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Peut-on mécaniser le désamiantage ?

Hakim Bendaoud et Gilles Rambaud |  le 18/10/2013  |  BâtimentHautes-PyrénéesFrance entièreTechnique

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Outre sa dangerosité, le désamiantage est une opération d’une grande pénibilité dont la mécanisation tarde à venir.

Protégé par un masque respiratoire à adduction d’air et une combinaison hermétique, le désamianteur pénètre dans un espace minutieusement confiné. Il vérifie que les extracteurs d’air ont bien dépressurisé la pièce, oriente ses projecteurs à leds basse consommation puis… saisit une raclette et commence à gratter. Poussés par une réglementation de plus en plus restrictive, les équipements de protection individuels et collectifs utilisés lors des chantiers de désamiantage sont aujourd’hui les plus évolués que l’on puisse trouver sur un chantier. Mais, paradoxalement, l’action elle-même reste manuelle et d’une grande pénibilité, surtout sous la chaleur et l’inconfort des masques et des combinaisons. Ne peut-on pas la mécaniser ? Pas pour l’instant… « La mécanisation est inévitable. Mais elle est compliquée. Nous débutons à peine. Il faudra attendre encore quatre ou cinq ans avant de voir apparaître les premières solutions véritablement efficaces », anticipe Claude Buschendorf, président de la commission matériel du Syndicat national des entreprises de démolition (Sned).

Gare à la poussière !

Premier écueil : la précision, car l’amiante est partout. L’appareil, d’une grande souplesse de mouvement, devra atteindre une précision centimétrique pour le déloger dans les moindres recoins : calorifugeage des tuyaux, flocage des plafonds, colles, mastics... Deuxième problème, probablement le principal : l’empoussièrement. Un appareil électrique dégagera beaucoup plus de poussière qu’une intervention manuelle. D’où l’importance des systèmes d’aspiration. « Dès lors que l’on utilise des techniques émissives, il est impératif d’avoir des captages à la source », confirme Yannick Jordy, responsable commercial chez Airtec. Patrick Grandchamp, directeur France et Maghreb de Blastrac, fabricant de matériel, va même plus loin : « La puissance d’aspiration devrait être réglementée. Or il n’en est rien pour l’instant. »

Précise, aspirante, transportable

L’autre paramètre à prendre en compte porte sur la décontamination de l’appareil. « Dans tous les cas, quel que soit le matériel, il faut impérativement que celui-ci puisse être décontaminé à l’eau et qu’il affiche donc les caractéristiques électriques IP65 et IP55 », prévient Anita Romero-Hariot, ingénieur au département expertises et conseils techniques de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Si les futurs matériels ne peuvent pas être dépollués sur place, ils devront quitter le chantier dans des caisses hermétiques pour être nettoyés dans un environnement sécurisé. Les loueurs d’aspirateurs et d’extracteurs d’air le savent bien : l’entretien de leur appareil doit se faire dans les ateliers transformés en véritables salles blanches, par des techniciens formés et protégés. La future machine de désamiantage devra donc être précise, aspirante, transportable, nettoyable et, bien sûr, efficace. Avec de tels paramètres, on comprend pourquoi les fabricants ont du mal à résoudre l’équation. Face à cette absence d’offre, Francis Kalmbacher, directeur de CMS, l’un des leaders français du désamiantage, a pris le taureau par les cornes : cette filiale de Vinci a développé ses propres matériels qu’elle fabrique elle-même. « Ce sont des machines qui poncent les murs ou les plafonds et qui pèsent environ 250 kg. Elles sont construites sur une base de gerbeur électrique. Nous avons également conçu nous-mêmes le sas de décontamination qui leur est adapté. » Cet investissement lourd, Francis Kalmbacher l’a longuement mûri. « C’est une décision qui demande une longue réflexion en amont. Mécaniser est possible, mais c’est compliqué. Il faut tenir compte du temps que prennent la mise en place puis la décontamination de l’appareil par rapport à la surface à traiter. Le gain en productivité n’est pas toujours évident. En revanche, la réduction de la pénibilité est très importante. » Les compagnons qui opèrent sur ces machines sont de vrais professionnels, formés, spécialisés et responsabilisés. Ce n’est pas toujours le cas des hommes à qui on demande seulement de gratter… La mécanisation ne se résume pas à de la technique ; c’est aussi une question de mentalité.

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PHOTO - 751877.BR.jpg - © Lapro
Une centaine d’entreprises certifiées

Le désamiantage est une activité particulièrement réglementée, qui ne peut être effectuée que par une entreprise certifiée. La France en compte 300 dont une centaine sont affiliées au Syndicat national des entreprises de démolition et de désamiantage (Sned). Le marché français du désamiantage représente environ 500 millions d’euros annuels. Le leader du secteur est CMS (filiale de Vinci), avec 38 millions d’euros de chiffre d’affaires, suivi par Snadec.

Cinq techniques de désamiantage Le ponçage

« C’est de loin la technique la plus utilisée », constate Brice Kaboré, chargé de développement chez Blastrac France. Le ponçage a trois vertus : il est très simple à pratiquer, efficace sur presque tous les supports et peut s’appliquer aux murs ou aux plafonds à l’aide d’outils portatifs. Toutefois, il dégage beaucoup de poussière. « La captation à la source doit être irréprochable », insiste Brice Kaboré. Blastrac commercialise des ponceuses électroportatives conçues pour ce type de travail.

L’hydrogommage

L’hydrogommage consiste à ronger le matériau à l’aide d’un jet d’eau à haute pression. Selon la puissance du nettoyeur, qui varie de quelques dizaines à plus de 1 500 bars, le décapage se fait plus ou moins en profondeur. « L’hydrogommage est efficace pour retirer de l’amiante sur des plâtres, mais ce système génère des boues que les entreprises n’aiment pas gérer. L’eau polluée est difficile à récupérer, il faut la faire décanter, la filtrer très finement… C’est un traitement compliqué », témoigne Pierre Hugounet, directeur de la communication et du marketing de Lapro.

Le grenaillage

Le grenaillage consiste à projeter des billes sur le support. Elles y rebondissent, sont récupérées et repartent pour un cycle. Son avantage est d’offrir un rendement bien supérieur au ponçage, tout en dégageant moins de poussière, la matière se détachant par morceaux sous l’action des billes. Inconvénient : tous les supports ne le supportent pas. Lourdes, les grenailleuses sont réservées au désamiantage des sols, mais Brokk, le spécialiste des robots de démolition, a présenté, cette année, un prototype pour travaux verticaux.

Le rabotage

Comme les gros matériels automoteurs, les raboteuses poussées prélèvent une couche du sol par frottement d’un tambour équipé de dents. Cette méthode permet d’ôter jusqu’à 3 cm en un seul passage, quand le ponçage se contente d’enlever des couches de 0,5 mm. Comme les grenailleuses, les raboteuses ne sont utilisées que pour les sols à cause de leur poids.

Le robot

Les robots ont l’énorme avantage d’être télécommandés. Il devient dès lors envisageable de les manipuler à distance sans avoir à entrer dans le périmètre contaminé. « Utiliser des robots est une idée séduisante mais, malheureusement, coûteuse. L’autre frein est qu’avec eux aussi, on dégage de la poussière, sans avoir toujours à l’esprit que, par la suite, des opérateurs vont de toute façon être amenés à entrer dans la zone », analyse Anita Romero-Hariot, ingénieur au département expertises et conseils techniques de l’INRS. Le poids de ces machines pose également problème car elles seront amenées à circuler sur des planchers parfois de faible portance. Pas facile de placer un matériel de 2 t sur un plancher limité à 250 kg/m².

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