Pourquoi Atlantia pourrait perdre ses concessions en Italie
L’enquête ouverte suite à la catastrophe du pont Morandi de Gênes en août 2018, qui avait fait 43 morts, se poursuit, et les preuves de laxisme concernant l’entretien et la sécurité s’accumulent. - © 2019 ATI Demolitori Ponte Morandi

Pourquoi Atlantia pourrait perdre ses concessions en Italie

Olivier Tosseri |  le 10/01/2020  |  AtlantiaEuropeConcessionsAutoroutesConcession d’autoroutes

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Le groupe d’infrastructures contrôlé par la famille Benetton est menacé par l’exécutif de Giuseppe Conte d’un retrait de ses concessions autoroutières suite à la catastrophe du pont Morandi de Gênes et aux preuves de manque d’entretien du réseau de 3000 km d’autoroutes qu’il gère.

Atlantia risque la faillite. C’est ce qu’affirme son directeur général Roberto Tomasi dans un entretien au quotidien il Corriere della Sera.

Il estime que si la menace brandie par le gouvernement italien de retirer les concessions autoroutières était mise à exécution,  l’existence du groupe d’infrastructures contrôlé par la famille Benetton serait en jeu.

«Avec la révocation, nous risquons de faire faillite, puisque nous avons des lignes de crédit en cours d’une valeur de 10,5 milliards d’euros», explique le dirigeant qui poursuit : « Nous avons besoin d’un accord qui rassemble l’intérêt public, celui des acteurs privés et la primauté du droit. Un tel accord est possible et doit être conclu dans l’intérêt des 7000 employés d’Atlantia, de toutes les parties prenantes et des Italiens en général.»

Une décision fin janvier

Luigi Di Maio, leader du M5S et homme fort du gouvernement, répète comme un mantra la priorité absolue de son parti depuis l'effondrement du pont Morandi à Gênes en août 2018, qui a fait 43 morts : « Retirer les concessions autoroutières aux Benetton est un acte de civilité ».

Il est soutenu par Stefano Patuanelli qui lui a succédé au poste de ministre du Développement économique : « Pour nous la seule option est la révocation comme nous l’avons déjà dit à plusieurs reprises », a-t-il déclaré.

Un démenti aux rumeurs de la presse transalpine qui laissait envisager une « une maxi-amende » d’un milliard d’euros appliquée au groupe Atlantia à la place d’une coûteuse rupture du contrat qui nécessiterait un dédommagement de la part des pouvoirs publics.

Le gouvernement n’est pas unanime sur la question, la ministre des Infrastructures, Paola De Micheli issue des rangs du Parti Démocrate étant plus ouverte à la discussion avec Aspi (Autostrade per l’Italia, contrôlée majoritairement par Atlantia).

Ce sera au final le président du conseil Giuseppe Conte qui devra trancher d’ici la fin du mois. Il réclamera de toute façon des efforts supplémentaires sur la baisse des tarifs des péages des autoroutes gérées par le groupe et des investissements à faire dans le réseau.

Atlantia doit présenter son plan stratégique pour 2023 en janvier mais  celui-ci est suspendu aux décisions politiques.

Les preuves de laxisme s'accumulent

L’enquête ouverte suite à la catastrophe du pont Morandi se poursuit mais les preuves de laxisme concernant l’entretien et la sécurité ne cessent de s’accumuler.

Malgré  cela le patriarche des Benetton, Luciano, adressait fin 2019 au gouvernement et au M5S une lettre dans laquelle il dénonçait une « campagne inacceptable contre notre famille ». Luigi di Maio répondait immédiatement qu'il « irait jusqu'au bout » sur la révocation des concessions l'accusant de « s'être enrichi sur le dos des Italiens en fermant sciemment un oeil sur le manque d'interventions de maintenance ».

Il n’a que l’embarras du choix pour le démontrer à l’opinion publique qui lui est acquise. En novembre 2019, la police financière de Gênes avait démontré la rédaction de rapports avec « falsification et/ou omission » d'information, afin de « cacher aux inspecteurs du ministère des Infrastructures et des Transports des éléments sur la condition des ouvrages et leur état de conservation ».

En décembre 2019 la cour des comptes italienne remettait un rapport de 200 pages au gouvernement qui confirmait les sérieuses lacunes liées à la sécurité des 7000 kilomètres du réseau autoroutier transalpin. Autostrade gère à elle seule 3000 kilomètres, les plus rémunérateurs puisqu'ils représentent 80 % des péages.

Le document fait état de peu d'investissements et d'une faible maintenance avec l'absence de personnel adéquat causant un dommage à l'intérêt public. Les hauts profits réalisés par la société sont injustifiés et sans rapport avec les coûts qu'elle doit assumer.

Décret de révocation unilatérale de la concession

Autostrade a en effet augmenté le tarif des péages de 64 % en vingt ans. Ils génèrent près de 6 milliards d'euros par an alors que dans le même temps les investissements sur le réseau ont été divisés par deux ces cinq dernières années. Atlantia a proposé de mettre 700 millions d’euros pour les réduire ce qui a été jugé insuffisant par le gouvernement.

Juste avant Noël, il a adopté un décret ouvrant la voie à une révocation unilatérale de la concession d'Autostrade sans le paiement d'une indemnisation comme stipulé par le contrat et avec l’obligation faite au groupe de verser « les indemnités en réponses aux dommages causées par ses défaillances ».

Les concessions passeraient sous contrôle de la société publique Anas. Atlantia, se dit prête « à toute initiative pour faire valoir ses droits » et menace de lancer une bataille judiciaire. Les agences de notation ne parient pas sur la victoire du groupe des Benetton dans le bras de fer qu’il mène avec le gouvernement. Moody’s comme Fitch ont dégradé la note de l’entreprise, la faisant passer dans la catégorie des investissements risqués.

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