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Pénibilité : le BTP a encore fort à faire

Caroline Gitton |  le 29/06/2012  |  Politique socialeSanté

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Santé au travail -

L’obligation de mettre en place un accord ou un plan d’action sur la prévention de la pénibilité fournit aux employeurs du secteur l’occasion d’aller plus loin dans ce domaine.

Le BTP doit encore progresser dans la lutte contre la pénibilité. Les entreprises d’au moins 50 salariés, et dont la moitié des effectifs est exposée à un ou plusieurs facteurs de risques, sont désormais tenues de mettre en place un accord d’entreprise ou un plan d’action de prévention sur ce thème, sous peine d’acquitter une pénalité égale à 1 % de la masse salariale (sauf pour les entreprises de 50 à 299 salariés couvertes par un accord de branche étendu). Les partenaires sociaux du BTP ont signé un accord le 9 janvier 2012, mais attendent encore son extension ministérielle. Les entreprises de moins de 300 salariés ne sont pas pour autant invitées à rester les bras croisés. La loi du 9 novembre 2010 a d’ailleurs inséré dans le Code du travail, aux côtés des actions obligatoires de prévention des risques professionnels, la mention spécifique de « la pénibilité au travail ». En outre, comme le précise Paul Duphil, secrétaire général de l’OPPBTP, « les fiches techniques jointes en annexe de l’accord de branche proposent aux employeurs, pour chaque facteur de pénibilité, des solutions pratiques et des pistes d’amélioration. Dans certaines entreprises, les représentants du personnel s’appuient sur ces documents pour demander la mise en œuvre de mesures ». Nathalie Turon-Lagau, DRH de l’entreprise de gros œuvre Hervé, tient pour sa part à souligner que le secteur « n’a pas attendu le législateur » pour combattre la pénibilité. « Si travailler sur un chantier n’est pas une promenade de santé, la profession a gagné en confort de travail grâce à la mécanisation », renchérit Jean-Yves Martin, président de la commission sociale de la FNTP. L’obligation d’adopter un texte sur la pénibilité ne serait-elle qu’une contrainte supplémentaire ?

Etre force de proposition

Pas aux yeux de Céline Pomathiod, DRH du groupe Floriot (BTP). « Malgré les actions menées depuis une dizaine d’années, le BTP n’est pas très en avance ! Cette obligation nous engage à poursuivre nos efforts. » Non sans difficulté : « Il s’agit d’imaginer de nouvelles actions, complémentaires à celles déjà engagées. » Car pas question, pour la DRH, de « se contenter de lister ce que l’on a déjà fait ! Il faut être force de proposition ». Mais la première étape consiste à mener un état des lieux en interne. Une démarche « plus complexe qu’il n’y paraît » aux dires de Céline Pomathiod. « Nous avons identifié les postes de travail concernés et les natures d’exposition, et quantifié leur fréquence. » Des données qui alimenteront les fiches individuelles d’exposition, que toutes les entreprises doivent désormais rédiger.

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PHOTO - 652683.BR.jpg - © Stephane bellanger/le moniteur
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PHOTO - 652686.BR.jpg - © Benoit Decout/REA/le moniteur
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PHOTO - 652684.BR.jpg - © Samuel Dhote/le moniteur
Formation - Enseigner les bons gestes

Olivier Riom, directeur général de l’entreprise d’aménagement intérieur Volutique, surveille de près les arrêts de travail. « C’est mon principal point de vigilance. » En 2009, le dirigeant s’attaque aux troubles musculosquelettiques dont souffrent certains de ses salariés, « au niveau du dos, à cause du port de plaques lourdes, et des épaules, en raison du travail sur les parties plafond qui sollicite beaucoup les bras. » La signature d’un contrat de prévention avec la Carsat (1) (ex-Cram) l’aide à financer une étude ergonomique sur les postes de travail. Les salariés suivent aussi, sur une année, des cycles de formations techniques sur les postures et les manutentions, afin d’adopter « les bons gestes ». Mais le dirigeant ne s’arrête pas là. L’année suivante, il sollicite le Fact (2) pour commander une étude complémentaire sur l’ergonomie des postes de plaquistes. Avec là aussi, à la clé, des formations pour apprendre aux salariés à mieux manutentionner les monoplaques. « Sans ces coups de pouce de la Carsat et du Fact, je n’aurais pas été aussi loin ! » Pas si simple, toutefois, de pérenniser ces actions. « Cela demande un effort continuel, car il faut renouveler la démarche auprès des nouveaux entrés dans l’entreprise. »

Les moyens mis en œuvre

Suivi de formations techniques sur les postures et les manutentions

(1) Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail. (2) Fonds pour l’amélioration des conditions de travail.
Organisation du travail - Intégrer la prévention à la préparation des chantiers

« Alors que la vie professionnelle va s’allonger, certains salariés de 30 ans, au moment de leur embauche, souffrent déjà de problèmes de dos ! déplore Jean-Luc Ellart, responsable régional prévention chez Eiffage Construction Normandie Centre. Depuis 2000, nous menons des actions pour prévenir l’usure prématurée. » L’un des axes du plan d’action de l’entreprise, élaboré en début d’année : intégrer la prévention dès la préparation du chantier. « Nous organisons des réunions de préparation minimale garantie auxquelles participent notamment les services méthodes, matériels, prévention et l’exploitation. » Autre axe de travail cette année : supprimer les écarts entre le travail prescrit et le travail réel sur les chantiers. « A cet effet, nous nous sommes notamment appuyés sur des vidéos de nos chantiers réalisées par l’OPPBTP concernant les métiers de bancheurs, maçons, ferrailleurs et finisseurs. » Les compagnons et l’encadrement ont ensuite suivi des formations animées par l’organisme de prévention sur le thème de la pénibilité. Objectif : faire remonter ces écarts entre travail réel et travail prescrit, pour identifier les difficultés récurrentes et proposer des solutions. L’idée à terme : établir un document listant les contraintes identifiées et les remèdes à apporter. « Nous intervenons en outre auprès de certains compagnons souffrant de douleurs chroniques en leur proposant des exercices d’éveil musculaire mais aussi, matin et soir, des exercices adaptés à leur problème. Notre démarche contre la pénibilité rejoint d’ailleurs notre politique en faveur du handicap : on ne peut traiter ces sujets de façon isolée. Mais la lutte contre la pénibilité commence par une bonne hygiène sur les chantiers : cantonnements de qualité, vêtements de travail confortables ou encore EPI adaptés », prône Jean-Luc Ellart.

Les moyens mis en œuvre

Réalisation de films sur les chantiers par l’OPPBTP et réflexions menées avec les compagnons et l’encadrement

Ergonomie - Améliorer les matériels et les outils de travail

« Négocier sur la pénibilité ne représente pas une contrainte, juge Patrick Burguet, DRH de Norpac. Nous n’avons pas attendu l’évolution de la réglementation pour engager des actions. » L’entreprise a signé un accord sur le sujet le 22 décembre 2011. « C’était notamment l’occasion de mettre à plat nos actions et de fixer des objectifs, tout en créant un espace d’échange avec les représentants du personnel. » Dans le collimateur de l’entreprise : les troubles musculosquelettiques, le port de charges lourdes et l’exposition aux poussières (bois, silice…). « Les salariés les plus exposés sont les compagnons travaillant sur des chantiers de gros œuvre de bâtiment et de génie civil », pose Patrick Burguet. Un des axes forts de l’accord de Norpac : l’ergonomie. A cet effet, l’entreprise travaille depuis 2005 avec une ergonome. Chaque journée de travail débute par des échauffements obligatoires. « Notre ergonome anime, en outre, des commissions santé-pénibilité : des espaces qui réunissent des salariés représentant l’ensemble des fonctions de l’entreprise, ajoute le DRH. Il s’agit de réfléchir aux moyens de faire évoluer les matériels, en collaboration avec les fournisseurs, afin de les rendre plus respectueux de la santé des collaborateurs. » Exemple : la mise sur roulettes de certains équipements, notamment pour éviter aux salariés de se baisser. « Cela passe par nombre d’innovations venant des compagnons et de la maîtrise sur le terrain, car nul ne connaît leur poste de travail mieux qu’eux. Nous nous efforçons également de trouver de nouveaux outils mieux adaptés, pour diminuer le port de charges, les tâches répétitives et les vibrations. Le cœur de notre démarche est de rendre nos chantiers plus accessibles », achève le DRH. Et en ouvrir davantage l’accès aux femmes, « encore peu présentes sur nos chantiers de gros œuvre ».

Les moyens mis en œuvre

Recours à un ergonome, et constitution de groupes de travail pour améliorer les matériels et les outils

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