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Photovoltaïque :
Couverture d'une brochure de l'Ademe consacrée au photovoltaïque intégré au bâti. - © © Ademe

Photovoltaïque : "le segment professionnel de l'intégré au bâti est fortement contraint"

Antoine Nogier |  le 21/07/2010  |  Energies renouvelablesFrance

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Ancien élève de l'Ecole Polytechnique, Antoine Nogier a démarré sa carrière au sein du groupe Tenesol puis a fondé la société Sun'R, producteur indépendant d'électricité photovoltaïque, qu'il dirige actuellement.  Durant l'été, retrouvez son analyse du photovoltaïque en France.

Le segment de l'intégré au bâti professionnel répond à de toutes autres considérations. Intéressons nous ici au « vrai » intégré au bâti (système photovoltaïque faisant office d'étanchéité, à laquelle le panneau photovoltaïque lui-même participe) et non pas à « l'intégré simplifié » ou à la surimposition.
Premièrement c'est un segment qui est (ou devrait être) largement dominé par des préoccupations liées au bâtiment. Quasiment dans tous les cas, l'installation d'une toiture intégrée au bâti sur un bâtiment professionnel, industriel, commercial ou agricole, impacte le bâtiment lui-même, sa tenue, son étanchéité, et sa mise aux normes.

Sa tenue : dans la plupart des cas, un renforcement de charpente est nécessaire.
Sa mise aux normes :
- lorsque le bâtiment possède de l'amiante, il sera nécessaire de réaliser le désamiantage complet de la toiture, face nord comprise (voire du bardage également) selon les normes en vigueur ;
- pour bon nombre d'installations industrielles, la réfection de la toiture impliquera la mise en place d'éléments de désenfumage, obligatoires, que bon nombre d'acteurs ne respectent pourtant pas encore.
Son étanchéité :
- beaucoup d'installations photovoltaïques sont motivées avant tout par la nécessité de refaire l'étanchéité du bâtiment;
- réciproquement un industriel sera beaucoup plus regardant sur l'étanchéité de sa toiture qui représente un enjeu important pour l'exploitation de son site. Cela nécessitera l'intervention de couvreurs et un travail attentif sur les raccords et finitions.

Sur le plan des coûts, ces éléments engendrent des surcoûts significatifs auxquels s'ajoutent :
- les frais d'autorisations et d'étude technique, au cas par cas, souvent importants,
- les coûts de raccordement (15 à 45 k€ pour une installation de moins de 250 kWc et plus de 36 kWc, et 100 à 150 k€ pour une installation de plus de 250 kWc),
- le coût des retards de raccordement à la fois fréquents et fortement préjudiciables sur le plan économique et de l'image du professionnel,
- les coûts d'accès téléphonique demandés par ERDF (qui demande encore des extensions filaires) pour le télé-relevé des compteurs,
- les coûts des assurances (dommage ouvrage, décennale et tout risques chantiers pendant la phase d'installation, assurances responsabilité civile, dommages et pertes d'exploitation pendant la phase d'exploitation, etc.). Notons au passage que les assurances dommage ouvrage et décennale sont des exceptions françaises que ne connaissent pas les autres pays.
- les coûts de maintenance et d'exploitation avec la nécessité de négocier des délais d'intervention courts et des engagements de performance des installations,
- les coûts des stocks et pièces de rechange pendant la durée de vie de l'installation : une partie des onduleurs, une fraction des panneaux.

Egalement, sur le plan de la structuration du projet, les projets de taille professionnelle doivent être détenus et exploités via une société (de production d'électricité) et répondent aux exigences normales de la comptabilité d'entreprise : nécessité d'avoir un expert comptable voire un commissaire aux comptes, amortissement comptable du bien, financement en fonds propres à hauteur généralement de 20% de l'investissement minimum, financement bancaire en dette sans recours, à des taux plus élevés que le particulier, auprès d'une banque spécialisée, financement du risque de construction, et enfin, impossibilité de confondre le cash généré par la vente d'électricité avec les revenus distribuables (dividendes) conformément aux règles évidentes de la comptabilité d'entreprise.
Alors que les promoteurs de bâtiments industriels sont déjà découragés par l'idée de réaliser des toitures photovoltaïques sur leurs bâtiments neufs, en raison de la très faible rentabilité que cela procure, alors que les banques voient d'un oeil très critique les équations économiques et financières des projets intégrés au bâti qui leurs sont soumis, on voit mal comment une nouvelle baisse des tarifs intégrés au bâti pourrait être envisageable.

Ainsi, alors que ce segment est celui qui a été tout récemment le plus fragilisé par la révision des tarifs, une nouvelle baisse uniforme de 20% des tarifs, comme proposé par le SER, apparait comme une provocation insupportable pour la filière. Les niveaux de rentabilité déjà très faibles même dans des régions situées au sud de la France, ne pourront plus permettre la construction de nouveaux projets. Cette proposition signe assurément la mort de la filière, alors que cette dernière, encore exsangue, n'est pas encore suffisamment mature pour absorber un nouveau choc même minime.
Dans ce contexte, la proposition du SER, assortie d'une nouvelle réduction de 10% à compter de 2011 (!), résonne comme une plaisanterie de mauvais goût et interroge sur la pertinence de sa vision des enjeux du secteur photovoltaïque particulièrement en ce qui concerne l'intégration au bâti.

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