Energie

Photovoltaïque : des PME s’unissent au sein d’une « Coopérative solaire de France »

La « Coopérative solaire de France », en rassemblant une centaine de PME des énergies renouvelables d’ici la fin de l’année, a l’intention de créer une entité capable de rivaliser avec des entreprises de la taille d’EDF-EN. Cette future structure entend proposer un kW photovoltaïque à un prix deux fois moins élevé qu’aujourd’hui. Rencontre avec un de ses fondateurs.

Le moratoire sur le photovoltaïque aura au moins eu le mérite de fédérer les acteurs du photovoltaïque. « L’union fait la force », tel est l’adage qui semble guider les patrons de PME qui seront bientôt regroupés au sein de la « Coopérative solaire de France ».
Pierre-Emmanuel Martin est a la tête d’ une petite entreprise spécialisée dans le photovoltaïque. Déjà irrité par les deux changements de tarifs de rachat opérés par le gouvernement en 2010, quand survient l’annonce de la suspension des tarifs de rachat de l’électricité solaire provenant d’installations d’une puissance supérieure à 3 kWc, il décide que s’en est trop. Avec l’aide de l’avocate Ariane Vennin,  il lance sur Facebook le collectif « Touche pas à mon panneau solaire ».
Cristallisant la colère et l’inquiétude des installateurs et développeurs de projets photovoltaïques, se sentant déconsidérés par le gouvernement et parfois mal représentés par les institutions déjà existantes; comme le syndicat des énergies renouvelables, accusé de défendre les intérêts des grands groupes; le collectif fédère rapidement plusieurs centaines d’installeurs, entrepreneurs ou développeurs. Sur le « mur » du groupe Facebook, les petits acteurs de la filière se rencontrent, échangent entre eux et se sentent moins seuls.
Alors, suite à l’annonce, lors d’une réunion de concertation, par la Direction générale de l’énergie et du climat, de la possible mise en place d’appels d’offres, l’idée de se rapprocher devient une évidence urgente. Redoutant « la constitution d’un oligopole sur un marché d’avenir »,  afin de donner une force de frappe aux PME leur permettant de rivaliser avec des groupes comme EDF-EN, GDF-Suez ou encore Veolia au sein d’une procédure d’appel à projet, la création d’ une coopérative est décidée.
Pierre-Emmanuel Martin connait bien EDF, sa famille y a travaillé. Aujourd’hui, avec son projet de coopérative, qu’il mène avec d’autres entrepreneurs des énergies renouvelables comme lui, il entend bien créer un groupement d’intérêt général et ainsi renouer avec l’histoire d’EDF « qui n’est rien d’autre, au départ, qu’un rapprochement d’entrepreneurs sociaux ».
Utilisant la métaphore de l’agriculture intensive et maraichère, pour lui, EDF avec le nucléaire et les PME des énergies renouvelables doivent cohabiter.

Diviser par deux le prix du kW en achetant français

« Les PME innovent tous les jours, nouveaux câblages, nouveaux systèmes d’accroches, … mais, seulles, elles ne pensent pas à breveter leurs solutions». La future structure devrait fournir un appui pour les installateurs et petits développeurs.
Définie comme un « substrat anti-prédation » par Pierre-Emmanuel Martin, la coopérative devrait permettre aux entreprises de mieux gérer la relation avec les banques et les assurances.
Mais, si la trentaine de membres fondateurs, répartis à travers tout l’Hexagone, se sont regroupés c’est surtout pour réduire les coûts. Grâce à la mise en place d’ une centrale d’achats commune, les petites entreprises pourront bénéficier de prix nettement plus avantageux. « En dessous de 10 MW, on ne peut pas passer la barrière du grossiste, qui prend 10% de marge. Si on agrège la demande, on pourra avoir une offre très compétitive. » Pierre-Emmanuel Martin promet même au gouvernement, espérant un geste de ce dernier en faveur des PME, de diviser par deux le prix du kW photovoltaïque, et ainsi atteindre quasiment la parité réseau avant l’heure.
Le module ne comptant, selon lui, que pour 40% du prix d’un projet, il prétend même pouvoir convaincre n’importe quel client d’acheter Français. La coopérative devrait d’ailleurs être accompagnée d’un label qui exigerait, entres autres, l’achat de matériel européen et une fraction minimale de composants français.
« On ne va pas aller chercher des Serbes en car pour les faire travailler sur un chantier comme j’ai pu le voir lorsque je travaillais au sein d’un grand énergéticien». Insistant sur la défense des emplois locaux, Pierre-Emmanuel Martin entend également mettre en place une « bourse du travail » afin de mieux répartir l’ensemble des acteurs sur les projets.

PME ou champions nationaux ?

« Le rapport Charpin demande aux politiques de faire un choix. L’Allemagne installe 8000 MW par an, l’Inde annonce un programme de 20 000MW et même l’Algérie qui pourtant a accès à un gaz et un pétrole très peu chers va construire une usine capable de produire 200 MW de panneaux annuellement. Le marché mondial du solaire représentera 100 milliards de chiffre d’affaires en 2012, où sont nos champions nationaux ? » souligne Pierre-Emmanuel Martin. Ce dernier se demande pourquoi le Gouvernement peut espérer, demain, faire émerger des acteurs français qui n’ont pas su hier se positionner sur la scène internationale face aux grands groupes étrangers.
« Lors de la concertation, Total a judicieusement expliqué que le marché des énergies renouvelables est par essence décentralisé et qu’i correspond à un marché de PME et d’entreprises de taille intermédiaire qui ne doivent pas souffrir d’une position dominante ». Conscient qu’en s’exprimant ainsi le groupe pétrolier qui se tourne aujourd’hui vers l’électricité souhaite tacler son nouveau rival EDF, Pierre-Emmanuel Martin souligne que cette analyse reflète l’évolution des marchés à l’étranger.

Concernant le rythme de croisière de la nouvelle structure, dont les statuts devraient bientôt être déposés, il s’agit d’atteindre d’ici la fin d’année la centaine d’entreprises de manière à pouvoir installer au minimum 25 MW annuellement. Objectif : dans 15 ans, bénéficier, pourquoi pas, d’une centaine de collaborateurs dans chaque département. Bref pour Pierre-Emmanuel Martin, « soyons réaliste, exigeons l’impossible ».

 

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