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Pour ses 150 ans, l’hôpital Sainte-Anne s’offre une analyse
Vue générale de l'asile Sainte-Anne. - © © Collection CHSA 1877

Pour ses 150 ans, l’hôpital Sainte-Anne s’offre une analyse

MARGOT GUISLAIN |  le 16/03/2017  |  ProfessionArchitectureTechniqueBâtimentParis

A l’occasion des 150 ans du Centre hospitalier Sainte-Anne, les éditions Somogy consacrent une monographie  à cet établissement psychiatrique mythique. Occasion, pour le grand public, de pénétrer dans un univers où se joua en grande partie l’histoire de la discipline…

 Franchir le porche d’entrée de l’hôpital Sainte-Anne (Paris XIVe), c’est encore, dans l’imaginaire collectif, entrer «chez les fous», dans un univers fantasmatique où résonnent les cris des «agités», les bruits secs des serrures fermées à double tour, où surgissent les images de couloirs interminables, de dortoirs surpeuplés, de chambres d’isolement, de camisoles de force, d’électrochocs… Malgré la violence des premiers traitements, l’hôpital Sainte-Anne représente en réalité l’épicentre des avancées majeures qui ont marqué l’histoire de la psychiatrie française, depuis les débuts de l’aliénisme au XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Sous le titre «L’hôpital Sainte-Anne, pionnier de la psychiatrie et des neurosciences au cœur de Paris», ce livre publié chez Somogy éditions d’Art raconte cette épopée.

Electrochocs historiques

Parmi les électrochocs qui ont secoué l’histoire de la psychiatrie dans l’enceinte de Sainte-Anne, la psychanalyse qui a fait ici son entrée dans l’hôpital, notamment avec Lacan. Dans les années 1950, c’est ici qu’ont été utilisés pour la première fois les neuroleptiques, révolutionnant la thérapeutique au niveau mondial. Ici, aussi que médecins et chercheurs ont fait évoluer la pédopsychiatrie, la neurologie, la neurochirurgie, etc. C’est ici, enfin, que l’art trouva sa place dans l’univers hospitalier avec, dès 1946, la première «Exposition d’œuvres de malades mentaux». Celle-ci donna le coup d’envoi de la constitution progressive de la «Collection Sainte-Anne» qui aboutit à la création d’un musée intra-muros (Musée d’art et d’histoire de l’Hôpital Sainte-Anne).

Palace

Si l’architecture originelle de Sainte-Anne est aujourd’hui perçue comme autoritaire, ce complexe hospitalier inauguré en 1867, constitua à l’époque de sa construction une immense avancée dans le sort réservé aux «insensés», entassés depuis des siècles dans les hospices généraux, les dépôts de mendicité, les prisons. Il s’inscrit dans la lignée des grands hôpitaux du XIXe siècle réalisés spécifiquement pour soigner les pathologies mentales (suivant la loi de 1838 obligeant chaque département à se doter d’un équipement spécialisé). Jean-Etienne Esquirol, l’un des premiers aliénistes et initiateur de cette loi, en profita pour édicter les grands principes de composition architecturale valables pour la construction de tous les asiles, considérant que «le plan d’un hospice d’aliénés n’est point une chose indifférente que l’on doit abandonner aux architectes». Voilà qui était dit! L’hôpital Sainte-Anne sera donc mis au point par l’architecte Charles-Auguste Questel suivant le plan type d’Esquirol : un vaste terrain rectangulaire entouré d’une enceinte avec, au centre, les services généraux et une chapelle. De part et d’autre, en une rigoureuse symétrie, se déploient des unités d’hébergement ouvrant sur des jardins: autant dire un palace pour l’époque. Réalisé à partir de matériaux récupérés sur les grands chantiers haussmanniens, l’établissement accueille le 1er mai 1867 son premier résident.

Au défi de la symétrie

A partir de l’après seconde guerre mondiale, le site de l’hôpital ne cessera  de se densifier, au rythme des progrès de la psychiatrie. Si les bâtiments en extension vont les uns après les autres rompre la dictature de l’ordre et de la symétrie qui a présidé à la conception de Sainte-Anne, ils vont aussi casser sa lisibilité par des architectures multiformes qui, pour la plupart, n’arrivent pas à relever le défi de l’insertion dans la trame régulière de l’existant. Par contraste, le désordre visuel qu’ils génèrent met en valeur les qualités originelles de ces grandes emprises hospitalières du XIXe siècle qui ont su faire la part belle à la végétation et dont certaines parties sont inscrites à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Bien qu’on puisse regretter une mise en page à l’esthétique institutionnelle, l’ouvrage offre le grand intérêt de mettre en scène, à portée du grand public, l’histoire de la psychiatrie française dans son décor le plus emblématique.

«L’hôpital Sainte-Anne: pionnier de la psychiatrie et des neurosciences au cœur de Paris», sous la direction de Stéphane Henry, Catherine Lavielle et Florence Patenotte, 22x28 cm, 208 pages, 100 ill., 25 euros. Somogy éditions d’Art.

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