En direct

Paysage : une filière en quête de professionnels

EMMANUELLE N'HAUX, LAURENT MIGUET, CHRISTINE MURRIS |  le 25/06/1999  |  ArchitectureAménagementUrbanisme

Architectes-paysagistes et entreprises du paysage ont le vent en poupe : les aménageurs se préoccupent de plus en plus de l'intégration du bâti dans son site. Avec la complexification des projets, le niveau des professionnels s'élève et les ouvriers qualifiés manquent.

Autrefois, il y avait d'un côté les jardiniers, de l'autre les bâtisseurs. Deux mondes séparés que les architectes-paysagistes entendent réconcilier. Leur mission : intervenir en amont de toute construction pour « promouvoir des projets pertinents dans leur site et intégrer le bâti dans un projet paysager », selon Marc Claramunt, président de la Fédération française du paysage (FFP).

Les projets conçus par le paysagiste, lorsque le donneur d'ordre - collectivité locale ou territoriale, service déconcentré de l'Etat, établissement public ou grande société privée - sollicite son intervention, sont ensuite réalisés par les entreprises du paysage, second grand pan de ce secteur d'activité florissant.

Jeune, la profession des architectes-paysagistes est néanmoins très active. « La préoccupation verte est de plus en plus présente. Au lieu de nous appeler après coup, pour réparer des sites dégradés, les maîtres d'ouvrage comprennent qu'il est plus efficace de se faire aider en amont », poursuit Marc Claramunt, créateur de l'agence parisienne Phusis. Depuis la classique création de parcs jusqu'à la réfection de rues ou d'équipements en passant par des réhabilitations de quartiers, l'intervention des paysagistes prend des formes diverses. Coût pour le donneur d'ordre : en moyenne, 10 % du budget total du projet. S'ils peuvent être - et c'est de plus en plus le cas - intégrés dans les services des grandes villes, dans les conseils d'urbanisme, d'architecture et d'environnement (CAUE), les conseils généraux ou encore les directions dépar- tementales de l'équipement, les paysagistes sont le plus souvent installés en libéraux, essentiellement en Ile-de-France et en Rhône-Alpes.

Des écoles supérieures créées à Blois, Angers et Bordeaux

La crise ? Dans ce secteur, on n'en entend guère parler, même si les paysagistes réclament toujours, selon la FFP, une « vraie politique du paysage en France, à l'égal de ce qui se pratique dans le nord de l'Europe ». Certaines dispositions légales comme l'amendement Dupont vont dans ce sens. Depuis 1997, tout nouveau projet de construction en entrée de ville doit prendre en compte la dimension paysagère. « Mais, attention, le degré d'exigence est toujours élevé : il faut savoir innover, proposer de la qualité », précise Bruno Tanant, responsable d'une agence à Paris. Au point que la profession a souhaité diversifier ses formations, au-delà de l'Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles (accessible avec bac +2 et concours).

Des écoles supérieures ont été créées à Blois, à Bordeaux et à Angers, aux côtés des universités de Paris, Aix-Marseille et Tours délivrant les DEA et DESS. Un nombre total de diplômés encore faible au regard des besoins de la profession !

Les entreprises du paysage tirent aussi profit de cette bonne santé économique : « Le chiffre d'affaires de nos entreprises est en croissance constante », précise Michel Py, directeur commercial d'Agrigex Environnement et président de la commission promotion et recrutement à l'Union nationale des entreprises du paysage (Unep). « La complexité croissante des projets des paysagistes a amené les entreprises du paysage à élever aussi leur niveau de compétence. » D'où un recrutement de plus en plus massif d'ingénieurs horticoles ou spécialistes de l'aménagement paysager, notamment formés par l'Institut des techniques de l'ingénieur en aménagement paysager de l'espace (Itiape), créé en 1992. « Chaque année, une quinzaine de diplômés sortent, qui ne connaissent pas le chômage », s'exclame Michel Depond, président de l'Itiape et chef d'entreprise. Maintenant, ce sont plutôt les ouvriers qualifiés qui manquent. Le secteur déplore néanmoins, selon les termes de Michel Py, « la concurrence des entreprises d'insertion qui ont moins de charges ; les collectivités leur confient parfois des marchés d'entretien, tandis que nous sommes, nous, obligés de licencier ».

Chiffres clés

Nombre d'entreprises d'espaces verts ou du paysage : 12 000 entre-prises. Parmi elles, 80 % comptent moins de 14 salariés, et 50 % sont affiliées à l'Union nationale des entreprises du paysage.

Chiffre d'affaires global des entreprises : environ 12 milliards de francs.

Les architectes-paysagistes en France : 1 500 environ, dont 400 membres de la Fédération française du paysage.

Commentaires

Paysage : une filière en quête de professionnels

Votre e-mail ne sera pas publié

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur