En direct

Pour réussir les grands projets de ville

Robert Spizzichino |  le 09/03/2001  |  Collectivités localesArchitectureUrbanismeEtat

Robert Spizzichino, associé de Partenaires Développement

En 2003, nous risquons de constater que les cinquante grands projets de ville (GPV) visant la réinsertion urbaine de quartiers en voie de relégation ne produisent pas les premiers résultats attendus. Un nouveau gouvernement pourrait alors se croire obligé de proposer une nouvelle politique, voire de nouveaux dispositifs. Ce ne serait pas la première fois qu'une politique est condamnée du fait de ses difficultés de mise en oeuvre.

Pourtant, indiscutablement, le rapport Sueur a permis des avancées importantes dans les concepts et méthodes de la « politique de la ville ». On peut, par exemple, considérer comme acquis le raisonnement à une échelle plus vaste que celle du quartier, la prise en compte simultanée des dimensions spatiales, économiques et sociales, l'articulation entre temps court - celui de la gestion urbaine territorialisée - et temps long - celui du recyclage du patrimoine, incluant démolitions, remodelage urbain et changement d'image. Autres évolutions : une responsabilisation accrue des élus locaux et la volonté d'associer les habitants aux projets.

Des circuits de financement inadaptés

Aujourd'hui, les moyens mis en oeuvre sont conséquents : 840 millions d'euros (5,5 milliards de francs) de crédits d'Etat pour les GPV au XIIe Plan et l'appui technique et financier de la Caisse des dépôts. Ce n'est peut-être pas le « plan Marshall » pour les banlieues, réclamé par certains, mais ces mesures reposent sur une politique forte et adaptée. On pourrait donc espérer des résultats plus substantiels que ceux enregistrés par le passé, dont chacun s'accorde à dire qu'ils sont insuffisants au regard de l'élargissement de la fracture sociale et territoriale et de ses conséquences, notamment en termes de violences urbaines.

Et pourtant, l'observation de ce qui s'engage sur le terrain amène à être réservé, sinon pessimiste. En effet, les rigidités et les cloisonnements structurels de la société territoriale, administrative et civile font obstacle à l'application efficace de cette politique : chaque ministère étant attentif au marquage de son propre territoire, à ses propres procédures et au contrôle de son budget.

En outre, les élus locaux ont beaucoup de mal à jouer, dans la durée, le jeu d'une vraie implication des habitants. Ils ont aussi tendance à négliger la dimension économique pourtant essentielle. Quant au mouvement HLM, il fait face à une équation délicate : comment conduire une politique patrimoniale et promouvoir une mixité sociale et urbaine, quand tout pousse à concentrer les familles en difficulté dans des cités qui le sont aussi ?

Enfin, les aspects opérationnels touchant la mise en oeuvre des projets ont été négligés : l'effort a porté en priorité sur la constitution de structures partenariales de pilotage associant l'Etat et les collectivités territoriales au sein de groupements d'intérêt public (GIP) avec, à leur tête, des directeurs de projet expérimentés. C'est un progrès incontestable. Mais, au moment du passage à l'acte, on manque cruellement d'opérateurs qualifiés, de savoir-faire et de méthodes. Les circuits de financement sont encore traditionnels, lents, parcellisés et complètement inadaptés aux exigences du renouvellement urbain.

Pour éviter cet enlisement, des efforts significatifs pourraient être entrepris pour faire de la politique de la ville un point d'application privilégié de la réforme de l'Etat. Cela passerait par l'organisation de la transversalité, la professionnalisation des équipes projets, des financements publics globalisés et plus flexibles. De leur côté, les élus devraient prendre pleinement la responsabilité des projets d'évolution de leurs territoires en difficulté. Ce qui n'empêche pas l'organisation de partenariats dans les commerces, les services marchands, l'action sociale et l'action économique, pour aboutir à une véritable diversification des fonctions urbaines.

Une nouvelle approche du management urbain

Par ailleurs, si la priorité demeure l'amélioration des conditions de vie des habitants, les initiatives de terrain doivent être encouragées dans les services urbains, la décentralisation, la démocratie locale, la politique de l'habitat.

Enfin, ceux qui mettent en oeuvre les opérations complexes et multidimensionnelles composant le GPV, c'est-à-dire les services techniques des villes, les organismes d'HLM ou les SEM, devraient disposer d'outils opérationnels adaptés. En effet, le renouvellement urbain implique une nouvelle approche du management urbain, encore peu répandue. C'est pourquoi, la formation et la transmission des savoir-faire existants devraient être organisées de manière intensive.

Ces dispositions très terre à terre de décloisonnement, d'innovations administratives, de formation devraient être engagées sans plus attendre en concertation avec les élus et les socioprofessionnels. On ne peut se permettre de laisser échouer une bonne politique.

PHOTO : Ingénieur civil des Mines, Robert Spizzichino s'est très vite dirigé vers l'aménagement et le développement des territoires. Il a exercé des postes de direction au sein d'organismes publics ou privés : Caisse des dépôts, Crepah, Codatel, Matra, groupe Lyonnaise des eaux. Depuis 1996, il anime la société de management de projets urbains, Partenaires Développement.

Commentaires

Pour réussir les grands projets de ville

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Droit et gestion des collectivités territoriales - 2018

Droit et gestion des collectivités territoriales - 2018

Livre

Prix : 83.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Décrypter les finances publiques locales

Décrypter les finances publiques locales

Livre

Prix : 59.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Négoce 446 - Spécial TOP 100 de la distribution bâtiment-bricolage 2018

Négoce 446 - Spécial TOP 100 de la distribution bâtiment-bricolage 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 25.00 €

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur