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Photovoltaïque :
Mise en œuvre des modules photovoltaïques sur toitures - © © Transénergie

Photovoltaïque : "l’intégration au bâti représente le marché le plus prometteur"

Antoine Nogier |  le 26/07/2010  |  Energies renouvelablesInnovationFrance Technique

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Ancien élève de l'Ecole Polytechnique, Antoine Nogier a démarré sa carrière au sein du groupe Tenesol puis a fondé la société Sun'R, producteur indépendant d'électricité photovoltaïque, qu'il dirige actuellement. Il a aussi été expert énergies renouvelables des programmes cadres de recherche et développement européens et a fondé l'Observatoire de l'Innovation dans l'Energie. Durant l'été, sur LeMoniteur.fr, retrouvez son analyse du photovoltaïque en France.

Il nous semble que le débat du soutien au solaire photovoltaïque ne doit s'analyser, après prise en compte des contraintes de la CSPE, que sous le regard des enjeux industriels, et même bien avant l'enjeu de long terme lié à la décarbonisation de l'économie ou aux objectifs européens ou français de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C'est l'objectif adopté par le gouvernement allemand qui a permis l'émergence en quelques années de poids lourds de l'industrie photovoltaïque. Cette stratégie a fonctionné. Rappelons-nous que dans le milieu des années 1990, Photowatt était un des 10 leaders mondiaux de l'industrie photovoltaïque et des entreprises comme Q-Cells n'existaient pas.

L'une des constances de l'industrie est qu'elle a besoin d'au moins 3 éléments pour exister :
1. d'un cap et d'une vision, macroscopiques, fixés par le gouvernement, lui permettant de s'inscrire dans une stratégie de long terme et lui donnant envie d'investir dans l'innovation et dans l'outil industriel.
2. de mécanismes opérationnels et régulateurs performants déclinant sur le moyen terme et de façon régulière, la vision industrielle fixée par le gouvernement, sans craindre une remise en cause ni des atermoiements tous les ans ou tous les 2 ans.
3. d'une politique de promotion de l'innovation ce qui suppose d'avoir identifié les leviers d'innovation possibles pour l'industrie française.

Ensuite, le développement d'une industrie passe généralement par un tissu de PME, à même de développer l'innovation et d'enclencher une dynamique que les grands groupes s'approprieront plusieurs années plus tard. Vouloir susciter une dynamique industrielle à travers des grands groupes serait répéter une erreur si souvent commise en France. C'est naturellement le tissu des PME qui innovera dans les produits, le progrès technique, et l'industrialisation du secteur du photovoltaïque. C'est donc en privilégiant ce même tissu que l'on pourra espérer créer de l'innovation et de l'emploi. La tentation est grande, dans le cas d'une bulle spéculative, de ne vouloir privilégier que les grandes sociétés généralement jugées comme plus sages que les petites. Si un tel jugement se conçoit, il faudra bien être conscient que la vertu ne viendra pas nécessairement de ces grandes entreprises. Ainsi ce sont elles qui délocalisent le plus facilement et vont rechercher de la main d'oeuvre hors de nos frontières. Les petites entreprises ne se peuvent se le permettre. Enfin, l'innovation sera définitivement l'apanage des PME comme cela a pu déjà être le cas de façon flagrante dans l'histoire ancienne et récente du photovoltaïque français.

Pour revenir aux 3 conditions nécessaires d'existence d'une industrie photovoltaïque, force est de constater que la première n'est toujours pas résolue. S'il avait semblé en 2006, lors de la fixation de l'arrêté du 10 juillet 2006, que l'intégration au bâti constituait un axe original de la politique française en matière de photovoltaïque, force est de croire que cet axe ne s'est pas maintenu, n'a pas été réaffirmé, et que les décisions récentes ont eu plutôt tendance à l'infirmer.
Il ne manque pas d'industriels, et souvent de gros industriels, pour critiquer la notion d'intégration au bâti, exception 100% française. Il paraît tellement plus simple de fixer des panneaux au dessus d'une toiture, et de dissocier la notion d'étanchéité de la partie photovoltaïque. L'intégration au bâti est contraignante, qui dira le contraire ? Elle impose de développer un savoir-faire et des solutions spécifiques, et rend a priori plus complexe l'équipement d'une toiture. Cependant comment expliquer dans ce cas qu'un nombre croissant de pays étrangers s'intéressent à la notion d'intégration au bâti ? Comment expliquer qu'on arrive aujourd'hui à développer des systèmes intégrés au bâti pour un coût moindre que des systèmes en bac acier et surimposés ? L'intégration au bâti représente sans doute le marché le plus pérenne et le plus prometteur du photovoltaïque, les centrales au sol étant souvent considérées comme un marché opportuniste qui se refermera rapidement une fois que les surfaces intéressantes auront été équipées.

Quoi qu'il en soit, il appartient à l'Etat de fixer le cap de la politique qu'il souhaite et des objectifs industriels qu'il vise, indépendamment des pressions de tel ou tel intérêt particulier. Ensuite, les mécanismes opérationnels doivent être en adéquation avec les objectifs industriels visés. En l'espèce, la première révision tarifaire a semblé chaotique et n'obéir à aucune directive ni aucun objectif fixe. Aucune précision sur les natures de bâtiment pouvant être rénovées, aucune précision sur les natures de terrain pouvant accueillir une centrale solaire, aucune analyse comparative digne de ce nom permettant d'expliquer ou de justifier les choix tarifaires. Aucune ligne directrice sur les niveaux attendus de rentabilité des projets PV et la façon dont la profession devait y tendre ; aucun élément relatif à la qualité des installations, sur le plan technique ou urbanistique. Et des revirements réguliers annoncés par voie de presse et repris partiellement dans les projets d'arrêtés. Comment construire une politique industrielle dans un tel contexte ? Cela n'est pas possible.
L'instrument tarifaire, semble être le seul instrument de régulation envisagé par le gouvernement. Or, le gouvernement dispose d'une panoplie d'instruments autres que les systèmes tarifaires pour conduire le secteur du PV à la vertu et à l'excellence industrielle.

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