Paysage

Paysages : Du virtuel au réel, Avignon sur le pont

Mots clés : Ouvrage d'art

Les paysages virtuels ont alimenté les entretiens 2017 de Volubilis, le 24 novembre à Avignon. A quelques mois de son 20ème anniversaire, le réseau euro-méditerranéen pour les villes et les paysages prépare son entrée dans l’âge adulte par la mise en place d’un conseil scientifique qui accompagnera ses  travaux à partir de 2018.

Quatre ans de recherches pluridisciplinaires pour quelques minutes de vidéo qui montrent le pont d’Avignon au milieu du XVIème siècle : le jeu de la restitution virtuelle en valait-il la chandelle ? Abondamment évoqué, le 24 novembre aux entretiens 2017 de Volubilis consacrés aux paysages virtuels, le projet Bridge n’a pas fini d’interroger les historiens, archéologues, géomorphologues et professionnels de l’image numérique qui y ont participé, en réponse à une commande du Grand Avignon.

« Oui, notre métier consiste aussi à répondre aux demandes de la société. Mais s’il se résumait à accompagner les modes, nous perdrions notre liberté intellectuelle, dans un monde où les scientifiques avancent en Panda, pendant que ceux qui valorisent leur travail foncent en Ferrari », s’offusque Simone Balossino, maître de conférence en histoire médiévale à l’Université d’Avignon et partie prenante du projet Bridge, piloté par le laboratoire Modélisation, architecture et patrimoine (Map) du Centre national de la recherche scientifique.

 

Modélisation participative

 

Le débat qui traverse les scientifiques du patrimoine agite également les écologues du paysage : modélisateur spécialisé dans cette discipline à l’Institut national de recherche agronomique d’Avignon, Rodolphe Sabatier cherche les liens de causalité entre l’hétérogénéité des pratiques agricoles et la biodiversité. Dans le marais poitevin, ses équations ont donné naissance à un jeu de rôles entre agriculteurs, collectivités et protecteurs de l’environnement : « Chacun a pu prendre conscience de l’importance de la coordination, dans la gestion d’un territoire », se réjouit-il. Mais cela ne l’empêche pas de s’interroger : « La modélisation participative ne fait pas avancer la science »…

Pas de doute, en revanche, sur l’utilité de l’image numérique pour éclairer le débat public sur l’aménagement du territoire. Les habitants d’une banlieue de Barcelone ont su s’en saisir pour transformer en base de loisir un projet de ville nouvelle, porté par le gouvernement catalan, grâce à des simulations en 3 D. Dans l’agglomération de Sofia Antipolis, la rapidité des outils de représentation des scénarii d’aménagement a convaincu les participants aux dialogues prospectifs.

 

Cloud étincelant

 

Fidèle à sa marque de fabrique, Volubilis a plongé les participants dans le sujet de ses entretiens par les cordes sensibles de l’art et de la philosophie, avant d’embrayer sur le débat scientifique et technique. Sur la scène du théâtre Les halles, la lévitation d’un cloud métallique étincelant a inspiré tous les intervenants, rassemblés sur une plage allégorique : du téléphone filaire à l’e-mac en passant par la machine à écrire et le minitel, les objets échoués sur le sable ont facilité le repérage du cheminement de leur pensée.

 

 

Rassuré par ce décor, l’auteur de « L’être et l’écran » a franchi sans coup férir le pont entre art et philosophie: « Nous sommes tous des Technologic Natives », proclame Stéphane Vial. L’affirmation s’applique au IIIème siècle, quand le format du manuscrit passe du rouleau à celui des feuilles découpées et empilées : les juristes impériaux réfléchissent à deux fois, avant de classer le nouvel objet dans la catégorie des livres. Du chemin de fer à la 3D en passant par l’électricité, l’histoire n’a fait que confirmer la règle de la phénoménotechnique généralisée, déjà énoncée par Gaston Bachelard, et désormais reformulée par le maître de conférences de l’université de Nîmes : « La technicité organise à chaque instant le fait d’apparaître »…

 

Rayonnement

 

Certes, mais quand la technique dépasse l’homme au jeu de go dans un monde qui ressemble de plus en plus à celui de 1984, franchit-elle un cap irrémédiable pour la liberté et la démocratie ? « Tout est réversible. Contrôlons les contrôleurs ! », répond le polytechnicien et ingénieur en télécommunications Philippe Quéau. La jeune génération montre la voie d’une maîtrise du virtuel par un usage raisonné. Comme chaque été précédant les entretiens de Volubilis, une dizaine d’étudiants ont mené à bien des ateliers dans la région d’Avignon. La commande de valorisation numérique des paysages les a conduits à finaliser la maquette d’un site participatif, en écho à quelques aménagements low tech et In situ, le long des cours d’eau et des points haut.

 

 

L’exercice renvoie au sens politique de la simulation numérique du pont d’Avignon : la liaison entre les deux rives du Rhône continue à rassembler ses riverains. La journée du 24 novembre a parfaitement exprimé cette volonté millénaire : Jean-Marc Roubaud, président du grand Avignon et maire de Villeneuve-lez-Avignon sur la rive droite, a  lancé les travaux ; Sébastien Giorgis, adjoint à la maire socialiste d’Avignon et fondateur de Volubilis, les a conclus par la rive gauche.  En 2018 alors que l’association fêtera ses 20 ans, les rencontres de deux jours-et-demi enfonceront le clou du paysage virtuel. Pour mettre ses ressources pluridisciplinaires au service du rayonnement de son territoire, Volubilis se donne du cœur à l’ouvrage avec cette formule de son fondateur : « Le Virtuel, c’est le réel avant le passage à l’acte ».

 

Focus

Nouveaux horizons pour Volubilis

Volubilis installera au premier trimestre 2O18 son conseil scientifique.  Les paysagistes Gilles Clément et Michel Péna, les architectes belges Simone et Lucien Kroll, les urbanistes Ariella Masboungi et Jela Abdelkafi ont déjà répondu à l’appel, de même que Vincent  Piveteau, directeur de l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles-Marseille.

Le nouvel organe contribuera au second souffle que cherche l’association euro-méditerranéenne créée en 1998 à Avignon, et confrontée au tarissement des subventions publiques. « Nous devons apprendre à chercher de nouveaux modes de financement », admet la présidente Irène Bourré. Volubilis souhaite contribuer à la déclinaison régionale et paysagère des accords de Paris, perspective dessinée mi-novembre par Renaud Muselier, président de la région Provence Alpes Côte-d’Azur, lors des rencontres euro-méditerranéennes qui se sont tenues à Marseille. Montée avec French Tech Culture, l’édition 2O17 des « entretiens de Volubilis » a déjà montré la capacité du  réseau avignonnais à s’intégrer dans un partenariat institutionnel, sans s’écarter d’un calendrier qui offre le recul indispensable à la conception urbaine et paysagère. Tous les deux ans, un thème se développe en quatre saisons. Pendant les deux étés, des étudiants nourrissent les réflexions à travers des ateliers pratiques ; le premier automne, des « entretiens » défrichent le sujet, approfondi à la fin des années paires par des « rencontres » de 2,5 jours.

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