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Pithiverais Maîtriser la croissance aux portes de l'Ile-de-France

jean-jacques talpin |  le 12/09/1997  |  France LoiretTransportsCollectivités localesDroit de l'urbanisme

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-En pleine croissance démographique et urbaine, le «pays» de Pithiviers - 60 000 habitants - veut contrôler son développement. -Malgré la fermeture partielle de l'hôpital, une charte prévoit les équipements indispensables. -Les initiatives se multiplient pour accompagner les deux autoroutes attendues dans le Loiret.

L'aménagement du territoire a toujours rimé, en région Centre, avec développement rural, grâce à des outils comme les Crar (contrats régionaux d'aménagement rural), puis les Cril (contrats régionaux d'initiative locale). La politique régionale des « pays », qui a anticipé sur le même concept mis en avant par l'Etat, est aujourd'hui réalité dans le nord du Loiret, avec le « Pays Beauce-Gâtinais en Pithiverais » que préside Paul Masson, sénateur, premier vice-président du conseil régional et... ancien préfet de la région Centre.

Paul Masson a profité de sa bonne connaissance des rouages administratifs et de son autorité naturelle sur les élus de cette région pour mobiliser les partenaires, rassembler et proposer. Aujourd'hui, ce « pays », reconnu par l'Etat comme un des quarante-deux « pays-tests », est en ordre de marche, prêt à lancer son contrat d'aménagement.

Cette structure pilote a en fait profité d'une triple opportunité : l'arrivée, probable, en 2002 de l'autoroute A19 (Courtenay-Orléans) ; la construction éventuelle de l'aéroport international de Beauvilliers (à 40 km de Pithiviers) ; la forte pression du Sud parisien.

A la frontière de la région parisienne, ce « pays » de 60 000 habitants subit une forte pression à la fois démographique, économique et urbaine : de 1982 à 1990, la population du « pays » a augmenté de 4 190 habitants (+7,6 %), avec le développement très rapide de petites villes comme Malesherbes, Pithiviers et Puiseaux où l'accroissement naturel de la population est le double de la moyenne française.

La charte de développement du pays précise notamment : « Des forces centrifuges considérables menacent à terme le Pithiverais, qui peut être aspiré à la fois au nord (Fontainebleau, Paris) et au sud (Orléans). C'est aujourd'hui un pays sous influence, dont le potentiel de développement actuellement intact peut s'amenuiser peu à peu au détriment de l'espace qu'il occupe, des villes et des bourgs qui l'animent. » Dany Deux, agent de développement du « pays », estime cependant que « le mouvement des franges franciliennes est maîtrisable et pas catastrophique. Il faut s'organiser et orienter les flux ».

Pas d'« usine à gaz » pour les quarante-six projets

C'est autour de ces défis que se sont réunis les élus de quarante-sept communes, de six cantons, de SIVOM et communautés de communes. En février 1996, le syndicat de pays, établissement public de coopération intercommunale, voyait le jour, avec mission de rédiger une charte de développement à l'horizon 2015. A partir de cette charte, un contrat de pays, qui s'étalera sur quatre ans, va être négocié fin 1997 avec la région et le département, puisque ce pays a été adoubé à la fois par la région et le département, mais aussi par l'Etat, même si Paul Masson « n'attend rien de l'Etat, sinon des belles paroles ».

Dans ce contrat, le syndicat de pays a identifié quarante-six projets qui donnent lieu à autant de fiches qui vont être négociées les unes après les autres afin d'obtenir des subventions. Mais, à l'exception de cas très limités, le pays ne sera jamais maître d'ouvrage, pour ne pas créer un échelon administratif supplémentaire et ne pas « monter d'usine à gaz », affirme Paul Masson.

Le budget de fonctionnement sera donc limité (recettes de 4 francs par habitant). Chaque opération sera sous maîtrise d'ouvrage particulière (commune, groupement de communes, coopérative, syndicat...) pour des projets subventionnés de 20 à 80 %. Paul Masson attend près de 80 millions de francs d'aides régionales réparties sur quatre ans pour un minimum de 120 millions de francs de travaux - chiffre très important qu'il légitime par « le caractère exemplaire de la démarche du Pithiverais, qui exige un effort supplémentaire de la région ».

L'arrivée probable vers 2002 de l'A19 a catalysé la nouvelle coopération intercommunale. Cette autoroute peu contestée (sauf par Max Nublat, maire communiste de Montargis), et qui ne devrait donc pas être remise en cause par le gouvernement, va naturellement rompre l'isolement du Pithiverais. Mais l'A19 est avant tout un axe pour contourner le Sud parisien et le dernier maillon d'une liaison entre l'Atlantique et l'Europe de l'Est.

La commission d'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique, qui a émis un avis favorable au tracé, écrit notamment : « L'A19 est un axe à caractère national et européen. Il sera le maillon manquant d'une grande liaison autoroutière Ouest-Est permettant de rapprocher toute la façade atlantique, et notamment ses installations portuaires, des décideurs nationaux et européens. » Elle reliera en effet l'A160, qui arrive cet automne sur l'A6, à l'A10 à la hauteur de Courtenay et à l'A71 à la hauteur de Chevilly-Orléans. L'autoroute permettra surtout de délester la RN60 surchargée. Sur les 100 km de tracé, l'A19, qui devrait être concédée à la SAPRR (Société des autoroutes Paris-Rhin-Rhône), traversera le Pithiverais sur 30 km, avec deux échangeurs au sud de Pithiviers et près de Beaune-la-Rolande. Ces deux sorties vont naturellement se matérialiser par la création à moyen terme de deux zones d'activités sur la RN152 au sud de Pithiviers (80 ha dont 30 en première phase) et à Auxy/Beaune-la-Rolande (67 ha dont 25 en première tranche). « Il s'agit de zones complémentaires à celles qui existent déjà, précise Dany Deux. Il faut d'abord remplir les zones existantes avant d'en créer de nouvelles. Mais il faut être prêt à répondre rapidement à la demande. »

Autres projets routiers

D'ici là, la ville de Pithiviers, qui dispose de peu d'espaces industriels disponibles, va lancer les travaux d'aménagement de la ZAC de Senives, avec 24 ha le long de la route d'Etampes. L'arrivée de l'autoroute va également entraîner une accélération des remembrements, ou encore la création d'un « fonds local paysager » avec les crédits du « 1 % autoroute ».

L'A19 provoque naturellement une réflexion sur d'autres projet routiers. La RN152, qui relie Orléans à Fontainebleau en passant par Pithiviers et qui croise l'A19 à Escrennes, est considérée comme la grande priorité, l'axe structurant à aménager. Un avant-projet sommaire d'itinéraire (Apsi) devrait être réalisé l'an prochain entre Orléans et Pithiviers, puis sans doute entre Malesherbes et Fontainebleau. Cet axe devrait être retenu comme prioritaire dans le futur contrat de Plan Etat-région.

De même, le conseil général poursuit l'aménagement de la RD921 entre Etampes, Pithiviers, Jargeau et La Ferté-Saint-Aubin, axe nord-sud du Loiret, qui permet d'éviter Orléans mais qui nécessitera la construction d'un nouveau pont sur la Loire. Sur cet axe, la rocade ouest de Pithiviers sera achevée à la fin de l'année. D'autres projets sont en cours de définition (liaison Pithiviers-Toury, déviations de Sermaises et d'Estouy, etc.).

Assainissement : opération pilote à grande échelle

Cependant, la charte de développement et le futur contrat de pays dépasseront naturellement ce simple aspect routier. Tous les thèmes d'un développement durable sont en fait traités avec la même priorité. C'est vrai pour le tourisme où une étude lourde vient d'être lancée.

Le Pithiverais n'est pas vraiment une halte touristique de premier plan, malgré quelques joyaux à redorer : châteaux de Chamerolles (60 000 visiteurs annuels après une rénovation de 70 millions par le conseil général du Loiret qui y a installé un musée des Parfums), d'Yèvre-le-Châtel (20 000 visiteurs, 6,1 millions de francs de travaux prévus) et de Malesherbes. Des équipements pourraient également voir le jour : musée de l'Imprimerie à Malesherbes, musée de l'Agriculture à Bellegarde, agrandissement du musée de Pithiviers, etc.

Mais l'une des grandes préoccupations des élus du Pithiverais porte sur l'eau et l'assainissement. Les cours d'eau sont relativement pollués, tout comme la nappe de Beauce, troublée par les pesticides et les nitrates. De nouveaux forages profonds vont donc être réalisés avec, en parallèle, une action forte pour l'assainissement, car trente-cinq communes du pays n'ont pas de schéma directeur d'assainissement, et vingt communes seulement sur quatre-vingt-dix-sept possèdent un réseau collectif.

Tout cela constitue pour le pays un « frein considérable à toute politique de rééquilibrage ville/campagne », tandis « qu'aucune politique de développement n'est possible sans un changement radical à cet égard ».

La question de l'assainissement, qui s'intègre dans le VIIe programme de l'agence de l'eau Seine-Normandie, sera une des toutes premières priorités, par le biais d'une opération pilote à grande échelle. Les particuliers seront en effet encouragés à se relier au réseau collectif (14 500 francs de travaux estimés subventionnables à 30 %) ou à créer un assainissement autonome (26 500 francs par habitation, avec 35 % de subventions). La vidange des fosses et le contrôle des installations devraient être confiés à un syndicat ou une structure intercommunale, et leur coût devrait être financé par une taxe versée par les usagers, comme pour les ordures ménagères.

La charte de développement pose comme préalable à l'aménagement du territoire le maintien de services publics comme le tribunal ou l'hôpital. Mais, début juillet, l'activité de la maternité et du bloc opératoire de Pithiviers étaient suspendus après un décès suspect. Un moment envisagée, la fermeture de l'hôpital se résume à celles des services de chirurgie et de maternité. Une coopération serait lancée avec les hôpitaux d'Orléans et d'Etampes. Une mesure qui ne permet pas de répondre aux besoins d'un territoire regroupant 60 000 personnes. Tous les acteurs du pays réunis derrière Henry Berthier, maire de Pithiviers, se sont battus pour maintenir cet établissement qui emploie 270 personnes.

Schéma d'organisation de l'espace

Le syndicat de pays souhaite également mettre sur pied plusieurs opérations exemplaires (construction de 120 logements sociaux pour décongestionner Pithiviers, réhabilitation des logements et des façades, création d'un « fonds du patrimoine » pour restaurer le patrimoine des communes de moins de 1 000 habitants, implantation d'une unité de transformation de pommes de terre), tandis qu'un projet de terrain pour l'aviation d'affaires a été abandonné.

L'un des gros projets portera enfin sur la rédaction d'un « schéma d'organisation de l'espace » afin que les communes sans plan d'occupation des sols (POS) puissent harmoniser leurs projets d'urbanisme pour éviter d'accueillir le trop-plein de la région parisienne. Dany Deux estime qu'il serait « ridicule de demander un POS à chaque commune. Le schéma d'organisation de l'espace est donc un premier pas vers une réelle maîtrise de l'urbanisme dans les petites communes rurales ».

Tous ces projets s'inscrivent dans une logique d'aménagement du territoire qui dépasse le cadre du simple saupoudrage de crédits et de subventions, pratique trop souvent habituelle pour financer de tout petits projets à défaut de grandes ambitions. Mais, dans le pays pilote du Pithiverais, les véritables projets structurants ne manquent pas... ni l'ambition politique et les crédits qui devraient venir en accompagnement.

PHOTOS :

Malgré la pression des élus locaux, l'hôpital de Pithiviers devra fermer ses services de chirurgie et de maternité.

L'assainissement constitue une des priorités des élus. Le contrôle des installations devrait être confié à un syndicat.

Après une rénovation de 70 millions par le conseil général du Loiret, le château de Chamerolles abrite un musée des Parfums.

A Pithiviers, le syndicat de pays souhaite notamment construire 120 logements sociaux pour décongestionner la ville et lancer des opérations de réhabilitation.

ENTRETIEN PAUL MASSON « Notre pays est prêt à passer à l'acte » Sénateur, premier vice-président du conseil régional, Paul Masson est aussi le président du Pays Beauce-Gâtinais en Pithiverais.

Pourquoi cette mobilisation dans le Pithiverais ?

PAUL MASSON. Sur les quarante-deux pays-tests en France, nous sommes sans doute aujourd'hui le pays le plus opérationnel. Le Pithiverais représente un véritable pays géographique et humain. Ici, les maires et les autres partenaires travaillent depuis longtemps ensemble. Chaque commune a ses petits équipements. Il faut désormais passer aux investissements structurants, intercommunaux, et donc sortir de ses petites limites communales. Et puis, il bénéficie de la formidable opportunité de l'arrivée de l'A19.

Craignez-vous une remise en cause de ce projet par l'actuel gouvernement ?

Non, parce que l'A19 est une autoroute peu contestée, peu coûteuse, qui va décongestionner le sud du Grand Bassin parisien et relier l'Atlantique à l'est de l'Europe. Nous allons donc dans le sens de Dominique Voynet en demandant une ouverture rapide. De plus, je suis persuadé que la notion de pays va dans le sens de l'aménagement du territoire voulu par l'actuel gouvernement. Je suis donc plutôt confiant.

Le « pays » est-il un échelon administratif supplémentaire ?

Surtout pas. Sauf cas exceptionnel, le pays ne sera jamais maître d'ouvrage. Il faut faire faire. Nous avons un budget de fonctionnement très modeste (4 francs par habitant) ; nous serons une instance de coordination, pas une structure supplémentaire. Il ne s'agit pas de créer de nouvel échelon ou de nouveaux notables. D'ailleurs, comme président, je ne ferai d'ombre à personne... Ma carrière politique est derrière moi.

Où en est le pays aujourd'hui ?

Nous sommes reconnus par la région, l'Etat le département. Notre charte de développement a été approuvée ; notre projet de contrat est en bonne voie avec quarante-six fiches d'opérations à réaliser d'ici à quatre ans.

Les premiers projets peuvent être mis en oeuvre dès 1998. Nous sommes sortis de la littérature pour entrer dans le domaine du concret. Passons à l'acte.

Deux autoroutes pour le Montargois

L'A19 irriguera tout le nord et le nord-est du département où arrivera également dès l'automne 1999 l'A77 qui partira, au nord, de l'A6 à hauteur de Dordives pour rejoindre, au sud, Cosne-Cours-sur-Loire, puis Nevers, en passant par Montargis. Le chantier de cette autoroute de 3 milliards de francs, concédée à la SAPRR, est aujourd'hui engagé avec, dès cette année, 700 millions de travaux pour une mise en service fin 1999 de la section Dordives-Briare.

Pour la région de Montargis et de Courtenay, l'arrivée de deux autoroutes représente un « atout exceptionnel », notamment au niveau économique. C'est pourquoi la chambre de commerce et d'industrie projette un parc d'activités à l'intersection de la RN60 et de l'A77. Ce projet sur lequel la CCI travaille depuis un an devrait être porté par une structure intercommunale, qui lancera une première tranche fin 1999 sur le territoire des communes de Pannes et Villemandeur, près de l'échangeur A77/N60. Cette zone qui, à terme, occupera 100 ha - soit près de 2 000 emplois - aura vocation à accueillir de grandes unités de logistique ou de transport. Elle viendra compléter les parcs d'activités de Villemandeur (40 ha pleins) et d'Amilly (90 ha bien occupés).

Par ailleurs, de gros travaux sont engagés dans le Montargois, sur la RN60, avec le doublement de la rocade de Villemandeur et une déviation entre Bellegarde et Saint-Maurice, soit 290 millions de francs de travaux

CARTE : Tracé des autoroutes

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