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Performance énergétique des bâtiments : quelle stratégie pour éviter
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Performance énergétique des bâtiments : quelle stratégie pour éviter "l'effet rebond" ?

Adrien Pouthier |  le 05/02/2013  |  rebondChantiersPerformance énergétiqueRéglementation thermiqueFrance

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Le Centre d’analyse stratégique (CAS) vient de publier une note formulant des propositions pour lutter contre ce phénomène de surconsommation induit par une meilleure performance énergétique des bâtiments et des équipements.

On connaissait l'effet papillon (un événement apparemment anodin créant une suite de réactions en chaîne et provoquant une catastrophe) ou encore l'effet placebo (l'effet bénéfique sur une pathologie d'une substance n'ayant a priori aucune vertu curative, effet produit par la persuasion psychologique). Voilà que les spécialistes des questions de performance énergétique se mobilisent de plus en plus pour se prémunir d'un phénomène qui n'est pas loin d'être un mélange des deux premiers effets cités : l'effet rebond.

Un terme qui désigne "l’annulation des gains de performance énergétique obtenus par la diffusion du progrès technique, du fait d’une utilisation accrue des ressources". En clair, les comportements de consommation minent les économies d’énergie rendues possibles par l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments et des appareils. Selon le raisonnement "mon équipement consomme moins d'énergie donc je sollicite plus mon équipement", on a ainsi pu constater que l’« effet rebond » peut annuler de 5 % à 50 % des gains d’énergie obtenus grâce au progrès technique. Et dans le cas de l’amélioration de l’efficacité d’un système de chauffage, qu'il existe un décalage moyen d’environ 30 % entre les économies prévues et celles qui sont effectivement réalisées...(1)

Modifier les comportements

Saisi de cette question, le Centre d’analyse stratégique (CAS, institution d’expertise et d’aide à la décision placée auprès du Premier ministre) a donc formulé des propositions pour déclencher une modification des comportements, indispensable complément des campagnes de construction et de rénovation de logements, pour éviter l'effet rebond.

S'appuyant notamment sur des expériences menées localement en France (voir Focus), le CAS propose quatre exemples d'incitations qui "méritent d’être expérimentées à grande échelle" :

1. La mise en place, en partenariat avec des collectivités locales, de concours récompensant les immeubles, les quartiers, les communes, les familles… réalisant les « meilleures » économies d’énergie ;

2. La diffusion aux habitants de logements anciens qui ont récemment réalisé des travaux de rénovation thermique, lors de l’envoi de la facture d’électricité, de fuel ou de gaz, d’informations sur les économies d’énergie théoriquement attendues après travaux, et sur celles, moins importantes, qui seront effectivement réalisées si leurs habitudes de consommation n’évoluent pas (effet rebond) ;

3. La diffusion aux habitants de logements neufs, lors de l’envoi de la facture d’électricité de fuel ou de gaz, d’informations sur la consommation moyenne d’un ménage « économe » de taille identique, en comparaison de leur propre consommation ;

4. La diffusion aux particuliers des coûts et des bénéfices que représentent l’évolution de pratiques ou l’acquisition d’appareils économes en électricité, par l’intermédiaire de leur facture d’électricité et de messages électroniques (SMS, mails).

Tout l’enjeu de cette note est donc bel et bien de faire des pratiques d’économie d’énergie une norme sociale. Le CAS s'appuie d'ailleurs sur l'exemple de la politique dans le domaine du tri des déchets ménagers, qui a fait ses preuves.

Signal-prix

Il n'en reste pas moins qu'une phrase glissée au milieu du rapport interpelle : "Les incitations fondées sur le signal-prix sont les plus pertinentes pour encourager les économies d’énergie".

Le CAS explique en effet dans son étude que "lorsqu’ils entreprennent des travaux d’amélioration énergétique, les Français pensent d’abord à réduire leur facture d'énergie". Dès lors, fixer un prix de l'énergie suffisamment élevé pour les "forcer" à réaliser ces travaux de performance énergétique, à installer des équipements performants et à adopter des comportements économes serait en définitive la solution ultime.

Seulement, "l’utilisation de ce seul signal peut se révéler difficilement acceptable", explique le CAS. En effet d'après le Baromètre de l'opinion du CGDD (commissariat général au Développement durable), en 2010, 39 % des Français estiment déjà que le coût du chauffage est trop élevé et le quart d’entre eux fait le même constat pour celui de l’eau chaude et de l’éclairage.

Dès lors, cette utilisation du facteur prix "doit s’accompagner de mesures d’accompagnement social et de pédagogie".

Cinq expérimentations françaises

Afficheco (région Centre, 2011/2012) : un afficheur déporté permet aux utilisateurs de visualiser en temps réel à la fois la consommation électrique totale du foyer et les consommations par poste (chauffage, eau chaude sanitaire, éclairage, prises de courant, etc.), en kWh et en euros. Plusieurs entretiens sociologiques sont effectués auprès de la cinquantaine de ménages participants pour suivre l’évolution de leurs modes de consommation.


Ticelec (village de Biot, PACA, 2011/2012) : 25 ménages sont équipés d’un capteur sur le compteur électrique dont le relevé, disponible sur internet, leur permet de suivre l’évolution de la consommation électrique à l’échelle du foyer. 25 autres ménages disposent également de deux capteurs nomades leur permettant de mesurer la consommation électrique d’un appareil en particulier. Enfin, un dernier groupe de 25 fait office de groupe de contrôle.

 “Ma ville est au courant” (Saint-Laurent-du- Var, PACA, 2011/2012): Un site internet permet à chaque ménage de réaliser un diagnostic énergétique sur la base d’un questionnaire, qui ouvre sur une liste de conseils sur les “écogestes” et leur propose des objectifs de réduction de consommation. Les ménages peuvent alors rejoindre l’une des sept équipes de quartier. Chacun d’entre eux est suivi par un coach formé. L’un ou l’autre relève mensuellement les compteurs d’énergie et d’eau et renseigne cette information sur un site internet ou sur une application dédiée sur téléphone portable, afin d’effectuer un classement entre les équipes selon le pourcentage de diminution des consommations. Une centaine de personnes (sur neuf cents habitants) sont inscrites.


L’expérience Grid-Teams (Cannes, 2011/2012) : une interface accessible via un téléphone portable récupère et traite les données d’un compteur électrique communicant installé dans les foyers, permet d’accéder à sa consommation en temps réel et de la comparer à celle des autres participants. Elle donne également accès à des conseils et à un réseau d’entraide entre les ménages. L’affichage se double d’un programme de fidélisation : les participants les plus économes se voient récompensés par des points échangeables contre des cadeaux fournis par la municipalité.
 

Le projet Sensomi (fin prévue en avril 2013) : Le dispositif est fondé sur deux outils : un jeu multijoueurs en ligne dont l’objectif est de “faire croître une plante imaginaire, se développant en fonction du profil quotidien de la consommation d’énergie du joueur, tout en restant dans une dépendance symbiotique à l’égard des plantes des autres joueurs”, ce qui favorise la coopération entre les participants, et une plateforme web qui recense les consommations d’énergie des foyers des joueurs, relevées manuellement par les individus ou automatiquement transmises par des capteurs. Cette interface conditionne les évolutions du joueur à son efficacité énergétique : rien dans l’univers virtuel ne rappelle l’objectif final de réaliser des économies d’énergie. L’objectif est d’ouvrir le dispositif à deux cents participants sur tout le territoire.

Pour en savoir plus, consultez la note du CAS

(1) Dans ce cas c'est souvent un effet dit "de rattrapage" qui est envisagé : l’évolution postérieure de la consommation provient de l’accroissement de la température de confort jusqu’à un niveau minimal auparavant inatteignable pour le ménage concerné.

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