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Plan Bâtiment Durable : sept propositions pour que les artisans s’approprient le marché de la rénovation énergétique
Sabine Basili vice-présidente de la Capeb et Ingrid Nappi-Choulet, professeur-chercheur à l'Essec Business School, titulaire de la chaire Immobilier et Développement durable. - © ©

Plan Bâtiment Durable : sept propositions pour que les artisans s’approprient le marché de la rénovation énergétique

Propos recueillis par Frédérique Vergne |  le 04/07/2014  |  renovationartisansArtisansEnvironnementPerformance énergétiqueRéglementation thermique

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Le Plan Bâtiment Durable vient de rendre publiques les conclusions du groupe de travail« Rénovation et filière bâtiment » destiné à réfléchir sur l’adaptation des petites entreprises du bâtiment au marché de l’efficacité énergétique. Les co-pilotes Sabine Basili, vice-présidente de la Capeb et Ingrid Nappi-Choulet, professeur-chercheur à l’ESSEC Business School, titulaire de la Chaire Immobilier et Développement durable détaille pour lemoniteur.fr certaines des sept propositions.

Vous avez piloté le groupe de travail intitulé « Rénovation énergétique et filière bâtiment »  du Plan Bâtiment Durable, mis en place en octobre dernier. Quelle était précisément la mission ?

Sabine Basili, vice-présidente de la Capeb : Philippe Pelletier, le président du Plan Bâtiment Durable, nous a demandé dans une lettre de mission d’explorer les pistes qui permettent d’intensifier les petits chantiers de rénovation énergétique tout en maintenant, voire en développant la compétitivité des petites entreprises du bâtiment. L’idée était de recenser les outils et méthodes qui existent, voire d’en imaginer, pour au final proposer des solutions nouvelles.
Ingrid Nappi-Choulet : La mission était d'optimiser l'offre de rénovation énergétique du logement en France et opérer les mutations vers une transition énergétique au travers des artisans et des PME du bâtiment. Comment adapter l'offre des PME à la mise en oeuvre du Plan Batiment.

Quelle méthodologie avez-vous adoptée ?

S.B. : Avec Ingrid Nappi-Choulet, co-pilote également, nous avons constitué un groupe de travail le plus large possible qui a regroupé les acteurs de la filière : entreprises, négoces, maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre, collectivités, clusters, groupements d’entreprises, coopératives. Tous ces acteurs pouvaient apporter leurs contributions à travers un blog. Une soixantaines de contributions a été recensée.
I.N-C : Nous avons rencontré à la fois en séances plenières et en sous-groupes une soixantaine de personnes. J'ai également auditionné en dehors de ces séances plénières, une vingtaine de personnes en entretiens directs afin de recueillir les retours d'expérience et les best practices.

Comment avez-vous articulé votre travail ?

S.B. : Dès nos premières discussions, nous nous sommes très vite orientées dans deux directions qui ont servi pour la constitution de deux sous-groupes. L’un que je pilotais concernait l'organisation des chantiers, particulièrement  les groupements d’entreprises, une des solutions les plus adaptées pour porter une offre globale ; l’autre conduit par Ingrid reposait davantage sur une analyse des outils pédagogiques existants et à créer au service de l’organisation des chantiers.
I.N-C : J'ai conduit pour ma part le groupe de travail dédié à la fois à l'analyse des outils existants, notamment des plates-formes dédiées aux professionnels, et des outils numériques de formation.

Quelles sont les grandes lignes du rapport ?

S.B. : Nous sommes parties sur les constats et les freins à lever pour déclencher les travaux de rénovation énergétique des ménages et nous nous sommes très vite aperçues que l’organisation verticale, industries-négoces-entreprises d’un côté et maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre de l’autre, n’était plus adaptée. Pour que tous les acteurs soient concernés par un projet, si petit soit-il, elle doit évoluer vers un mode circulaire et collaboratif. On améliore ainsi la gestion des interfaces et le savoir « travailler ensemble » des différents corps d’état. D’où l’idée du groupement, momentané ou permanent, dans lequel toutes les parties prenantes partagent le projet dès l’amont, mais en veillant à ne pas opposer ce mode d’organisation à d'autres modèles tels que la sous-traitance.
I.N-C : L'objectif est de rendre plus visible les dispositifs de qualification et de certification RGE et de faire en sorte que les artisans et PME travaillent et collaborent ensemble de manière aussi bien horizontale que verticale. Une des façons est de proposer une plate-forme unique, lieu de consultations de tous les acteurs de la filière, qui serait hébergée sous la forme d'une "brique dédiée aux professionnels" sur le site 'jéco-rénove, j'économise', site pour l'instant essentiellement orienté vers les utilisateurs.
Cet espace dédié aux professionnels ferait largement référence aux outils d'informations existants, et proposerait par ailleurs une boite à outils avec des modèles de documents harmonisés pour l'ensemble des acteurs. Nous proposons notamment un certificat numérique RGE harmonisé entre les différents signes de qualité RGE Rénovation.
Enfin, l'idée est également de promouvoir les outils numériques de formation de type MOOC ou SPOC au travers d'une plateforme numérique pédagogique.

Vos premières propositions concernent justement le développement des groupements. Quels en sont les différents aspects ?

S.B. : Tout d’abord, il faut concevoir une démarche type pour créer et gérer des groupements, détaillée dans un document mis à disposition des organisations professionnelles, chambres consulaires, clusters. Mais cela ne suffit pas, il est nécessaire d’accompagner le groupement d’entreprises permanent dans sa phase de démarrage, puis techniquement et au niveau du management. Ainsi, il conviendra de valoriser les modules de formation déjà existants, tel que le module 4 de FEE Bat et de systématiser la mise en place d’un module spécifique « Travailler ensemble dans le bâtiment ». Pour généraliser la démarche et encourager la mise en place de groupements, nous proposons de capitaliser sur les expériences existantes dans les territoires à travers la mise en place d’un observatoire des bonnes pratiques. Une fois posés ces principes, encore faut-il que le groupement permanent bénéficie de l’accès à la reconnaissance RGE. Cette possibilité existe aujourd’hui, mais elle est peu connue, c’est pourquoi nous demandons de la renforcer suivant deux modèles : soit sur le modèle de la qualification « Efficacité énergétique, offre globale » de Qualibat, s’il existe un référent technique, soit l’ensemble des entreprises adhérentes est RGE. C’est l’objet de notre deuxième proposition.


Vous abordez également dans votre rapport les groupements momentanés d’entreprises (GME)…

S.B. : Oui, car les risques encourus dissuadent les artisans et TPE de se grouper : risques liés à la solidarité conventionnelle ou de condamnation à la solidarité de fait, de requalification en contrat de maîtrise d’œuvre ou encore de risques liés aux responsabilités encourues par le mandataire commun. Il faut moderniser ce mode d’intervention ; nous proposons donc de protéger juridiquement les GME  par la mise en place d’un régime juridique protecteur en cas de cotraitance.

Les 7 propositions

L’optimisation des modes organisationnels
Proposition 1 : Développer les méthodologies de mise en place de groupements
Proposition 2 : Renforcer la reconnaissance RGE pour les groupements permanents d’entreprises
Proposition 3 : Protéger juridiquement les groupements momentanés d’entreprises et leurs membres
Proposition 4 : Promouvoir et valoriser des offres globales par segment de marché

Les outils dédiés aux professionnels
Proposition 5 : Développer la brique « professionnels » du site « j’éco-rénove, j’économise »
Proposition 6 : Développer des documents harmonisés pour l’ensemble des acteurs
Proposition 7 : Renforcer les outils numériques de formation de type MOOC ou SPOC

Vous avez aussi réfléchi au marketing de l’offre. Quelle conclusion en tirez-vous ?

S.B. : Le groupe de travail a très vite souligné la nécessité d’avoir des approches différenciées dans la performance énergétique selon la typologie des bâtiments : logements individuels, copropriétés et petit tertiaire. Là-aussi, l’idée est de s’appuyer sur une méthodologie, un cahier des charges qui permettent de mieux répondre aux attentes des clients.

Au fur et à mesure de vos réflexions, avez-vous été surprise par certaines pratiques d’organisation ?

S.B. : L’absence de retours d’expériences est marquante. En fait, il existe de nombreuses initiatives très intéressantes sur les territoires, mais on ne le sait pas.
I.N-C : J'ai pu constater un grand nombre de démarches et plates formes web ou outils développés récemment par différents corps de métier, cependant souvent méconnus des professionnels eux-mêmes ou ne permettant pas l'interaction entre les acteurs de la filière.
Il était nécessaire que Sabine Basili et moi-même puissions mettre en évidence la nécessité de mettre en place des outils communs pour une meilleure collaboration horizontale et verticale de la filière bâtiment.

Quels grands enseignements dressez-vous de votre travail ?

S.B. : Je pense que le fait d’avoir réuni tous les acteurs autour du projet de rapport apprend à gérer le travail en collectif. C’était l’amorce de ce que nous proposons : « savoir mieux travailler ensemble ».  On n’est plus tout seul, un sentiment souvent évoqué par les artisans. On sent par ailleurs que l’on est au début de quelque chose qui ne demande qu’à se développer. Mais nous devrons très vite être pédagogues et force de convictions pour faire émerger cette prise de conscience naissante.
I.N-C : Les gisements sont là et il y a de fortes potentialités, mais il faut aller vite dans la mise en place des outils de formation et d'information.

Zoom sur les outils dédiés aux professionnels

Face aux nombreuses démarches et plateformes web, souvent orientées vers les utilisateurs, mais pas vers les professionnels (ou peu connus d’eux), le groupe de travail reconnaît qu’il devient nécessaire de créer une plateforme unique, lieu de consultations de tous les acteurs de la filière selon une approche horizontale (de la maîtrise d’œuvre aux distributeurs) pour mieux travailler ensemble. Ce lieu pourrait être hébergé dans « une brique » intitulée « Les professionnels » par la plateforme (ici) mise en place par l’Ademe dans le cadre de la campagne « j’éco-rénove, j’économise ». Cet espace serait en quelque sorte une boîte à outils contenant des informations sur les formations, sur les modèles de documents, sur les accompagnements, sur la recherche de partenaire pour constituer un groupement, etc…

Le rapport préconise aussi de développer des documents harmonisés pour l’ensemble des acteurs. Outre d’harmoniser factures et devis de travaux ce qui permettrait notamment une instruction plus rapide du dossier en cas d’éco-PTZ, l’idée est de définir un certificat numérique RGE harmonisé entre les  différents signes de qualité RGE Rénovation. Objectif : rendre lisible aux yeux des maîtres d’ouvrage et des prescripteurs non familiers du monde du bâtiment le contenu de la mention RGE par une présentation de ses exigences qui soit commune à toutes les marques de qualification et de certification (ECO artisan, Les pros de la performance énergétique, les qualifications mention efficacité énergétique : Qualibat, Qualifelec, Qualit’EnR, Certibat.

Le dernier volet concerne la formation continue des entreprises et artisans aux enjeux de la performance énergétique et notamment l’étude de faisabilité des nouvelles technologies éducatives en ligne comme le MOOC ou le SPOC. Le MOOC, accessible gratuitement, permet d’enseigner à distance et de façon interactive à toute une communauté d’apprenants qui adaptent la formation à leur temps disponible. Le SPOC est sensiblement la même chose, à la différence qu’il ne peut accueillir qu’un nombre limité de participants. Ces nouvelles technologies pourraient être utilisées pour la formation FEE Bat.

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