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Pour ses 100 ans, la gare de Metz s’ouvre sur un nouveau quartier

PASCALE BRAUN |  le 18/09/2008  |  transportArchitectureAménagement

Il aura fallu 100 ans pour réconcilier les Messins avec leur gare. Inaugurée par l’occupant allemand le 17 août 1908, à mi-parcours d’une annexion de 48 ans, l’immense bâtisse aux allures de cathédrale a longtemps cristallisé la rancœur des Mosellans à l’encontre du Kaiser Guillaume II. Ses vitraux à l’effigie de Charlemagne et de l’aigle allemand, ses 300 m de façades surchargées de scènes de batailles lourdement symboliques, son style explicitement inspiré des palais romans rhénans, n’avaient- ils pas pour but de présenter l’annexion comme un retour de Metz dans le giron du Saint Empire romain germanique ?

En répondant, parmi une vingtaine d’autres grands noms de l’architecture allemande, à l’appel d’offres lancé en 1901, le Berlinois Jürgen Kröger relevait un défi architectural, mais aussi politique, stratégique et militaire. En 1898, Guillaume II avait fait raser les fortifications de Metz pour y édifier une ville nouvelle dont la gare constituerait le phare. L’édifice devait à la fois affirmer le caractère définitif de l’annexion et abriter une imposante logistique militaire. Sur 14 voies, pas moins de 10, destinées à la troupe, sont dotées de quais bas et de quais surélevés pour faciliter le transport des armes. Selon le plan du maréchal-comte von Schlieffen, commandant de l’armée allemande jusqu’en 1906, les 25 000 hommes du 16e corps d’armée créé à Metz devaient pouvoir embarquer dans la gare en 24 heures avec tout leur équipement pour se diriger vers la France, puis la Russie.

« Lumière et Air », le projet lauréat de Jürgen Kröger

Le cahier des charges imposait un appartement impérial de 350 m2, six salles d’attente spacieuses, aérées et éclairées ainsi qu’une salle des pas perdus de 450 m2. Intitulé « Lumière et Air », le projet de Jürgen Kröger, assisté des architectes Jurgensen et Bachmann, remporte le premier prix. Le lauréat doit néanmoins revoir sa copie à trois reprises pour conférer à la bâtisse un caractère plus explicitement roman. Selon l’historien Thomas von Joest, cité par André Schontz, Kröger s’est inspiré de l’éclectisme prôné par l’architecte américain Henri Hobson Richardson.

Lancés en 1905, les travaux pulvérisent rapidement le budget initial de 2,2 millions de marks pour atteindre… 29 millions de marks (1). Le sous-sol s’avère spongieux et requiert la pose de 3 034 pieux en béton armé à 17 m de profondeur. Le gros œuvre est achevé en 1907. Une dizaine de sculpteurs alsaciens et lorrains exécutent une multitude de fresques, statues et dessins. Inaugurée avec à peine quatre mois de retard le 17 août 1908, la gare est unanimement jugée grandiose. Construite en grès gris rose de Niederviller, à la place de la traditionnelle pierre de Jaumont messine, l’édifice, surmonté d’une tour de l’horloge de 30 m de hauteur, évoque à la fois l’église et le palais. Les arcs en plein cintre, les vastes portails et les vitraux décorés où foisonne un bestiaire mythique, soulignent le style néo-roman voulu par l’empereur. Dans la chambre impériale, un tympan orné d’une femme tissant et d’un guerrier symbolise l’industrie et la guerre sous la protection de l’aigle impérial. Le buffet comporte une grande fresque représentant le coucher de soleil sur Metz. A l’extérieur comme à l’intérieur de la gare, les artistes ont représenté des scènes pacifiques et bucoliques où se côtoient un pasteur, un cycliste, un enfant, un photographe ou encore, un musicien. A gauche de la gare, un très beau château d’eau servait à alimenter les machines à vapeur.

Le TGV marque un spectaculaire renouveau du quartier

Forteresse ferroviaire, « Metz Hauptbahnhof » donne sa pleine mesure, du 4 au 8 août 1914, quand 1 800 trains feront circuler 3 800 000 hommes ! En 1918, lors de la réunification de l’Alsace et de la Lorraine à la France, l’aigle impérial disparaît du fronton de la gare et la statue du feld-maréchal von Haesele est décapitée pour laisser place à la tête d’un chevalier portant la croix de Lorraine. L’effigie du feld-maréchal revient en 1942, avant le retour définitif du chevalier lorrain en 1945. La gare de Metz cesse alors de constituer un enjeu politique. Ses éléments de façade, la toiture donnant sur la place, le salon d’honneur et le buffet sont classés Monuments historiques en 1975. Réaménagé en 1995, le parvis de la gare présente alternativement sur 3 000 m2 son célèbre tapis floral en été, sa crèche et son sapin géant à Noël. Entré en gare en mai 2007 au terme de 25 ans d’atermoiements, le TGV marque un spectaculaire renouveau du quartier. Tandis que le « triangle impérial » délimité par la gare et la poste font l’objet d’une demande de classement au Patrimoine mondial de l’Unesco, le quartier de l’Amphithéâtre en cours de construction s’érige comme le pendant contemporain de la ville nouvelle construite sous Guillaume II. En 2009, la SNCF rouvrira un passage souterrain au niveau du hall des départs pour permettre aux piétons d’accéder au nouveau centre Pompidou en cours de construction.

PHOTO - HOR METZ.eps
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