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«Ne plus habiter des sols morts»
L'architecte urbaniste espère recréer les liens entre la terre et ses riverains, en décroûtant les sols. - © Louis Moutard

Point de vue

«Ne plus habiter des sols morts»

le 25/10/2018  |  AménagementUrbanismeMetropoleGrand Paris Aménagement

Louis Moutard, architecte et urbaniste des territoires. A l’approche de la journée mondiale des sols chapeautée par les Nations-Unies le 5 décembre, il appelle à « renouveler durablement nos pratiques urbaines ». Co-fondateur de l’agence Arep avec Jean-Marie Duthilleul et Etienne Tricaud, il a explicité sa vision de la ville fertile à l’occasion des consultations de Grand Paris Aménagement pour le Triangle de Gonesse : le concept Agriville, développé avec Xtu et Jean-Paul Viguier, veut mettre fin à la "France moche", et réenchanter les franges métropolitaines.

"Cela peut paraître loin de l’acte de construire mais c’est en fait très proche de notre responsabilité d’architecte et d’urbaniste que de promouvoir comme préalable cette conception environnementale du projet urbain : régénérer les sols.


Le choc de l’Aude


Les parkings des grandes zones commerciales ont tué les sols

Le constat est là. Un siècle d’urbanisation intensive des territoires agricoles, une imperméabilisation massive des sols, un réchauffement climatique avéré et des précipitions de plus en plus fortes et fréquentes dans les villes et villages produisent des situations dramatiques. L’actualité dans le département de l’Aude nous rattrape et chaque année des territoires et des hommes subissent les conséquences de ce changement climatique dans leur vie quotidienne.

L’espace urbain rural n’est pas épargné par les effets indirects de l’industrialisation et de la mécanisation intensive de l’agriculture, avec ces inondations et paradoxalement la baisse des nappes et du niveau d’eau dans les rivières.


Partir de l’existant



Abordons le Développement urbain en privilégiant la transformation de ce qui existe déjà dans les périphéries des villes constituées et patrimoniales, dans les bourgs et villages, en évitant ainsi de continuer l’étalement urbain. Les territoires de friches industrielles et commerciales et les espaces logistiques et de stationnement sont identifiés comme les lieux privilégiés de la transformation urbaine.


Tout ce zonage des villes issu des premiers plans d‘occupation des sols de 1967, de leur règlement et de leur attractivité fiscale a généré massivement ces dysfonctionnements environnementaux d’aujourd’hui.

Epargner le foncier agricole

C’est dans le renouvellement de ces tissus urbains que nous proposons de promouvoir autant que possible la régénération des sols par la mise en place de nouvelles exploitations agricoles adaptées à de nouveaux programmes urbains.

Une fois les sols décroutés de leur bitume ou béton et ré-amendés par des apports locaux de terre, la topographie du site réapparait, là où le nivellement artificiel des plateformes de construction l’avait engloutie. Ces exploitations en ville se substituent ainsi aux espaces minéralisés et à leurs espaces — dits « verts » — d’accompagnement.


Entretien allégé


Les charges d’entretien de ces sites régénérés ne sont plus affectées aux habitants des futurs programmes ni à la collectivité, mais aux exploitants eux-mêmes. Cela change beaucoup de choses dans la gestion future de ces lieux.

Ces exploitations en ville permettent alors de retrouver l’histoire agricole du site. Elles revalorisent au sens culturel et environnemental les territoires périphériques zonés.

Création de valeur

Les vergers, les vignobles, les maraîchages, les pâtures renaissent.  Ils expriment la mémoire des lieux d’avant, encore très présente dans celle de nos concitoyens.

Ils offrent également des opportunités d’emplois, et de formation. Là encore, le temps du projet de régénération des sols est déterminant. Il est à la fois technique et pédagogique. Que ce soit en phase définitive ou en phase provisoire, le site du projet est exploité : les phases de déconstruction sont valorisées. Elles sont une vraie composante du projet urbain, on en parle, on les montre aux élèves des écoles de proximité, aux associations de quartier.

Elles deviennent des nouveaux lieux de vie transitoire, où de l’éco-pâturage, d’autres activités temporaires, peuvent apparaitre avant la reconstruction.

Ces paysages de friches, désolants, délaissés, en attente de la rente deviennent alors de vrais paysages actifs, vivants et de nouveau productifs.

Nouvel art urbain


Alors réinvestir ces lieux devient un nouvel Art urbain, une nouvelle façon de planifier les lieux, et d’habiter, et de travailler en ville. En privilégiant la construction sur mesure en bois ou en système hybride, on prend soin d’implanter les constructions en fonction de ces nouvelles exploitations. Les habitants habitent de nouveau sur et à côté de sols vivants.  Ils retrouvent un environnement et un paysage qui change avec les saisons, abrite, fait de l’ombre, produit, et nourrit. On règle la gestion de l’eau dans les parcelles, sans la reporter vers les réseaux collectifs d’assainissement débordés.

Dans ce nouveau cadre, la voiture thermique devient un service accessoire, et les outils alternatifs de la mobilité deviennent essentiels : le vélo et la trottinette (avec ou sans assistance électrique), les voitures électriques à la demande, le co-voiturage et l’autopartage…

Nouveaux usages

Les espaces communs aux exploitants et habitants réapparaissent, les cohabitations s’organisent, sans être nécessairement des copropriétés. Ainsi de nouveaux usages se révèlent.

Pour ce faire, il faut « inventer » le projet futur, assembler des compétences interdisciplinaires, trouver les exploitants intéressés par le terroir et donner envie de réaliser ces nouveaux cadres de vie dans une économie accessible à un grand nombre de nos concitoyens.

Cela suppose une écoute et une volonté politique des élus et de leurs services pour promouvoir ces nouvelles démarches urbaines dans leur ville et territoires.

Cela suppose aussi que des propriétaires publics ou privés, des foncières, veuillent bien s’engager dans une nouvelle création de valeur à partir de leurs biens souvent amortis, en privilégiant la création de valeur environnementale et sociale comme économique.

Nouveaux modes de faire

Cela suppose aussi que des opérateurs réfléchissent à de nouvelles procédures, de nouveaux modes de faire pour faciliter les missions entre l‘action publique avec ses règles, et l’action privée avec son savoir-faire.

Cela suppose enfin d’informer, de se concerter suffisamment tôt avec les publics, pour que des entreprises locales, des associations, des établissements publics comme privés, divers, et au premier plan les habitants de ces villes, bourgs et villages puissent réfléchir à leur intérêt, pour devenir les acteurs de ces projets.

La transformation de ces sites vers de nouveaux usages vivants est aujourd’hui possible grâce à de l’ingénierie informelle constituée au cas par cas en fonction des situations autour des architectes, urbanistes, paysagistes de plus en plus initiateurs de projets, avec des structures spécialisées.

En périphérie de Rennes, les sols reprennent vie grâce à l'écopâturage

Agrosolutions

Dans cette régénération des sols, dans la recherche d‘exploitants et dans l’innovation pour remettre en œuvre cette nature en ville, Agrosolutions, filiale du groupe INVIVO nous accompagne par exemple dans ces aventures depuis plusieurs années.

Ils sont agronomes, à même de conseiller les productions agricoles locales qui pourraient être mises en place et à même d‘échanger avec les acteurs locaux, les chambres d’agricultures, les coopératives souvent peu impliquées dans les projets urbains

Des pépiniéristes comme les pépinières Chatelain avec leurs différents brevets d’exploitants sont eux-mêmes très en pointe pour aménager des espaces à faible entretien sur les sites et les bâtiments de ces lieux périphériques occupés.

Quant à l’ingénierie de la déconstruction, de la dépollution de friches industrielles, de la gestion de l’eau et des milieux aquatiques : elle est partenaire des villes depuis de nombreuses années.

Alors, tous ensemble, contribuons à remettre en valeur ces lieux, soyons utiles et responsables. C’est, en tout cas, mon engagement d’architecte-urbaniste dans l’aménagement des territoires."

Louis Moutard, Architecte et urbaniste des territoires

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