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Patrick Zambelli, deux mains dans le plâtre
Patrick Zambelli - © © Laurent Duguet

Patrick Zambelli, deux mains dans le plâtre

Laurent Duguet |  le 23/05/2018  |  ProfessionEntrepreneursArchitectureCultureVaucluse

S’il est l’un des rares gipiers encore en activité et spécialisé dans la restauration du patrimoine, Patrick Zambelli, implanté à Mazant, dans le Vaucluse, est aussi un artiste contemporain reconnu.

Niché à Mazan, entre les monts du Vaucluse et le Mont-Ventoux, Patrick Zambelli, 66 ans, n’est pas prêt de raccrocher ses gouges, racloirs, rifloirs et autres gabarits qu’il utilise à la manière de ces musiciens confrontés à des partitions interrompues et qui restent à déchiffrer. Ce gipier, labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant, aussi maître plâtrier-staffeur et maître artisan d’art, l’a encore démontré par sa nomination au Saint-Gobain Gypsum International Trophy, organisé en mars à Lisbonne, pour le plafond Premier-Empire de l’Hôtel d’Aultane, à Valréas : « Il était en ruines et je l’ai rénové, en partie à l’atelier », explique l’artisan qui se fait un devoir d’appliquer la Charte de Venise sur la conservation et la restauration qui veut que tout « élément cassé et matériellement introuvable ne soit pas remplacé ». Patrick Zambelli, qu’on reconnaîtrait entre mille avec sa tignasse blanche et ses yeux clairs, esquisse un large sourire : « J’ai fouillé dans les archives et j’ai pu reconstituer le lien entre ce lieu et le Général Daultanne, nommé gouverneur à Varsovie, et dont j’ai retrouvé le portrait dans les caves du musée Calvet, à Avignon ». Un jeu de piste qui, avant Lisbonne, avait valu à cet artisan un trophée national, remis par Placo à l'automne dernier sous la voûte du Grand Palais, à Paris.

De l'art à l'artisanat

Patrick Zambelli perpétue la tradition familiale. Comme son grand-père Mario, stucateur en Italie, arrivé en France en 1929 ou comme son père qui s’installe à Carpentras en 1951 avant d’élire domicile à Mazan en 1967 : « Mon père travaillait la gypserie en rénovation et restauration, mais il aussi participé à la grande cavalerie du plâtre avec la construction de nombreux HLM, justifiée par l’arrivée des pieds-noirs ». L’artisan de Mazan n’avait pas prévu de suivre ce chemin, lui qui ne voulait pas entendre parler de plâtre et se destinait à devenir architecte : « Très attiré par la sculpture, j’ai intégré l’école des Beaux-Arts à Avignon et j’ai présenté ma première exposition en 1967 au Bar du Théâtre ». Le jeune étudiant participe au printemps chahuté de 1968 quand son père l’emmène sur le chantier de la restauration du Carmel de Carpentras : « Le déclic a probablement eu lieu à ce moment là, avec la rencontre de Mère Christiane, la jeune sœur supérieure, architecte de formation, qui supervisait les travaux », se souvient Patrick Zambelli. Après un BTS en publicité à Nice, il rencontre son épouse et, en 1973, est formé par Jules Pascal, sculpteur staffeur à Avignon : « Avec lui, j’ai appris la sculpture et le moulage des pièces. A l’époque, nous réalisions des copies de petites œuvres de Matisse commandées par sa veuve pour le Printemps, à Paris ». Peu après, il reprend l’entreprise paternelle avec son frère, une association qui cesse en 1994, quand Patrick Zambelli décide de voler de ses propres ailes : « Depuis mon enfance, j’avais appris, notamment avec mon père, de nombreuses techniques qui me permettaient de travailler les stucs, de réaliser des plâtres colorés et je voulais arrêter le tout venant, me consacrer à la restauration ». Là, sa voix devient presque fiévreuse, son regard s’illumine et il évoque la restauration des statues de Louis II de Bourbon ou Anne d’Auvergne dans la sacristie du Palais des papes, la « ruine » de Sablet retransformée en chapelle et son projet dans un hôtel particulier à Bâle.

« 400 bouches » et un projet d’école

En réalité, Patrick Zambelli est double. Triple. Innombrable. D’un côté, il y a l’artisan qui, par respect pour son père, a toujours conservé l’enseigne « plâtrerie » sur le site de l’entreprise et, de l’autre, le créateur toujours en ébullition, qui croise Josiane Balasko, Jean-Louis Aubert ou la princesse Stéphanie de Monaco : « Comme Président du Rotary Club de Carpentras Contat-Venaissin, j’ai mené des actions caritatives aux côté de Stéphanie de Monaco avec Formicoeur, association de recherche contre les rétinites pigmentaires ou la Maison de Vie de Carpentras pour les personnes vivant avec le VIH. J’ai rencontré Josiane Balasko dans le cadre de la sauvegarde de l’hôpital et de la maternité d’Apt ». Il sourit quand on l’interroge sur sa qualité de compagnon de la confrérie de la Poule au pot d’Henri IV, en Côte d’or, mais rapidement il évoque sa dernière exposition, baptisée Rouge Passion, à la Maison des Métiers d’Arts de Marseille : « Il s’agit de l’une de mes créations, un panneau constitué de 400 bouches avec 14 angles différents. Lorsque l’on est concentré sur une restauration, il faut être d’une grande précision permanente tandis que là, je peux exploser ailleurs, d’une façon à la fois plus complexe et plus contemporaine ».

Cet amoureux du gypse pur, « à 98 % », qu’il ne trouve qu’à Vaujours, en région parisienne, rêve cependant de transmettre son savoir en créant, probablement en 2019, une école de gypserie : « Je vais aménager une salle de cours sur 160 m² au-dessus de mon atelier, réaliser des chambres pour accueillir des stagiaires ». L’ancien pilote de course automobile qui roulait sur une Martini F2 restaure toujours le temps passé tout en le prenant parfois de vitesse, lui qui souhaite ardemment réhabiliter la plâtrerie en créant un symposium de sculpture dédié à ce matériau, à ses yeux encore trop souvent dévalorisé. Respecter la tradition ou bousculer les codes, l’artisan de Mazan, dans le Vaucluse, a choisi de ne pas choisir.

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