Logement

« Pour atteindre nos objectifs, il manque 80 millions d’euros », Claude Dilain, nouveau président de l’Anah

Mots clés : Gouvernement - Politique du logement

Claude Dilain, nouveau président de l’Agence nationale de l’habitat (Anah) vient de recevoir sa feuille de route du gouvernement. Il répond pour la première fois aux questions du Moniteur.

Vous venez de recevoir votre feuille de route du gouvernement. Qu’en pensez-vous ?

 

Elle réaffirme les grandes missions de l’Anah, qui sont aussi des politiques importantes pour le gouvernement. Cela me semble très important.

 

Parmi ces missions, la lutte contre la précarité énergétique, via le programme « Habiter mieux ». Où en êtes-vous à mi-année ?


Ce programme « Habiter mieux » est sans doute la mission qui nous mobilise le plus actuellement. Je trouve que les mentalités évoluent sur le thème de l’énergie. On sent que le souci d’économie commence à entrer dans le quotidien des Français. En ce sens, la mission de l’Anah, en permettant aux populations modestes ou très modestes de faire des travaux énergétiques, est fondamentale à trois titres : pour traiter les passoires thermiques qui existent partout ; sur le plan de la cohésion sociale ; et en soutien de l’activité des petites et moyennes entreprises du bâtiment et donc de l’emploi. Je rappelle que l’ensemble des aides de l’Anah a généré 1,2 milliard d’euros de travaux en 2013 et permis de créer ou maintenir 23 000 emplois dans ce secteur.

 

Les outils mis en place par le gouvernement dans le cadre du Plan de rénovation énergétique de l’habitat (PREH) à l’automne 2013 sont-ils opérationnels ?


Il est indéniable que le guichet unique mis en place à cette occasion a aidé à la montée en puissance du programme Habiter mieux. A mi-année, nous avons atteint la moitié de notre objectif annuel de 38 000 rénovations engagées (69 000 depuis sa naissance début 2011). Compte tenu de la demande et si nous en avions les moyens, on pourrait viser 50 000 sur l’année. Pour autant, l’efficacité d’un programme dépend aussi de l’efficacité des opérateurs sur le terrain. C’est pourquoi nous allons continuer à œuvrer à leur professionnalisation. De ce point de vue, nous ne pouvons que nous féliciter de la fusion des deux opérateurs associatifs historiques que sont Pact Arim et Habitat & Développement.

 

Les aides de l’Anah ont-elles vocation à être éco-conditionnées, c’est-à-dire que le particulier qui en bénéficie doit faire intervenir une entreprise RGE ?

 

Les entreprises qui réalisent les travaux de rénovation énergétique dans le cadre Habiter Mieux ne sont pas obligatoirement labellisées RGE même s’il  est certain que nous allons vers plus d’exigences de qualification des entreprises. Ceci afin de s’assurer que les travaux financés, pour tout ou partie, par de l’argent public sont bien faits.

 

Les plafonds d’aides de l’Anah ont été élargis. Cela ne risque-t-il pas de réduire vos actions vis-à-vis des plus modestes ?

 
Non surtout pas mais nous devons toujours garder cette priorité à l’esprit.

 

La récente annonce de relance de l’éco-PTZ et du CIDD va-t-elle être utile aux ménages que vous aidez ?


Cet effort de relance des outils de la rénovation énergétique est une bonne chose. Mais ces outils ne sont pas vraiment déclencheurs pour les ménages modestes. La Cour des comptes a reproché à l’Anah que 17% des dossiers étaient financés à 100% via des subventions. Je suis d’accord sur le fait qu’il faut y voir clair sur l’articulation des différentes aides. Mais cette réserve étant faite, cela ne me choque pas que le cumul d’aides des différents opérateurs paye 100% des travaux. Sinon les travaux ne se font tout simplement pas.

 

Le montant moyen de travaux énergétiques est de 18 000 euros. Qu’en est-il du gain énergétique moyen après travaux ? 


Le gain est de 39% en moyenne après travaux. C’est mieux que l’objectif fixé 25%. Mais attention, cela dépend toujours beaucoup de la situation de départ. Il faut toujours veiller à ce que le rapport entre la dépense à engager et le gain qui sera obtenu reste valable. C’est aussi pourquoi nous avons besoin d’opérateurs expérimentés pour trancher sur ce point sur le terrain. Cette notion reste difficile à évaluer car outre la facture, entre aussi en ligne de compte la notion de confort des habitants.

 

L’adaptation des logements au vieillissement et au handicap est la deuxième grande mission de l’Anah. Où en êtes-vous ?


L’objectif est de parvenir à réaliser 15 000 adaptations par an (13 393 logements aidés pour 44,4 millions d’euros en 2013, ndlr). Là aussi, nous sommes au carrefour d’une action relevant de l’économique et du social. Retarder l’entrée dans un Ephad rapporte beaucoup sur le plan humain et sur le plan économique.

 

Troisième grand axe d’intervention de l’Anah : les copropriétés dégradées. Dans quelle mesure la loi Alur va-t-elle vous servir ?


La ministre du Logement, Sylvia Pinel, nous a demandé d’être partie prenante au registre des copropriétés dont le principe a été introduit par la loi Alur. J’irai plus loin : nous pouvons tout à fait en être maître d’ouvrage ou à tout le moins la tour de contrôle. Compte tenu de nos missions et de nos relations avec les collectivités locales, il n’est pas possible que l’Anah n’en soit pas. Il faut que ce registre serve vraiment. Il renforcera d’ailleurs notre outil de détection cartographique. Autre point concernant les copropriétés : il est demandé à l’Anah de renforcer son articulation avec l’Anru. Un protocole d’accord a été soumis aux Ministres du Logement et de la Ville indiquant qui, de l’Anru ou de l’Anah, est chef de file selon la nature des travaux à réaliser et les occupants de la copropriété en difficulté située en zone de rénovation urbaine. Il est en tout cas certain que le nouveau programme de rénovation urbaine interviendra beaucoup plus qu’auparavant pour traiter la problématique des copropriétés dégradées.

 

Le programme de rénovation des centres-bourgs vient d’être lancé. Quel sera exactement le rôle de l’Anah, qui est spécialiste du logement privé ?


Dans un premier temps, 50 bourgs sur 300 identifiés par les préfets bénéficieront de l’enveloppe de 40 millions prévue pour cette expérimentation qui, au-delà de la revitalisation physique et économique d’un centre-bourg, permettra aussi de limiter l’étalement urbain. L’Anah sera responsable de ce programme piloté par le Commissariat Général à l’égalité des territoires et  travaillera en étroite association avec les collectivités. Il est certain que les opérations financées vont bien au-delà de la seule question du logement. Nous aurons à traiter de commerces, de bureaux, de transports, etc. Mais l’Anah a changé de logiciel ces dernières années, passant d’une logique de guichet à une logique de projet. Les outils aussi ont été adaptés.

 

Le gouvernement vous demande dans toutes vos actions, d’avoir une approche intégrant au maximum la performance énergétique. Est-ce réaliste ?


Nous nous y efforçons autant que faire se peut. Mais quelquefois le mieux est l’ennemi du bien : additionner trop de travaux peut conduire à ne rien faire du tout car le montant est trop élevé. Attention, donc, à ne pas fixer des seuils de déclenchement des subventions trop hauts.

 

Dans le contexte d’économies budgétaire actuel, le barême d’aides de l’Anah peut-il être revu à la baisse ?


Non. Nos objectifs sont inchangés. Les niveaux d’aides ne changeront pas. Je plaide pour la stabilité des règles du jeu pour que le système continue à bien fonctionner. On peut faire du désendettement en n’altérant pas les politiques qui créent de l’activité économique et de l’emploi et sont donc un investissement. Les actions de l’Anah sont sur ce chemin de crête et doivent, en quelque sorte, être « sanctuarisées ».

 

Vous estimez toutefois que pour atteindre les objectifs qui vous sont fixés, il manque au moins 80 millions dans le budget de l’Anah.


C’est ce que j’ai dit en effet. Je laisse les arbitrages budgétaires se faire. Je suis optimiste sur leur issue. Car notre action est efficace. Nous pouvons contribuer très rapidement à relancer de l’activité et donc l’emploi local. Je continuerai de plaider pour avoir les moyens de faire davantage.

 

La structure budgétaire de l’Anah, basée sur une recette aléatoire, est-elle tenable ?


Ce n’est pas l’idéal évidemment. Si les recettes de quotas carbone ont le mérite d’être fléchées (à hauteur de 580 millions maximum), elles sont tributaires de la croissance économique. Quand il n’y a pas de croissance, les entreprises produisent moins et achètent moins de quotas. C’est pourquoi nous recherchons d’autres recettes : ce pourrait être le déplafonnement de la taxe sur les logements vacants (maximum 20 millions d’euros aujourd’hui alors qu’elle rapporte au moins 100 millions) ou de la contribution additionnelle sur l’adaptation des logements (20 millions également).  

 

Que contiendra le contrat d’objectifs et de moyens qui sera signé d’ici la fin de l’année ?

 

Il couvrira la période 2015-2017 et comprendra des objectifs chiffrés mais aussi des objectifs qualitatifs.

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