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«Pierre Parat, une rencontre», par Claude Labbé
Pierre Parat, dans l'exposition que lui avait consacrée la Cité de l'architecture en octobre 2012. - © © Margaux Darrieus / AMC

«Pierre Parat, une rencontre», par Claude Labbé

Service Architecture & Urbanisme |  le 21/10/2019  |  CultureParis

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«Ingénieur et amateur d’architecture», ainsi qu’il se définit, Claude Labbé a fait parvenir au Moniteur le texte que nous publions ci-dessous in extenso : le souvenir en forme d'hommage d’une rencontre avec l’architecte Pierre Parat, récemment décédé…

J’apprends par la revue AMC le décès de l’architecte Pierre Parat. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à deux reprises, chez lui en 2013. C’est le souvenir personnel de ces rencontres que je souhaite partager ici en sa mémoire. Je cherchais, à cette époque, des dessins pour illustrer mon recueil de chroniques architecturales qui fut publié la même année sous le titre : Un certain regard. Un premier rendez-vous avait été fixé rue du Cardinal-Lemoine, à Paris Ve. Après avoir poussé le vantail d’une large porte cochère en bois, je pénétrai dans une petite cour intérieure pavée. Elle donnait accès à une seconde porte ouvrant sur le hall d’entrée de l’agence. Pierre Parat était en retard. Je patientai donc dans cet espace étonnant, dominé par la fameuse statue en métal de plus de 3 mètres de haut représentant l’architecte lui-même, entièrement nu, un crayon surdimensionné dans la main droite. Le très beau carrelage au sol était constitué de dessins évoquant les projets de l’agence. La pluie improvisait sur la verrière de cette antichambre une ambiance de claquettes.

Totem

Pierre Parat est arrivé, silhouette massive et fatiguée, vêtu dans mon souvenir d’une sorte de chasuble noire très ample. Il m’a invité à le suivre et nous avons emprunté un escalier étroit en colimaçon dont les marches étaient revêtues de briques. Il donnait accès à l’étage supérieur, à son domicile. Nous nous sommes installés face à face dans de très grands fauteuils. Nous étions seuls. La pièce m’a paru immense, sur plusieurs niveaux, dans une composition aux allures piranésiennes. Elle était sombre malgré la grande façade vitrée qui donnait sur un espace extérieur encadré de très hauts murs contaminés de vigne vierge. J’ai cru comprendre qu’il y avait là une piscine. Un peu partout autour de nous, posés le long des murs, les tableaux de son exposition d’alors à la Cité de l’architecture. Ces peintures exprimaient une rage comparable à celles des toiles de Hans Hartung, mais on y percevait l’évidente influence d’une composition architecturale. Pierre Parat m’interrogea sur mon projet d’une voix assez douce. Je lui parlais des textes que j’avais écrits sur deux des bâtiments conçus avec son compère Michel Andrault, et que je considère parmi les plus remarquables de leur travail commun (1) : l’immeuble Havas à Neuilly-sur-Seine et la tour Totem sur le Front de Seine, à Paris XVe. De ce bâtiment, Michel Ragon avait écrit : «C’est, sans aucun doute, l’une des plus originales et des plus belles tours construites comme immeuble d’habitation dans l’architecture contemporaine.»

Colonel Kurtz

Pendant que je lui parlais, Pierre Parat m’écoutait en me dévisageant de ses petits yeux fendus. Il me donnait l’impression de s’interroger sur la véritable identité du visiteur assis en face de lui, qui s’était présenté comme ingénieur et amateur d’architecture, ayant écrit sur deux de ses bâtiments et qui venait le solliciter pour des dessins à publier dans un livre. Dans cette atmosphère ténébreuse, je le trouvais assez impressionnant. Dans mon souvenir, il y avait, physiquement, chez l’homme qui m’était apparu ce jour-là, un peu du colonel Kurtz de Joseph Conrad. Nous dûmes rester une petite heure dans cet étrange tête-à-tête. A la fin de l’entretien il me dit qu’il allait rechercher ces dessins et me proposa un autre rendez-vous pour les récupérer. Quelques temps plus tard nous nous revîmes, dans une ambiance comparable. Il m’interrogea à nouveau sur mon projet puis il m’avoua, dans une sorte d’évidence et comme s’il avait retrouvé la mémoire à leurs sujets, qu’il ne détenait plus aucun dessin ; il avait tout donné à l’IFA! Et le mieux à faire pour moi était de m’adresser désormais à cette institution avec ses recommandations…

Claude Labbé, né en 1956, est ingénieur ESTP.

(1) Ce travail débuta avec le concours international pour la construction de la basilique de Syracuse qu’ils remportèrent en 1957. Pierre Parat n’avait alors que 29 ans.

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