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Plan France très haut débit : le marché demande des garanties
Le secrétaire d'Etat Julien Denormandie avait fait le déplacement à Epernay pour échanger avec l'écosystème du très haut débit. - © © Firip

Plan France très haut débit : le marché demande des garanties

Jessica Ibelaïdene |  le 19/09/2017  |  CommunicationProduits et matérielsTHD

Entre stabilité et accélération, l'écosystème du très haut débit ne sait pas sur quel pied danser en cette rentrée. Une étape intermédiaire en 2020 a été ajoutée au grand plan national, et SFR a affiché sa volonté de ne plus suivre des règles, dont la faiblesse est de reposer sur un consensus trop fragile entre une multitude d'acteurs. Réuni la semaine dernière à Epernay, le secteur a pu profiter de la venue du secrétaire d'Etat Julien Denormandie pour faire un bilan et demander un certain nombre de garanties.

C’est « le plus grand chantier d’infrastructure de notre pays », vante Etienne Dugas, président de la Fédération des industriels des réseaux d’initiative publique (Firip). Un chantier qui suscite un engouement que les élus, à les entendre, ont rarement vu. Le plan France très haut débit (THD) est « en marche » et fonctionne bien, si l’on en croit les différents intervenants présents, la semaine dernière, à l’Université d’été du THD qui s’est tenue à Epernay.

Pourtant, depuis juillet, le marché frémit. Entre l’annonce du président de la République, Emmanuel Macron, qui a ajouté une étape intermédiaire au plan France THD, et les déclarations de SFR qui entend construire son propre réseau sur tout le territoire, le secteur est « en alerte rouge, selon David Elfassy, P-DG de l’opérateur Altitude Infrastructure, présent notamment en Alsace et dans le Grand Est, où il construira le réseau au côté de NGE. Mais il vaut mieux que cela tombe maintenant plutôt que dans dix ans », philosophe-t-il. En attente de réponses, l’écosystème du THD a pu faire part de ses craintes au secrétaire d’Etat Julien Denormandie, qui avait fait le déplacement.

Solliciter les opérateurs mobiles pour atteindre l’objectif 2020

La première concerne l’accélération exigée par le président de la République. Alors que l’échéance du plan France THD est fixée à 2022 (avec un débit d’au moins 30 Mbit pour tous), Emmanuel Macron a indiqué que tous les Français devaient accéder à du « bon haut débit », estimé à 8 Mbit, d’ici à 2020. Le délai est court, mais « il est inenvisageable de ne pas le tenir, prévient Julien Denormandie. 15% de la population dans les réseaux d’initiative publique (RIP) n’auront même pas 8 Mbit en 2020. C’est inacceptable alors que le numérique est devenu un bien aussi essentiel que l’électricité ou l’eau ».

La solution pour y parvenir ? Un mix technologique à base de montée en débit, de satellites, de fibre dans les RIP, d’abord installée dans les zones fragiles – comme dans le Grand Est – et… de 4G. « Le mobile est une vraie solution, nous sommes en discussion avec les opérateurs car il peut apporter la data et la voix en même temps », explique le secrétaire d’Etat.

Par ailleurs, alors que le plan France THD prend du retard dans les zones AMII, territoires densément peuplés que doivent couvrir entièrement Orange (pour 90% d’entre elles) et SFR (pour 10%) d’ici à 2020, Julien Denormandie évoque des mesures incitatives, utilisant « la carotte, avec l’attribution de fréquences en cours, et le bâton. Quand un constat de carence sera mis en évidence, nous n’aurons aucun scrupule à prendre les choses en main et à décider de sanctions ». Il exclut cependant d’ouvrir ces zones à d’autres opérateurs privés ou à laisser l’initiative aux collectivités.

Les menaces de SFR dans tous les esprits

L’écosystème des RIP a bien entendu le discours du ministre. « Mais dans ces zones, rien n’empêche le privé de construire son réseau en parallèle, ce qui peut mettre à mal le modèle économique », intervient Patrick Chaize, sénateur de l’Ain. Tous ont en tête les annonces de SFR contre les RIP, au début de l’été.

« Ne laissez pas SFR déstabiliser le marché », clame ainsi Etienne Dugas, interpellant le secrétaire d’Etat. Pour tous, la volonté de l’opérateur de construire son propre réseau, à côté des RIP et sur fonds uniquement privés, n’est qu’un jeu de dupes. « Elle intervient au moment où les parts de marchés potentielles se cristallisent », note Laurent Pélisson, de Caphornier. « Ce n’est qu’un moyen de pression pour renégocier ses licences », ajoute Etienne Dugas. Même Julien Denormandie ne semble pas favorable à la position de SFR : « Les Français ne comprendraient pas la démultiplication des réseaux et des investissements sur un même territoire, alors qu’on en manque ailleurs. »

Une proposition de loi pour stabiliser les RIP

Mais alors que la menace se fait tout de même pesante, l’écosystème demande de la stabilité. En attendant la feuille de route du gouvernement en matière de numérique, les parlementaires travaillent à une proposition de loi, espérée pour octobre, afin de sécuriser les investissements dans les RIP et « d’empêcher la concurrence du privé dans les réseaux publics, explique René-Paul Savary, sénateur de la Marne. Nous voulons mettre des barrières, le gouvernement suivra ».

La volonté du secteur est surtout de sécuriser non pas les investissements publics, « puisque nous avons recours à de moins en moins de subventions », selon David Elfassy, mais des réseaux où l’initiative publique permet « une vision d’intérêt générale », « un encadrement qui permet la mobilisation de l’action privée, et d’en sécuriser les financements », estime Gabrielle Gauthey. Un discours auquel Julien Denormandie s’est dit sensible, reconnaissant même la réussite du modèle mis en place.

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