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Portzamparc et le temple de Hergé
Vue nocturne du musée Hergé à Louvain-la-Neuve (Belgique) - © © Nicolas Borel

Portzamparc et le temple de Hergé

Hugues Boulet, envoyé spécial à Louvain-la-Neuve (Belgique) |  le 27/05/2009  |  EuropeCultureArchitectureProfessionProfessionnels

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Posé au centre d'une forêt de Louvain-la-Neuve, au sud de Bruxelles (Belgique), le musée Hergé ouvrira ses portes le 2 juin prochain. Pour évoquer l'univers teinté d'irréalité du père de Tintin, l'architecte français Christian de Portzamparc s'est servi de couleurs, de transparences et de lignes épurées.

Homme discret, Christian de Portzamparc a pourtant un nom digne de figurer dans un album de Tintin. L'architecte, Pritzker Prize 1994, a gardé les yeux de l'enfant qui, durant les années 50, "dessinait dans les marges de ses cahiers d'écolier les goélettes de Rackham le Rouge". Son architecture possède une finesse susceptible d'épouser la "ligne claire" chère à l'auteur de BD. Pour toutes ces raisons, le Français a réussi à capter l'esprit de Hergé et à concevoir un musée dans lequel résonne sans ostentation la personnalité du célèbre Bruxellois.

Trouver l'écrin idéal pour exposer des planches originales, des souvenirs personnels ou encore des travaux méconnus de l'auteur comme des affiches publicitaires ou ses œuvres plastiques était un défi de taille, tant semblait grande l'attente des tintinophiles du monde entier et de Fanny Rodwell, la veuve de Hergé. Cette dernière a pris contact avec Christian de Portzamparc dès 1996. "J'étais content d'avoir été choisi mais un peu perplexe. J'avais déjà construit une bibliothèque ou un musée pour des œuvres classiques, mais là il s'agissait de Hergé", avoue aujourd'hui l'architecte, confronté à la difficulté d'imaginer un lieu d'exposition pour le génie d'un art mineur.

Le choix d'un site au cœur d'une forêt plus que centenaire, à Louvain-la-Neuve (sud de Bruxelles), est acté en 2001. Portzamparc a d'abord en tête "l'image d'un bateau échoué dans cette forêt". Hormis le concept de la passerelle de bois qui enjambe une route et relie le musée à la ville, l'idée a été abandonnée mais sa puissance poétique permet à l'architecte de placer l'imaginaire au centre de sa réflexion : "L'oeuvre de Hergé est onirique. Il se dégage de ses albums un sentiment irréel, même s'il raconte les choses de manière très concrète. Son monde a toutes les caractéristiques de la réalité mais ce n'est pas la réalité. Je voulais qu'il en soit de même avec son musée."

Des volumes comme des chapitres

En 2004, les premières esquisses sont présentées à Fanny Rodwell : le choix d'un bâtiment en forme de prisme allongé est validé, avec un atrium ultra-lumineux qui sert de hall d'accueil et qui couvre quatre grands volumes abritant des salles d'exposition sombres et intimes. "Ces volumes sont comme les chapitres d'un même livre avec des passerelles qui traversent l'atrium et créent une attente et une curiosité", explique Christian de Portzamparc. "Ces deux espaces, l'extérieur-atrium et l'intérieur-salle d'exposition évoquent l'univers de Tintin, fait à la fois de grands espaces et d'éléments tout simples comme ces petits personnages de la vie bruxelloise qu'il affectionnait."

L'autre vœu de Fanny Rodwell - construire un musée dédié à Hergé et non à Tintin - est également exaucé. A l'intérieur de ce bâtiment de 3.600 m2 réalisé en à peine 22 mois, aucune représentation des personnages, ni parcours ludique destiné aux enfants. Pourtant, l'atmosphère de la BD est sans cesse présente, mais de manière subliminale. Ainsi, les motifs colorés qui recouvrent les volumes des salles d'exposition sont des agrandissements de dessins figurant dans les albums de Tintin. Les lignes épurées, les murs blancs ou la façade faite d'immenses carreaux de verre semblables à des cases font également trait d'union avec le monde de Hergé. Dernière illustration avec la trémie où se loge la cage d'ascenseur. "Au départ, nous voulions la revêtir d'un damier rouge et blanc qui rappelle la fusée d'Objectif Lune. Fanny Rodwell a refusé et le noir a remplacé le rouge", se souvient l'architecte.

Vu de l'extérieur, en particulier la nuit, le musée s'amuse de sa transparence et donne l'illusion d'être un bâtiment en deux dimensions, tout comme une bande-dessinée. "Il s'agit d'un paysage intérieur que l'on devine de l'extérieur puis qui se déploie une fois que l'on rentre dans le musée. Un peu comme lorsqu'enfant, on ouvre pour la première fois un album de Tintin. Sur le modèle des tableaux du Moyen-âge qui n'ont pas de perspective, nous avons ici opéré par un jeu de couleurs qui seul permet de comprendre ce qu'il y a devant et derrière. Puis on pénètre dans le musée et cela devient de la 3D et donc de l'architecture. Mais il reste cette impression de pénétrer dans une case de BD, d'où ce sentiment d'irréalité."

www.museeherge.com

Fiche technique

Maîtrise d'ouvrage : Société anonyme la Croix de l'aigle. Maîtrise d'ouvrage déléguée : Ingénieurs conseils associés (INCA)-Walter De Toffol.
Maîtrise d'œuvre : Atelier Christian de Portzamparc, architectes; Winston Spriet et Joost Swarte, scénographe.
Surface : 3.600 m2 HON.
Investissement : 15 millions d'euros.

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