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Pierre et béton jouent dans la même cour

MARGOT GUISLAIN |  le 09/02/2018  |  ImmobilierLogementTechniqueBâtimentParis

A Paris, les 17 logements sociaux conçus par Barrault Pressacco osent le classicisme de la pierre calcaire massive.

Le long de la rue Oberkampf (Paris XIe ), une opération de 17 logements sociaux a pris place dans un paysage urbain marqué par la diversité de son bâti. L'alternance d'anciennes maisons de bourg et d'immeubles faubouriens et haussmanniens témoigne de l'histoire de la capitale, et de ses limites plusieurs fois repoussées vers la périphérie.

Mais, cette fois, à l'heure du Grand Paris, les architectes ont fait le choix, non pas d'une nouvelle typologie contemporaine, mais d'un mélange de deux typologies historiques. Se révèle ainsi un édifice mi-haussmannien (distinction nette entre rez-de-chaussée commercial, étages courants et attique), mi-faubourien (façade lisse sans ornementation).

Intégration dans le quartier. Tandis que le béton brut du rez-de-chaussée s'accorde avec la voirie, la pierre, avec laquelle Paris fut construite, règne inconditionnellement aux niveaux supérieurs. Celle-ci donne à cette opération de logements sociaux une certaine noblesse, qui garantit son intégration dans le quartier. « Les constructeurs de cathédrales et les architectes comme Philibert Delorme à la Renaissance, François Mansart au XVIIe , Fernand Pouillon dans l'après-guerre et, plus récemment, Gilles Perraudin, ont utilisé la pierre dans un esprit avant-gardiste qui peut paraître paradoxal pour un matériau ancestral », expliquent les architectes de l'agence Barrault Pressacco.

En réalité, dans le contexte actuel, le caractère innovant de l'emploi de la pierre se joue, comme pour tout matériau naturel, sur le terrain du développement durable. En effet, l'extraction, la découpe et la mise en œuvre consomment très peu d'énergie grise (lire p. 64) . Le résultat ici est un certain classicisme formel, assumé par Serge Contat, directeur général de la RIVP, maître d'ouvrage de l'opération, pour qui « les beaux bâtiments parisiens donnent l'impression d'avoir toujours été là ». Si la pierre fait actuellement son retour sur les chantiers (lire le « Moniteur » du 8 décembre 2017), elle adopte ici une fonction porteuse en façade, à la différence de la plupart des réalisations actuelles où elle vient doubler une structure en béton. C'est la principale particularité de cette opération, d'autant plus dans le cadre du logement social où les immeubles sont généralement recouverts de bardage divers. Ici, la modénature (formes biaises des trumeaux et linteaux de fenêtre) laisse ressentir la force des blocs de pierre.

Généreuses terrasses. A cette densité de la matière répond la vision de la densité urbaine depuis les logements. Au-delà du bâtiment sur rue, l'édifice se développe en L autour d'une cour. Celle-ci est délimitée par deux hautes façades aveugles et un mur séparatif plus bas qui ménage une percée visuelle sur le paysage des cours haussmanniennes, où les immeubles semblent jouer des coudes pour obtenir vues et lumière. Ici, d'étage en étage, le corps de bâtiment sur cour s'éloigne progressivement du mur pignon qui lui fait face en créant de généreuses terrasses en gradins.

La pierre confère à ces logements sociaux une noblesse certaine, gage d'intégration dans le quartier.

Cette configuration compense la mono-orientation des logements sur cour, les appartements étant traversants seulement dans le premier corps de bâtiment. A l'intérieur, les architectes ont voulu éviter l'aspect par trop aseptisé des cloisons lisses en plaques de plâtre. Les murs périphériques sont donc doublés d'un isolant en béton de chanvre non enduit, dont l'aspect de surface évoque la pierre. Le bois qui compose les planchers est laissé apparent en plafond, et un parquet en chêne massif recouvre les sols. Les balcons en béton et les garde-corps en acier galvanisé complètent cette panoplie de matériaux bruts. S'offrant à la vue à travers les baies vitrées, le mur aveugle en pierre meulière s'inscrit dans cette même logique d'une architecture avant tout faite de matières.

Maître d'ouvrage : RIVP (Régie immobilière de la Ville de Paris). Maîtrise d'œuvre : Barrault Pressacco, architectes mandataires ; LM Ingénieur (structure et thermique), Atelux (fluides), ALP Ingénierie (économie), QCS Services (acoustique). Entreprises : Tempere Construction (entreprise générale), Bonnel (façade pierres), Atelier Lithias (transformation pierre), France Pierre (extraction de la pierre de Brétignac). Surface : 1 222 m2 SP. Montant des travaux : 3,2 M€ HT.

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