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Plastique recyclé : le manège en chantier
Les produits plastiques dans la construction - © Sources : TBC, STR-PVC, AFIPEB, SFEC - 2016

Plastique recyclé : le manège en chantier

Maxime Hanssen |  le 31/08/2018  |  IndustrieProduits et matérielsRecyclageEconomie circulairePVC

En signant un accord volontaire renforçant l'usage des matières recyclées, les acteurs veulent obtenir un coup de pouce de l'Etat.

Une stratégie à quitte ou double. Le 2 juillet dernier, en accord avec la feuille de route de l'économie circulaire établie par le gouvernement, 55 entreprises et fédérations professionnelles annonçaient leur volonté de multiplier par deux, d'ici à 2025, le taux d'incorporation de matière plastique recyclée (MPR) dans les produits finis. Fixé à 600 000 tonnes de MPR (dont 75 000 pour le bâtiment, contre 44 000 à ce jour), l'objectif basé sur des engagements volontaires semble raisonnable au regard des 5 millions de tonnes plastiques mises annuellement sur le marché.

La puissance publique attend donc des résultats. « Nous donnons deux ans aux entreprises pour être sur la bonne trajectoire. Sinon, nous pourrions réglementer », avertit l'entourage de Brune Poirson, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. Au terme des tractations estivales, les professionnels espèrent un coup de pouce de l'Etat pour faire face aux changements : selon eux, l'augmentation des MPR pourrait entraîner à terme une « mutation profonde » du secteur de la plasturgie sur le marché du bâtiment.

De la collecte à la transformation. Le poids économique du plastique dans le bâtiment n'est pas négligeable. Avec 960 000 tonnes utilisées chaque année, soit 19,6 % des volumes globaux et un chiffre d'affaires de 10 Mds €, la construction est le deuxième consommateur de plastique, derrière l'emballage et devant l'automobile (voir infographie).

L'équation est donc complexe. « L'incorporation de volumes conséquents de MPR dans la production engendrera un changement des modèles industriel et économique. Cette modification devra impérativement être actée dans une logique de filière », décrypte Claire Dadou-Willmann, directrice générale de l'Association alliance chimie recyclage (2ACR). Trois étages de la fusée ont été identifiés : la collecte, le recyclage, et la transformation. Chaque niveau a besoin de visibilité pour enclencher un cercle vertueux. Un vrai défi alors que ces différents acteurs n'ont pas l'habitude de travailler ensemble.

A la source du processus : le ramassage de la matière usée. Cela passe notamment par une meilleure collecte des 578 000 tonnes annuelles de déchets plastiques liés au BTP. Pour développer cette pratique encore rare sur les chantiers, les industriels estiment qu'il faut déployer 4 000 bennes d'ici à 2025. Mais pas question pour eux de mettre la main à la poche. Ils sollicitent donc l'Etat.

« Rien n'est acté. Tout dépendra des solutions qui émergeront lors des négociations », tempère le ministère de la Transition écologique. Les recycleurs, qui représentent l'étape suivante, ont pour leur part des « besoins d'investissement de l'ordre de 2 Mds € dans l'outil industriel », avance Dominique Maguin, président de la Confédération des métiers de l'environnement.

Chaque année, le BTP engendre 578 000 tonnes de déchets plastiques

Enfin, le troisième étage de la fusée, celui des transformateurs, est majeur. « Tout dépendra de la capacité de ces acteurs à soutenir cette filière en transition en optant pour les matières recyclées », explique Sylvain Bordebeure, responsable de la direction économie circulaire et déchets au sein de l'Ademe. Parmi les points de crispation, le spécialiste pointe le faible prix actuel de la matière vierge par rapport au matériau recyclé. « L'écart compétitif est encore trop important », appuie Eric Chatelain, président de l'Union plasturgie bâtiment. Les transformateurs sont donc tentés de privilégier le matériel le moins cher, mettant en difficulté les recycleurs qui, eux, arguent du besoin de visibilité sur leurs débouchés. « Le prix des MPR sera égal à celui des matières vierges d'ici à cinq ans », affirme Benoît Hennaut, président de la Fédération de la plasturgie et des composites. Une éternité pour une filière émergente, même si celle-ci ne part pas de zéro. La publication fin 2018 d'un décret créant un bonus-malus pour encourager l'utilisation des MPR pourrait accélérer la transition.

« Assouplir les freins normatifs et réglementaires ». Au regard de ces enjeux, la filière réclame un soutien de l'Etat pour se développer. « Des aides à l'investissement existent, mais elles sont mal connues des entreprises. Il faut que nos solutions de financement puissent accompagner l'économie circulaire », concède-t-on à la Direction générale des entreprises. Des mesures fiscales sont aussi en discussion dans le cadre de la loi de finances 2019. La baisse du taux de TVA à 5,5 % pour « la prévention, la collecte séparée, le tri et la valorisation matière » est de nouveau sur la table. Parmi les autres requêtes, les transformateurs estiment qu'il « faut assouplir les freins normatifs et réglementaires. Certains d'entre eux limitent la part des MPR dans la fabrication de produits plastiques », avance Sophie Thomas, directrice générale du Syndicat des tubes et raccords en PVC.

Selon un document émanant du lobby plasturgiste, consulté par « Le Moniteur », au moins neuf normes sont jugées « contraignantes » et deux réglementations - « eau potable » et « incendie » -peuvent constituer un frein. « Certaines sont en contradiction avec les objectifs. Nous regarderons au cas par cas. Mais la qualité et la sécurité resteront les priorités », assure-t-on au cabinet de Brune Poirson. « Pour imposer les MPR, il faut aussi changer leur image. Cela passe par une qualité sans faille », appuie-t-on à la Confédération des métiers de l'environnement.

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Top 3 des secteurs utilisateurs de matières plastiques - © Sources : UPB - 2017
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Top 3 des secteurs utilisateurs de matières plastiques recyclées (MPR) - © Sources : UPB - 2017

Qui veut la mort du PVC dans le bâtiment ?

C'est un amendement qui aurait pu faire l'effet d'une bombe pour les plasturgistes du bâtiment, s'il avait été adopté. Déposé dans le cadre du projet de loi « portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique » (Elan), signé par six parlementaires LR, il visait à « mettre fin à l'installation de portes et fenêtres en matière plastique PVC au plus tard le 1er janvier 2022 ». Une mesure drastique alors que plus de 60 % des fenêtres sont produites avec ce matériau. Si le texte évoquait des raisons sanitaires ou patrimoniales, le coût environnemental était au cœur de l'amendement. « Nous voulions réduire la présence du plastique car le processus de fabrication est gourmand en pétrole et néfaste pour la planète. Mais le lobbying des professionnels a été suffisamment puissant pour que la proposition soit rejetée », explique Emmanuel Maquet, député de la Somme à l'origine de ce texte. L'élu voulait, pour sa part, « défendre le circuit court et la filière bois ».

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