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Pavillon français de la Biennale d’architecture de Venise : les espoirs déçus de la modernité
Maquette de la villa Arpel, décor du film de Tati « Mon Oncle » (1958) - © © Luc Boegly

Pavillon français de la Biennale d’architecture de Venise : les espoirs déçus de la modernité

GILLES DAVOINE |  le 12/06/2014  |  ImmobilierLogementProfessionArchitectureFrance entière

Jean-Louis Cohen, commissaire du Pavillon français de la 14e Biennale de Venise propose une version sombre de la modernité architecturale, confrontée aux réalités politiques, sociales et économiques des années 1930 à 70.

« La Modernité, promesse ou menace ? » interroge l’exposition du Pavillon français de la 14e Biennale internationale d’architecture de Venise (7 juin-23 novembre 2014). Son commissaire Jean-Louis Cohen, se garde bien d’apporter une réponse nette et précise. Mais, en sortant de la visite, l’impression domine qu’il penche fortement pour la deuxième proposition. Menace ? Le mot, appliqué à la modernité architecturale, pourra être interprété une fois de plus comme l’expression d’une peur typiquement française, du même ordre que celle ressentie aujourd’hui face à la mondialisation. « La France a peur » disait déjà dans les années 1970 le présentateur du journal télévisé, même si c’était au sujet d’un sérial-killer… Jean-Louis Cohen, en professeur averti et couronné (*), propose un pavillon didactique qui met en scène, si ce n’est la menace, en tout cas la déception que la modernité a générée, par rapport à des lendemains qui se sont révélés moins enchanteurs que prévus.

Echantillonnage de murs-rideaux métalliques conçus par Jean Prouvé, dans les années 1950-60
Echantillonnage de murs-rideaux métalliques conçus par Jean Prouvé, dans les années 1950-60

Echantillonnage

En guise d’introduction, le pavillon s’ouvre sur un clin d’œil, avec la maquette au 1/10ème de la villa Arpel, celle du film « Mon Oncle » réalisé par Jacques Tati en 1958 (Jacques Lagrange, décorateur). Cette villa blanche à la géométrie rigoureuse, emblème de la modernité d’alors, prend sans cesse ses habitants en défaut qui ne parviennent pas à maîtriser tout ses automatismes: le chien déclenche sans cesse l’ouverture de la porte du garage, la fontaine du jardin fonctionne de façon incontrôlable…

Après cette entrée en matière ludique, les choses sérieuses arrivent. La deuxième salle affiche plutôt des promesses avec le travail de Jean Prouvé et l’exposition d’un échantillonnage de ses murs-rideaux métalliques conçus dans les années 1950 et 60. Mais c’est pour faire le constat de son échec commercial, l’industrie française du bâtiment rejetant les solutions légères qu’il préconisait. Et c’est la préfabrication lourde de panneaux de béton comme celui mis au point par l’ingénieur Raymond Camus - objet de la troisième salle -  qui va triompher dans l’après-guerre et déterminer pour plusieurs décennies l’esthétique des cités d’habitat social françaises.

L’exposition se termine par la maquette d’un quartier précurseur des grands ensembles, la cité de la Muette à Drancy en banlieue parisienne. Construite en 1934 par Eugène Beaudoin et Marcels Lods avec les ingénieurs Eugène Mopin et Vladimir Bodiansky, cette cité connaîtra un destin funeste puisque transformée en camp d’internement  pour les familles juives avant leur transfert dans les camps d’extermination nazis… Ce qui certes ne concourt pas à atténuer le pessimisme ambiant. Vision exagérément tragique de la modernité ou lucidité clairvoyante ? On ne pourra pas en tout cas reprocher au commissaire du Pavillon français de n’avoir pas développé un point de vue personnel.

Maquette et vue aérienne de la Cité de la Muette, construite en 1934 à Drancy, au nord de Paris, par Eugène Beaudouin et Marcel Lods, avec les ingénieurs Eugène Mopin et Vladimir Bodiansky.
Maquette et vue aérienne de la Cité de la Muette, construite en 1934 à Drancy, au nord de Paris, par Eugène Beaudouin et Marcel Lods, avec les ingénieurs Eugène Mopin et Vladimir Bodiansky.

Les intervenants du Pavillon français

Commissariat: Jean-Louis Cohen, avec Vanessa Grossman

Scénographie: Projectiles

Film: Téri Wehn Damisch

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