibéré depuis le 18 octobre 2018.

Sur le même sujet Poma et Sogea réaliseront le premier téléphérique urbain de la Réunion

Autre projet-phare, Toulouse. La ville Rose doit accueillir, à horizon 2020-2021, le plus long téléphérique urbain de France. Il couvrira 3 km de distance et 3 stations. Le projet a été attribué par le SMTC Tisséo, en décembre 2016, au groupement Poma – Altiservice - Bouygues TP Régions France – Systra - Séquances et Seti. Montant du contrat : 111, 4 M€ TTC, en additionnant la conception-construction et la maintenance sur 20 ans. Marseille s'est également positionné sur le sujet, pour relier sa "Bonne mère" au vieux port.

Sur le même sujet A Marseille, la Bonne Mère sera reliée au Vieux-Port par un téléphérique urbain


Mais c’est surtout en région parisienne que les projets foisonnent. Depuis deux ans, Ile-de-France Mobilités lance des études sur 13 projets de transports par câble, dans une région qui est le terrain de jeu traditionnel de la RATP.

Autant dire que l’offre UP a vocation à concourir, même si elle aura affaire à forte partie : Keolis a, par exemple, constitué un groupement de haute volée réunissant Bouygues pour la construction, Artelia pour l’ingénierie, et BMF pour les cabines. Il se confrontera à "UP" sur l’appel d’offres du Câble A - Téléval, dans le Val-de-Marne, entre Créteil et Villeneuve-Saint-Georges. Une enquête publique doit  être lancée d’ici à la fin 2018. Un appel d’offres suivra, pour désigner l’exploitant et le constructeur.

A l’international aussi, les projets sortent des cartons. En Allemagne, par exemple, Munich réfléchit sérieusement à l’installation d’un téléphérique urbain de 4,5 km de long. Une ministre régionale a confirmé le lancement d’une étude de faisabilité sur ce projet qui permettrait de relier trois lignes de métro. Selon les experts, ce pays dispose d’un potentiel de 400 à 500 téléphériques dans ses grandes villes, pour relier notamment les grands centres sportifs, universitaires ou hospitaliers habituellement mal desservis.

Mais l’eldorado est avant tout sud-américain. Le marché y est propice, au vu des reliefs escarpés où se sont nichées les zones urbaines. En juillet dernier, La Paz (Bolivie) a par exemple inauguré sa septième ligne de téléphérique urbain. Plus au nord, les habitants de Medellin (Colombie) profitent de cinq lignes et 350 cabines du très populaire « metrocable ». Les projets fleurissent aussi en Afrique du Nord (Maroc et Algérie).


►Un faible « bilan carbone » mis en avant

Qui dit zone urbaine dit aussi, désormais, bilan carbone à soigner. Un argument largement mis en avant par la triplette Eiffage-RATP-Poma. « Le transport aérien par câble représente de plus en plus une solution bas carbone compétitive », appuient-ils.

Et il est « complémentaire des modes existants, capable de répondre au mouvement de densification et d’accroissement de la demande de mobilité des villes du monde entier. »

► Une alliance qui veut « proposer des solutions innovantes majeures »


Une offre ciblant les zones urbaines denses doit tout à la fois répondre à des contraintes techniques et au manque de foncier. Là encore, le triumvirat vante les atouts des télécabines. « Ces solutions, dont le développement va se poursuivre, doivent en particulier permettre de libérer l’espace foncier en réduisant l’emprise au sol des stations jusqu’à 25m², mais aussi d’effectuer grâce à des pylônes d’angle des virages jusqu’à 45°, sans besoin d’implanter des stations intermédiaires », détaillent Eiffage, la RATP et Poma.

"UP dispose d'un avantage compétitif majeur, appuie Benoît de Ruffray, le PDG d'Eiffage : en matière de transport, il constitue une solution bas-carbone, très peu consommatrice de foncier au sol, rapidement réalisable et qui améliore la fluidité des transports en milieu urbain dense et contraint."

Il s’agit , encore, selon les trois partenaires, de « solutions inédites nécessaires à la parfaite intégration du mode câble en zone urbaine dense. Il s’agira également de permettre aux cabines d’assurer elles-mêmes les fonctions de décélération, d'arrêt et d'accélération, ouvrant la possibilité pour la ligne d’atteindre la capacité de 4500 voyageurs par heure et par direction, en préservant une accessibilité totale en station. »

L’offre « UP » descend loin dans le détail : ses promoteurs mettent aussi en avant "la limitation des potentielles nuisances sonores et visuelles pour les riverains". Les cabines embarquent même en série un vitrage transparent actif, pour préserver l'intimité des habitants vivant à proximité des télécabines.

► Une offre qui repose sur « le savoir-faire de 3 grands groupes français »


Sur le papier, l’expertise des trois groupes de l’alliance est complémentaire pour cibler les contrats de conception-construction-maintenance à venir dans le transport urbain par câble. Et se positionner sur du « remis clés en main, assurant une gestion de l’ensemble de la chaîne de création, de maintenance et d’exploitation du transport aérien par câble en milieu urbain ». C'est en tout cas le sens que prennent les contrats déjà attribués, comme celui de Toulouse, dévolu à Poma et Bouygues.

Poma apporte dans la corbeille son savoir-faire en conception de cabines, Eiffage ses compétences en génie civil et construction métallique, tandis que la RATP dispose d’une expertise des transports-mobilité et du milieu urbain. Mais sur ce marché qui s'annonce très disputé, la concurrence ne devrait pas rester les bras croisés.

Vidéo : la présentation de l'offre commune Eiffage-RATP-Poma :

Commentaires

Pourquoi Eiffage croit au téléphérique urbain

Votre e-mail ne sera pas publié

Jean

14/11/2018 20h:09

Ah vous avez quand même réfléchi, ça fait plaisir

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Hors-série Le Moniteur - Annuel Immobilier 2019

Hors-série Le Moniteur - Annuel Immobilier 2019

Presse - Vente au n°

Prix : 35.00 €

Voir

Batiprix Bordereau 2019 - 36 ème édition

Batiprix Bordereau 2019 - 36 ème édition

Livre

Prix : 98.00 €

Auteur : Groupe Moniteur

Voir

Hors-série AMC : 50 ans d'architecture

Hors-série AMC : 50 ans d'architecture

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur