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Philippe Piantoni (FRBP PACA):  «Dans le Var et les Alpes-Maritimes plane la menace d’arrêt des chantiers faute d’exutoire pour les déchets»
Philippe Piantoni, Président de la fédération régionale du bâtiment de Provence Alpes Côte d’Azur. - © FRB PACA

Philippe Piantoni (FRBP PACA): «Dans le Var et les Alpes-Maritimes plane la menace d’arrêt des chantiers faute d’exutoire pour les déchets»

Propos recueillis par Christiane Wanaverbecq (Bureau Méditerranée du Moniteur) |  le 29/08/2019  |  Déchets de chantierFFBProvence-Alpes-Côte d'AzurArtisansNégoce

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En Provence Alpes Côte d’Azur, le secteur du BTP connaît une crise liée à la recrudescence des décharges illégales et à des capacités de stockage des centres d’enfouissement des déchets arrivées à saturation. Le président de la fédération régionale du bâtiment craint l’impact de cette crise sur l’activité du secteur.

Le traitement des déchets provoque une nouvelle crise dans le secteur du BTP en Provence Alpes Côte d’Azur. Que s’est-il passé ?

La crise résulte de deux problématiques. La première concerne la recrudescence des décharges sauvages qui a conduit début août au drame de Signes (Var) (Le maire de Signes, Jean-Mathieu Michel est mort le 5 août dernier, renversé par une camionnette dont les occupants venaient de déverser illégalement des gravats et qu'il tentait de verbaliser. NDLR). C’est le fait d’entreprises peu scrupuleuses. Ce phénomène peut s’expliquer aussi par la décision des collectivités de ne plus accepter dans les déchetteries publiques les déchets du monde économique et cela sans pour autant proposer des solutions alternatives. Cela peut pousser les entreprises non vertueuses à trouver des solutions hors la loi.

L’autre problématique est l’incapacité des centres de tri et des collecteurs d’évacuer la partie non valorisable des déchets non dangereux ou non inertes. La situation est particulièrement critique dans le Var et les Alpes-Maritimes où plane la menace d’arrêt des chantiers faute d’exutoire pour ces déchets dits ultimes.

Pourquoi ?

Les deux départements n’ont pas de capacité suffisante de stockage. Dans cette partie de notre région qui correspond au bassin de vie azuréen, il y a des incinérateurs, mais les collectivités y font traiter en priorité les déchets ménagers. Par ailleurs, les centres de tri et de collecte se voient limiter dans leurs capacités d’évacuation vers des installations de stockage de déchets non dangereux (ISDND ou centres d’enfouissement).

Dans le Var, par exemple, deux de ces installations viennent de fermer. Sur le bassin azuréen, la situation est tendue depuis longtemps. Les entreprises avaient à ce jour comme solution d’amener leurs déchets de chantier dans les Bouches-du-Rhône. Mais les installations arrivent là aussi à saturation. Si l’impact de la crise est limité en cette période estivale avec la pause des chantiers, il risque d’être plus fort à la rentrée avec le redémarrage de l'activité, très porteuse sur ce bassin de vie. Cela inquiète les entreprises. Elles craignent aussi d’être obligées de payer le transport de leurs déchets dans d'autres régions, générant des coûts supplémentaires.

Quelles sont les solutions ?

Il faut produire moins de déchets et valoriser plus. D’ailleurs, conformément à la loi sur la transition énergétique, qui impose 70% de valorisation des déchets inertes en 2025 (1), les pouvoirs publics réduisent peu à peu les volumes maximum autorisés pour inciter au recyclage. A cela s’ajoute la spécificité d’un territoire comme le nôtre, très urbanisé et avec une pression environnementale forte. Les autorisations pour les installations y sont délivrées au compte-gouttes et les collectivités n'allouent pas facilement du foncier à ce type d'activité.

Après, chacun doit prendre ses responsabilités. Il faut rappeler aux maîtres d’ouvrage, qu’en tant que producteur de déchets et exploitant au sens du Code l’environnement, ils sont responsables de la tenue du registre de suivi des déchets. Les Bordereaux de suivi de déchets sont, par exemple, obligatoires pour les déchets dangereux (et les déchets amiantés). Les maîtres d’ouvrage doivent aussi favoriser le réemploi dans les marchés publics. Puis, il faut poursuivre le travail de sensibilisation auprès des entreprises du BTP. La fédération régionale du bâtiment PACA le fait déjà à travers la démarche « chantier propre » à faible nuisance environnementale » (2). Les entreprises du BTP doivent ensuite former leur personnel et donner du sens au geste permettant le tri. Dans ce sens, la FFB va déployer en septembre le kit « quart d’heure environnement » pensé comme le « quart d’heure sécurité ».

Comment allez-vous résoudre la crise en PACA ?

Au cœur de l’été, nous nous sommes réunis avec les représentants de la filière des déchets. Nous avons rencontré la région Sud PACA, chargée de la mise en œuvre du Plan régional de prévention et de gestion des déchets (PRGD) adopté en juin dernier, et les services de l’Etat. Pour répondre à l’urgence et éviter le blocage, nous demandons des dérogations pour augmenter temporairement le volume des déchets admis dans les centres d’enfouissement des Bouches-du-Rhône. Nous souhaitons également organiser une concertation avec l’ensemble des parties prenantes : services de l’Etat, collectivités, exploitants... La solution est de penser global et local pour proposer des solutions de proximité dans une logique de maillage équilibré du territoire.

En ce qui concerne les décharges illégales, la fédération départementale du BTP du Var a décidé de réagir. Elle a annoncé se porter désormais partie civile, dès lors que des procédures judiciaires seront engagées à l'encontre de telles pratiques. Sont en jeu la préservation de l'environnement et l'image de notre secteur.

(1) Art. R. 541-17.-I. et II. (Code de l’environnement). En 2020, la capacité annuelle d'élimination par stockage des déchets non dangereux non inertes ne doit pas être supérieure à 70 % de la quantité des déchets non dangereux non inertes admis en installation de stockage en 2010.

(2) Créée par la FFB, la démarche «chantiers propres » est déployée en Auvergne-Rhône Alpes, en Occitanie et en PACA.


Focus : Les déchets de chantier en PACA
Les déchets inertes représentent 94% des 16 millions de tonnes générés par les chantiers du BTP en PACA : 94% inertes (briques, béton, tuiles, céramiques, terre, cailloux, pierres), 4% non dangereux (bois, plastiques, métaux) et moins de 2% de dangereux (amiante, terres excavées polluées, solvants, peintures...).
Les entreprises de TP produisent 14,8 millions de tonnes de déchets inertes. Il est à noter que 22% d’entre eux sont évacués et stockés illégalement. Sur le volume dont on a la trace, 70% sont valorisés sous différentes formes : le recyclage, le remblaiement de carrières, le réemploi sur site.
En matière de valorisation, le PRPGD de la région Sud PACA a fixé les objectifs suivants :
-        Déchets Non Dangereux : Passer de 40% de valorisation matière en 2015 à 65% en 2025 et 2031
-        Déchet Inertes : un taux de valorisation de 70% en 2025 et 2031
-        Déchets Dangereux : valoriser 70% des tonnages collectés.
En Paca, 40% des déchets ménagers et assimilés sont des déchets d’activité économique. Au niveau national, la moyenne se situe à 20%.
Sur le bassin de vie azuréen couvrant l’ouest du Var et les Alpes-Maritimes, le PRPGD estime le besoin de stockage en 2025 à 161 000 tonnes et prévoit sur ce même bassin la création de une à quatre centres d’enfouissement. La filière part du principe que la production de déchets à la source aura diminué. Il est à noter qu’aujourd’hui, le besoin de stockage est estimé à 330 000 tonnes.

Commentaires

Philippe Piantoni (FRBP PACA): «Dans le Var et les Alpes-Maritimes plane la menace d’arrêt des chantiers faute d’exutoire pour les déchets»

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eVIL38370

30/08/2019 16h:18

La quantité de matériaux balancés à la poubelle qui pourraient être utilisés sur d'autres chantiers, le BTP, c'est un immense gaspillage et un scandale écologique ! Tous les acteurs sont coupables, du fabricant de matériaux au poseur ! Sur un chantier, on voit des artisans jeter des dizaines de plaques de plâtres BA13 neuves !!! Tout ça parce qu'il y a une benne sur le chantier et que c'est trop contraignant de les ramener !! idem pour l'électricité, ils laissent des rouleaux de gaine en plastique.. Y aussi de l'isolant etc, etc... C'est un immense gâchis : il faut que les sociétés arrêtent de gaspiller les matériaux, leur production pollue, leur non utilisation aussi au final !

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