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Port de Miami : Bouygues sur la corde raide
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Port de Miami : Bouygues sur la corde raide

Defawe Philippe |  le 29/10/2007  |  International

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Sueurs froides pour Bouygues Travaux Publics dans le "Sunshine State", l'autre nom de la Floride. Associée au financier canadien Babcock, la filiale du groupe français pensait avoir réalisé un joli coup en étant, le 2 mai, désigné "candidat préféré*" par l'Etat du Sud des Etats-Unis pour réaliser en partenariat public-privé un tunnel routier de 1,2 km menant au coeur du port de Miami. Mais les mois passent, et Bouygues n’a toujours pas reçu de lettre lui signifiant officiellement sa désignation. Au moment où les majors du BTP hexagonal éprouvent un regain d'intérêt pour les projets d'infrastructures américains, le Bulletin Européen du Moniteur a enquêté sur ce dossier, qui illustre toute la difficulté pour une société française de travailler au pays de l'Oncle Sam.

Un tunnel trop cher
Estimé à près de 1,6 milliards de dollars (1,1 milliard d’euros), le projet du Port de Miami est à financement mixte. "Le comté de Miami est censé apporter 402 millions de dollars, l'Etat de Floride 457 millions, et la ville de Miami 50 millions. De son côté, le consortium privé comprenant Bouygues doit apporter 40 millions de dollars en fonds propres et 685 millions en crédit", résume Rick Katz, porte parole du "Florida Department of Transportation" (FDOT). Problème : le conseil municipal de Miami n’a toujours pas approuvé sa mise au pot de 50 millions. Un retard qui remet en cause le projet de port dans son ensemble, dont la mise en service est prévue pour 2012/2013. Afin faire pression sur le partenaire privé, le 21 août dernier, le maire de Miami Manny Diaz annonçait même qu’il envisageait de se tourner vers "le groupe arrivé deuxième sur le marché", autrement dit ACS. Associé au Brésilien Oderbrecht, le major du BTP espagnol aurait d'ores et déjà accepté de "revoir son offre à la hausse", selon Rick Kat.

Lobby anti-Castro
En mai, la victoire de Bouygues sur ses deux concurrents espagnols, ACS mais aussi FCC dont le consortium est arrivé en troisième position, avait surpris nombre d’observateurs. Le poids de la communauté hispanophone – et notamment cubaine – est en effet si important à Miami que le choix d’une firme ibère aurait paru logique à la majorité. D’autant que plusieurs voix se sont élevées à l’époque contre la désignation de Bouygues, "coupable" d’avoir participé à la réalisation d'infrastructures touristiques à Cuba. La loi fédérale Helms-Burton du 12 mars 1996 prévoit même que les entreprises étrangères ayant commercé avec le régime de Fidel Castro peuvent faire l'objet d'une action en justice. "Mais l’importance économique de ce chantier est telle que la municipalité ne peut pas suivre les recommandations de tous les lobbys politiques", note Larry Lebowitz, journaliste au Miami Herald.
En dépit de ces enjeux, le dossier est toujours au point mort six mois après la désignation "non officielle" de Bouygues, qui a présenté la meilleure proposition financière (33 millions de dollars par an pendant 35 ans en échange des opérations de construction/maintenance/exploitation), et est arrivé nettement en tête sur les critères techniques. Les groupes français et espagnol déclarent être en ce moment même en pleine négociation et la FDOT se refuse à donner la moindre date pour la décision finale. "Nous en sommes probablement arrivé à un moment clé du processus. En tout cas, ce projet constitue un véritable test pour le PPP aux Etats-Unis. Il n'y a jamais eu de projet de la sorte tenté dans ce pays auparavant", estime Aileen Cho, journaliste au magazine américain "Engineering News Record" (ENR).
Pour Bouygues, la victoire est impérative s'il veut venir concurrencer les groupes espagnols, très présents, mais aussi rivaliser avec son compatriote Vinci. Pierre Berger, président de la branche "Grands projets" du n°1 mondial, ne déclarait-il pas regarder de nouveau avec intérêt le marché américain dans une récente interview au Bulletin Européen du Moniteur. Pour le meilleur ou pour le pire, l'Amérique continue de faire rêver...

Hugues Boulet et Stéphane Régy (à Miami)

"Preferred bidder" en anglais. Terme employé dans les procédures d'appel d'offres anglo-saxonnes pour désigner le soumissionnaire qui va entamer seul, avec le maître d'ouvrage, des négociations aux termes desquelles il sera déclaré, ou non, adjudicataire.


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