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Philippe Klein, président de l’Unsfa : « Faisons évoluer la loi sur l’architecture »
Philippe Klein, président de l’Unsfa (2009-2011) - © © Vincent Leloup / Le Moniteur

Philippe Klein, président de l’Unsfa : « Faisons évoluer la loi sur l’architecture »

propos recueillis par Dominique Errard |  le 22/09/2011  |  France kleinLoiretParisGironde

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Elu en septembre 2009 à la présidence de l’Union des architectes (Unsfa), Philippe Klein passe la main au congrès de Bordeaux le 30 septembre. L’architecte strasbourgeois qui s’est battu en faveur du développement économique des entreprises d’architecture estime que pour lutter efficacement contre une crise économique profonde qui s’éternise, ses confères doivent élargir leurs champs d’activités et mieux s’organiser avec leurs partenaires de la maîtrise d’œuvre.

Le 42e congrès de l’Union nationale des architectes (Unsfa) qui se tiendra à Bordeaux les 29, 30 septembre et 1er octobre a pour thème « L’architecte, des compétences pour tous ». Que voulez-vous souligner à cette occasion ?

A ce congrès nous réaffirmerons que l’architecte a des compétences variées à apporter dans la conception des bâtiments, en particulier sa capacité à modeler les espaces et à inscrire un bâtiment dans son site. Ces compétences lui sont propres. Mais il ne peut pas ignorer l’économie de la construction et l’ingénierie qui sont intimement liées à l’acte de bâtir. Elles lui permettent d’apporter une réponse globale. L’architecture est un acte global, intégrant toutes ces compétences, porteur de plus-value pour tous. Les adhérents de l’Unsfa rediront, à l’heure où la technique poussée par des normes multiples semble prendre le pas sur la composition des bâtiments, leurs ambiances, leur dimension culturelle… la prééminence de la prise en compte de l’homme au cœur de toute démarche d’élaboration de projet de construction. Ils rediront également que l’architecture n’est pas un surcoût, pas plus qu’elle n’est une seule préoccupation esthétique. Elle est un vecteur indispensable à la qualité de la vie.

CRISE ECONOMIQUE

La Mutuelle des architectes français (MAF) a révélé fin juin que les architectes ont globalement moins souffert de la crise en termes de montant de travaux réalisés sous leur direction. Les architectes sont-ils maintenant sortis de la crise ?

Attention, ces chiffres de la MAF ne sont pas des montants d’honoraires mais bien des montants de travaux. Le montant total des travaux déclarés par les architectes en 2009 fait effectivement ressortir une baisse d’activité moins forte que pour les entreprises. Mais ce chiffre est une moyenne qui ne fait pas apparaître les fortes baisses d’honoraires et les très nombreuses situations dramatiques vécues par un bon nombre d’architectes. Entre 2008 et 2010, la baisse de l’activité a été de 17% au niveau européen pour les architectes, et dans le même temps leur chiffre d’affaires a chuté de 24%. Cela veut dire que non seulement il y a moins d’activité, mais qu’en plus, pour travailler, les architectes européens ont fait plus de concessions. La logique voudrait plutôt que le prix des prestations augmente pour sauvegarder les marges.

Vous n’êtes pas optimiste pour 2012 ?

En effet. D’une part, l’augmentation du décalage entre la conception et la réalisation des travaux fait craindre un étalement sur 2012, voire davantage, des conséquences de la crise. D’autre part, les évolutions réglementaires, telles que celle du Code des marchés publics, qui privilégient les entreprises générales (en facilitant les PPP, la conception-construction, et la possibilité de variante sans offre de base), ainsi que le peu de reconnaissance du rôle de l’architecte dans la société nous inquiètent pour l’avenir. De plus, nous entrons dans la période des élections présidentielle et législatives de 2012. Bien des programmes sont déjà reportés à fin 2012, voire 2013. Nous sommes entrés dans une période de très fortes incertitudes qui suspend les investissements privés et publics.

LOI SUR L’ARCHITECTURE

La loi sur l’architecture de 1977, avec son recours obligatoire de l’architecte, n’est-elle pas suffisamment protectrice pour les architectes ?

La loi sur l’architecture constitue un cadre réglementaire à priori très favorable à une présence forte de l’architecte dans l’acte de bâtir. 35 ans après son vote, nous constatons que la France compte parmi les pays d’Europe où le nombre d’architectes est le plus bas, où l’étendue de la mission d’architecte est la plus réduite, et parmi ceux où la rémunération de l’architecte est la plus faible. Par rapport à un cadre réglementaire qui paraît favorable, le bilan est maigre en terme économique pour la profession. Nous nous interrogeons ! Cette loi garantissant l’intérêt public et du consommateur contient de fortes contraintes professionnelles par rapport aux autres intervenants de l’acte de bâtir : en termes de formation, de déontologie, d’assurances et de limitations d’activités en matière commerciale.

Le recours obligatoire aux architectes ne leur serait pas si favorable ?

La loi ne porte que sur l’obligation de recours à l’architecte pour la demande de permis de construire. La réhabilitation du patrimoine existant qui constitue désormais un marché majeur en est largement exclue. Le seuil de 170 m2 a refoulé le marché de la maison individuelle. Les chiffres montrent aujourd’hui que ce marché représente en moyenne jusqu’à 50% de l’activité chez certains de nos confrères européens. Or, moins de 10% des travaux de maisons individuelles sont réalisés en France par des architectes. Ce seuil a renforcé l’impression que l’architecture est une contrainte facultative puisqu’elle ne s’applique pas à tous. Dans le même temps, nous constatons qu’en deçà du seuil de 170 m2 les dispositions destinées à diffuser la culture architecturale à travers les CAUE n’ont pas été respectées.

Est-il temps de réformer la loi sur l’architecture ?

Il est nécessaire, soit de conforter la loi sur l’architecture, soit de la faire évoluer. Cette loi a été progressivement vidée de son sens et s’est en partie retournée contre les architectes. Cette situation s’aggrave avec des directives européennes qui donnent la possibilité à des acteurs européens de concurrencer directement les architectes français, en France, sans leur imposer les mêmes contraintes de garanties. Ce n’est pas acceptable. La disparition du barème d’honoraires imposé par l’Etat français sous prétexte d’exigences européennes, et donc de repères en matière de rémunération, favorise le dumping. Un dumping qui se développe abondamment en période de crise comme c’est le cas actuellement. La loi sur l’architecture de 1977 doit évoluer : par la redéfinition du cadre réglementaire de l’obligation du recours à l’architecte, par le retour à des garanties sur la rémunération (barème), et par une ouverture sur la diversification des missions au sein de la même structure (promotion immobilière, entreprise, administration de biens, etc.). La loi sur l’architecture, faussement protectrice, a maintenu les architectes dans un certain immobilisme et les a marginalisés. En entretenant l’illusion d’une exception culturelle française…

Quelles solutions proposez-vous pour améliorer la loi sur l’architecture ?

Nous devons introduire les souplesses qui existent pour d’autres professions. Une plus grande diversification d’activités permettrait notamment d’absorber certaines crises… Il faut par ailleurs encourager le regroupement des structures professionnelles et les agences pluridisciplinaires à maîtrise d’œuvre intégrée (comprenant également l’ingénierie technique et l’économie de la construction).

Cet encouragement doit-il passer par l’ouverture plus large du capital des sociétés d’architecture aux non architectes ?

Nous pensons que les architectes doivent à nouveau en débattre. Elle est inscrite en filigrane dans la dernière directive Services et constituerait, si elle était acceptée ou subie, une révolution pour notre métier. La réponse encadrée et favorable à cette question est peut-être une des clés de l’évolution à venir des entreprises d’architecture vers des sociétés de maîtrise d’œuvre, mieux adaptées aux réponses globales (sociale, économique et technique) sur lesquelles les architectes sont désormais attendus. Ne pas l’envisager, ce serait condamner les architectes à l’isolement.

Pourquoi l’architecte risque-t-il de s’isoler ?

Les réponses architecturales doivent être désormais directement associées à des réponses en matière de performances énergétiques et de protection des ressources naturelles. Le cadre réglementaire nous l’impose désormais dès la phase de permis de construire. Le paradoxe est qu’il y a encore peu de temps, la maîtrise d’ouvrage voulait se rassurer en multipliant les acteurs de la maîtrise d’œuvre (à chaque nouvelle réglementation on a créé un nouveau métier). Ces acteurs ont proliférés en exploitant un « saucissonnage des missions » source de divisions et de malfaçons. De ce fait, peu d’architectes ont entretenu ou développé en interne les compétences indispensables à la pluridisciplinarité. Il faut maintenant engager le mouvement inverse et construire une maîtrise d’œuvre forte.

ORGANISATION DE LA MAÎTRISE D’ŒUVRE

Cette construction d’une maîtrise d’œuvre forte passe-t-elle d’abord par la création d’une organisation professionnelle commune aux architectes, économistes et bureaux d’études ?

L’Union des architectes propose de créer un Conseil national de la maîtrise d’œuvre plutôt qu’une Fédération de la maîtrise d’œuvre qui supposerait de mettre en place une structure dotée d’un bureau et d’un organe de gestion coûteux. Il s’agit de dépasser la « Conférence permanente des présidents de la conception » créée il y a de nombreuses années. Nous en discutons actuellement avec nos partenaires de la maîtrise d’œuvre.

A quoi servirait ce Conseil national de la maîtrise d’œuvre ?

Ce serait un lieu de débat, et de prises de positions et une organisation capable de porter des actions communes pour le compte d’une maîtrise d’œuvre indépendante. Nous devons par exemple mieux nous organiser pour financer des formations adaptées à la maîtrise d’œuvre, effectuer une veille et un décryptage des réglementations, lancer des actions de lobbying au niveau européen notamment, mieux définir et promouvoir le rôle du maître d’œuvre… Certaines de ces actions existent aujourd’hui plus ou moins de façon concertée. Elles seraient mieux organisées et ciblées. Se former ensemble c’est apprendre à parler le même langage, à se comprendre, à travailler ensemble… à se faire confiance et à se coordonner avec facilité, et à être capable de se remplacer sur le terrain. A contrario, le « saucissonnage des compétences » est source de problème d’interfaces et de conflits d’intérêts…

Qui serait membre de ce Conseil national de la maîtrise d’œuvre ?

Ce conseil doit au moins réunir l’Unsfa, l’Untec (Union des économistes de la construction), les ingénieristes et bureaux d’études de Syntec-ingénierie, de la CICF construction et du Synamob (la maîtrise d’œuvre en France représente 200000 emplois, dont 50000 pour les architectes). Nous pensons que les organisations professionnelles d’architectes d’intérieur, de paysagistes, d’urbanistes pourraient également participer à ce conseil.

Iriez-vous jusqu’à évoquer ensemble le partage des missions et des honoraires de maîtrise d’œuvre ?

La mise en place de la RT2012 conduit forcément à la redéfinition des missions. La maîtrise d’œuvre doit être en mesure, dès le permis de construire, d’afficher la performance énergétique prévisionnelle d’un bâtiment. Ce n’est pas vraiment le cas aujourd’hui. Cela signifie que les missions évoluent et que leur rémunération doit être adaptée à cette nouvelle donne. Les ordonnances sur l’urbanisme de projet conduiront à un surcroît de travail, d’incertitudes et de risques pour les architectes. La maîtrise d’œuvre doit exiger une juste rémunération. Mais nous devons également évoquer d’autres sujets tels que la contractance générale de manière à ce que ce soit la maîtrise d’œuvre qui puisse être mandataire des opérations de partenariat public-privé. Et non systématiquement l’entreprise générale. Cela favorise la recherche de la solution la plus adaptée à chaque situation. Lorsque le maître d’ouvrage s’adresse à une entreprise, il privilégie de facto la solution technique que l’entreprise maîtrise. Un maître d’œuvre doit chercher à prescrire la solution la plus performante parmi celles possibles pour le maître d’ouvrage. Et cela sans préjuger du choix de l’entreprise qui interviendra dans le cadre d’une mise en concurrence transparente. Cela n’est possible qu’avec une maîtrise d’œuvre indépendante.

Une réaction ? Ecrivez-nous à courrier.moniteur@groupemoniteur.fr

Réaction

"L'heure est grave !!! Peut-on accepter cette préparation psychologique à la disparition de l'architecte, ou plutôt à sa dissolution dans un ensemble complexe ? Nous avons des atouts à faire connaître et quand on est en province, on voit encore l'utilité que nous pouvons avoir vis-à-vis de particuliers pour qui nous sommes les seuls à pouvoir apporter une solution. Monsieur Klein, à la veille de votre départ, votre défaitisme est énorme et porteur d'abandon. Il faudrait plutôt que les écoles d'architecture qui n'ont pas évolué depuis 40 ans (moi-même UP5 La Défense 1971/1979, ma fille à Paris-Belleville 2000/2006) se mettent à former des vrais professionnels, capables de penser qu'ils sont autre chose que des artistes, d'apprendre à réhabiliter, à faire de l'urbanisme, etc, etc, et à savoir discuter avec les autres filières de la maîtrise d'œuvre. Je possède un certain nombre de ces connaissances, je suis une petite structure de province, et sans être optimiste de manière démesurée, je m'en sors... pour l'instant."

Michel Pontaillier, architecte à Montargis

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