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Paul-Louis Marty « Les HLM doivent être une force de proposition »

le 26/03/1999  |  Evénement

Construction, ville, Union... tout juste nommé, le nouveau délégué général de l'Union des fédérations d'organismes d'HLM (UNFOHLM) aborde sans tabou les grandes questions qui concernent le mouvement. Il replace les HLM au coeur de la reconstruction de la ville, et plaide pour des rapports contractuels avec l'Etat. Pour preuve du changement, la nouvelle équipe souhaite dynamiser le prochain congrès, en l'ouvrant notamment sur l'extérieur.

Quelles priorités avez-vous fixées à votre action ?

PAUL-LOUIS MARTY . Il faut distinguer les problèmes urgents, non traités pendant la période intermédiaire que nous venons de traverser, des actions de fond. Le premier problème urgent concerne la renégociation de l'encours de la dette. D'après nos informations, un alignement de la totalité de l'encours sur un taux de 4,30 % semble acquis.

Quelles seraient les contreparties ?

A ma connaissance, il n'y en a pas à proprement parler. En revanche, le président de l'Union, Michel Delebarre, souhaite que nous nous penchions sur la relance de l'activité. La renégociation de l'encours peut contribuer à débloquer la situation, même si d'autres facteurs expliquent le ralentissement de la construction. Je citerai l'évolution des marchés locaux du logement mais aussi la création de plusieurs catégories de PLA (prêts locatifs aidés), une sorte de saucissonnage qui a fait peur à un certain nombre d'opérateurs et d'élus. Nous souhaitons vivement le retour à un produit unique. Il faut avancer sur ce dossier avec le secrétaire d'Etat au logement

C'est pourtant lui qui a diversifié le PLA ...

La diversification du PLA est antérieure à son arrivée. Mais nous croyons davantage à une démarche fondée sur la contractualisation. Nous sommes prêts à négocier des objectifs contractuels sur l'occupation du parc en contrepartie d'un produit unique. D'une manière générale, la contractualisation des rapports entre le mouvement HLM, les organismes et l'Etat me semble bien préférable à une gestion du système par la loi et le règlement, où l'on contrôle plus les procédures que les objectifs. Cela vaut pour tous les sujets.

Quels sont les autres problèmes urgents à régler ?

La mise en oeuvre du volet logement de la loi contre les exclusions. Il s'agit de savoir comment vont se mettre en place, au niveau local, les procédures de contractualisation entre l'Etat, les organismes et les collectivités locales sur la question des attributions.

Les associations régionales d'HLM jouent un rôle central dans ce dossier, notamment comme interlocuteur des pouvoirs publics dans les zones tendues. En région parisienne, des correspondants départementaux - trois par département - vont essayer d'entrer dans la vaste négociation avec les collectivités locales sur les politiques de peuplement.

Croyez-vous plus à ce genre de démarche qu'à une réforme de la LOV (loi d'orientation sur la ville) ?

La loi d'orientation sur la ville n'est pas sur le même plan. Dans la démarche que je viens d'évoquer, nous travaillons sur des flux. La LOV traite du stock et de sa formation, en incitant à construire du logement social. Elle doit bien sûr être développée.

L'institution d'un numéro d'identification unique avance-t-elle ?

Il ne faut pas confondre les moyens et les fins. Le numéro unique est un moyen de mettre en oeuvre des objectifs qui doivent être négociés.

Quel autre dossier urgent avez-vous à traiter ?

L'alimentation de la CGLS (Caisse de garantie du logement social). Depuis que l'Etat a ponctionné deux milliards de francs, il ne reste plus que 1,6 milliard dans la Caisse. Sachant que nous allons devoir débourser plus de 600 millions de francs alors que l'alimentation de la Caisse n'est que de 280 millions, nous allons rencontrer des difficultés pour satisfaire au respect du ratio Cooke. Je rappelle que les pouvoirs publics se sont engagés par écrit à alimenter cette caisse.

Le secrétaire d'Etat au logement en avait appelé à une solidarité entre les organismes...

Si cela voulait dire que l'on s'orienterait vers une modulation des loyers en fonction du revenu des locataires, nous sommes opposés à cette disposition. Si cela veut dire que la collectivité HLM assume un risque, cette solidarité existe déjà. La question est de savoir de quel risque on parle. Nous ne sommes pas contre un examen de la solidarité des HLM, à condition de savoir qui est responsable de quel risque. Mais je ne dis pas qu'il ne faut pas se poser la question de savoir comment est calculée la redevance alimentant la CGLS.

Abordons maintenant les problèmes de fond...

Michel Delebarre souhaite que nous soyons une force de propositions dans l'élaboration de la future loi sur l'urbanisme et l'habitat. Mais il est trop tôt pour vous en dire plus car j'anticiperais sur le travail de l'Union...

Et la réforme des statuts de l'Union ?

L'organisation du mouvement, dont la question des statuts est un volet, figure bien évidemment parmi les questions de fond auxquelles nous sommes très attachés. J'ai animé ces derniers mois un comité d'organisation interne qui a rédigé un rapport. Je crois que l'on peut améliorer les méthodes de travail et accroître la transparence dans le fonctionnement de l'Union. Michel Delebarre tient aussi à ce qu'il y ait plus de collégialité dans la préparation et la mise en oeuvre des décisions. Cette démarche sera de nature à améliorer le climat et la qualité de notre travail. Nous avons passé une période difficile. Mais cela a convaincu beaucoup d'entre nous de l'utilité du travail collectif et de la collégialité dans l'Union. A un moment donné, tout le monde s'est rendu compte qu'il était vital de sortir sur des positions claires et communes. D'autant que les enjeux sont des enjeux de société.

Parlons justement des enjeux...

Pour Michel Delebarre, le premier enjeu est la décentralisation. Elle est irréversible. Même si les politiques du logement sont nationales, leur mise en place se fait et se fera sur le terrain. Je citerai aussi les problèmes de société, qui passent par le droit au logement et le droit à la ville, et deviennent centraux dans les enjeux politiques. Pour les HLM, ils sont tout particulièrement sensibles. Le troisième enjeu, c'est l'Europe. On ne peut plus imaginer aujourd'hui une politique du logement social sans tenir compte de ce qui se passe à Bruxelles. Sur ces trois enjeux - la décentralisation, les problèmes de société, l'Europe - les HLM ont intérêt à être une force de proposition plutôt que sur une attitude défensive.

Comment préparez-vous le prochain congrès de Nantes ?

Nous nous heurtons à un problème de calendrier. Vu l'ampleur des sujets que je viens d'évoquer, il est évident que nous ne pourrons pas arriver devant le congrès avec des positions totalement abouties. Pour montrer que quelque chose a changé, tant sur le contenu que dans le fonctionnement, Michel Delebarre souhaite accroître la participation des congressistes, c'est-à-dire des organismes d'HLM. Nous essayons de les impliquer plus fortement dans des groupes de travail à contenu politique et professionnel et d'avoir des effets de retour en leur disant, sans démagogie, que ce qui sera dit sera aussi leur parole.

Nous voulons, enfin, ouvrir le congrès sur l'extérieur : les locataires et le milieu associatif, mais aussi sur les partenaires économiques et sociaux. Nous souhaitons leur demander ce qu'ils attendent du logement social. Enfin, sur les collectivités locales, en faisant participer des responsables politiques. La question est de savoir comment nous serons capables de croiser ces trois dimensions, sociale, patrimoniale et territoriale. Sur le fond, je crois en effet que les HLM doivent être des partenaires majeurs de la politique de la ville.

Avez-vous le sentiment d'avoir été tenus à l'écart ?

Je ne considère pas que les HLM aient donné leur pleine mesure dans la mise en oeuvre de la politique de la ville. Par exemple, ils ne sont pas associés aux contrats locaux de sécurité.

Pourquoi ?

On ne les a pas appelés. En règle générale, on ne considère pas à un niveau suffisant la capacité contributive des HLM dans les problèmes urbains. Or, j'estime que les organismes doivent être à leur juste place, c'est-à-dire des opérateurs urbains de premier plan. Sur la question de la reconstruction de la ville sur elle-même, les HLM ont des qualifications, des savoir-faire, des connaissances et des moyens qu'aucun autre opérateur n'a. Ce n'est pas la même chose de faire de l'aménagement quand il faut exproprier quelques habitants vivant entourés de champs de betteraves et de réaménager en démolissant mille logements occupés. Cela, il n'y a que nous qui pouvons le faire.

Je crois que la reconstruction de la ville sur elle-même n'a pas été faite, sauf dans quelques cas que l'on cite tout le temps en exemple. Or, une partie non négligeable de notre patrimoine risque d'être frappée d'obsolescence. Nous avons intérêt à prendre à bras le corps - mais pas seuls - la restructuration urbaine de ces quartiers, qui est totalement différente de ce qu'a pu être la rénovation urbaine et ne se pose plus dans les mêmes termes. Je crois pour ma part que si ces problèmes ont été difficiles à appréhender, c'est que les HLM n'ont pas été considérés comme des partenaires majeurs. Nous n'avons jamais été placés, comme nous devrions l'être, au centre du dispositif, alors que nous y sommes.

PHOTO :

« Nous croyons davantage à une démarche fondée sur la contractualisation. »

« Nous avons intérêt

à prendre à bras le corps la restructuration urbaine des quartiers. »

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