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Pierre sèche : l’épopée d’une reconnaissance mondiale
20 ans d'efforts dans l'assurabilité et la formation ont précédé l'entrée des muraillers au patrimoine mondial - © ABPS

Pierre sèche : l’épopée d’une reconnaissance mondiale

Laurent miguet |  le 07/12/2018  |  Artisan patrimoineEntreprises du paysagePierre

20 ans de combat pour une reconnaissance mondiale : l’art de la construction en pierre sèche est entré au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, le 28 novembre à l’Île Maurice, lors de la session du comité intergouvernemental de l’organisation des Nations unies pour l’éducation et la culture (Unesco).

Les Catalans ont tiré les premiers : le 30 novembre au surlendemain de l’entrée de la pierre sèche au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, l’association Pedra Seca invitait le réseau à une cérémonie de la victoire, à Barcelone. « Avec huit régions engagées, l’Espagne reflète la diversité de notre association de huit pays », exulte l’architecte urbaniste française Claire Cornu, l’une des chevilles ouvrières de la société scientifique internationale pour l’étude pluridisciplinaire de la pierre sèche (SPS), basée à Le Val (Vaucluse), creuset du dossier approuvé le 28 novembre à l’Ile-Maurice par le comité intergouvernemental  de l’organisation des Nations unies pour l’éducation et la culture (Unesco).

Techniques universelles

« Pour résister au poids et à la pression, les mêmes techniques se sont imposées dans tous les pays », insiste la chargée de mission bénévole de l’association fondée en 1998  par des artisans et des architectes de Chypre, Croatie, Espagne, France, Grèce, Italie, Slovénie et Suisse. Ils en ont collectivement apporté la preuve au tournant du millénaire, grâce aux financements de l’Union européenne, à l’occasion du projet du réseau européen des pays de la pierre sèche (Reppis).
Sur le chemin de la renaissance d’un savoir-faire ancestral, cette première étape institutionnelle a stimulé les défenseurs français de la cause : au cours des années 2000, ils se sont concentrés sur l’assurabilité de la technique, en s’appuyant sur des partenariats avec des laboratoires de recherche publics. Le processus a débouché sur l’édition de règles professionnelles, sur la formalisation d’un référentiel pour deux certificats de qualification professionnelle, sur la création de la fédération française des professionnels de la pierre sèche (FFPPS)… Et aussi sur le schisme qui apporte ses pages sombres à l’épopée : depuis qu’elle a quitté la fédération, l’association des bâtisseurs en pierre sèche (ABPS), coéditrice des règles professionnelles avec l’Ecole nationale des Travaux publics de l’Etat à Lyon, lui dispute l’activité de formation et de recherche ainsi que la diffusion des connaissances scientifiques et techniques.

Portage chypriote

Reste l’essentiel : entre l’expérience des tailleurs de pierre et les sciences dures de l’ingénierie, l’hybridation a produit son lot de thèses, sans occulter la dimension fraternelle de l’épopée… « Deux boulangers ont pesé de tout leur poids », rappelle Claire Cornu, dans un hommage à Roger Bouvier, ancien président de la commission Environnement au conseil régional de Provence Alpes Côte-d’Azur, et à Paul Gilles, président de la chambre de métiers et de l’artisanat du Vaucluse.
Pour élargir à l’échelle internationale la reconnaissance d’un savoir-faire « universel et intemporel » selon le dossier de candidature, le déclic s’est produit en 2011 au sein de la SPS. L’association internationale a délégué à Chypre le portage du dossier, pour éviter de donner à l’Unesco le sentiment que des pays déjà bien servis  ne viennent trop tirer la couverture à eux. Simultanément, Claire Cornu peaufinait le rapport remis début 2018 au conseil de l’Europe, sur « la pierre sèche dans le paysage ».

Rebondissement parfumé

La mobilisation internationale a connu un sommet le 16 octobre, lors du congrès de la SPS à Minorque : convaincues du succès, toutes les délégations ont posé pour une photo de famille en criant et en brandissant dans leur langue une pancarte de reconnaissance : « Merci Unesco ». Pour monter la séquence vidéo et la diffuser au jury aussitôt après la décision, Claire Cornu a pu compter sur la dextérité de son fils digital native, du fond de l’Amazonie où il passe une année sabbatique : un symbole démonstrateur de la chaîne de solidarité qui a soudé les parties prenantes du dossier.
Pour poursuivre sa diffusion dans les territoires, la pierre sèche bénéficie d’un autre coup de pouce donné par l’Unesco lors de la même réunion du comité intergouvernemental du 28 novembre à l’Ile Maurice : les « savoir-faire liés au parfum en pays de Grasse » sont entrés au patrimoine mondial. Consolidée dans le schéma de cohérence territoriale de l’agglomération azuréenne, la culture sur terrasses en pierre sèche joue un rôle majeur dans ces savoir-faire.

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