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Patrick Bernasconi président de la FNTP « Les TP deviennent un pôle d’excellence sociale »

Propos recueillis par Julien Beideler et Patrick Piernaz |  le 01/03/2007  |  France entièreEuropeApprentissage BTP

Le président de la FNTP lance un grand forum de l’emploi et de la formation. Avec comme objectif de recruter 150 000 salariés en 5 ans. Pour atteindre cet objectif, il mise notamment sur un doublement du nombre des apprentis.

Le 7 mars prochain, la FNTP va rassembler 2000 acteurs de la profession sur le thème de l’emploi et de la formation. Qu’attendez-vous de cette manifestation ?

Cette journée sera le point d’orgue de notre action en faveur de l’emploi et de la formation. Le programme est riche d’animations et de débats (voir encadré ci-contre). Je note que tous les acteurs ont répondu présents : entreprises bien sûr, mais aussi élus, Education nationale, ANPE, agences d’intérim… C’est le signe que l’image des travaux publics est en train de changer, que le secteur est en passe de devenir un pôle d’excellence sociale. Je rappelle que nous avons pour objectif de recruter 150 000 salariés en cinq ans.

Dans chaque région, vous avez organisé des assises emploi formation. Quel bilan en tirez-vous ? Quelles propositions concrètes sont remontées de ces assises ?

Ces manifestations ont été un grand succès. Au total, plus de 5 000 personnes ont répondu à l’appel des fédérations régionales, participé aux débats en apportant des idées très concrètes pour recruter, qualifier et fidéliser nos salariés. Améliorer la coopération avec le secteur du travail temporaire, mieux accueillir les jeunes, organiser des visites de chantier, des journées portes ouvertes avec les enseignants sont autant d’idées qui nourrissent le « manifeste » qui sera présenté le 7 mars et je voudrais en profiter pour remercier les FRTP et les entreprises de leur mobilisation.

Pour répondre aux besoins de recrutement, vous aviez fixé l’objectif de doubler le nombre d’apprentis en cinq ans. Où en êtes-vous ?

Nous sommes en avance sur nos objectifs. A la rentrée 2007, 3234 apprentis ont intégré les filières de formation du secteur, ce qui représente une hausse de 24 % par rapport à 2006. L’an passé, la progression avait été de 21 %. Je ne suis donc pas inquiet quant à l’objectif des 5 000 apprentis que nous nous sommes fixés. Il en va de même pour les contrats de professionnalisation, avec une progression de 30 %. Aujourd’hui, nos centres d’apprentissage fonctionnent à plein régime et l’enjeu est de développer nos capacités d’accueil. En ce sens, nous allons créer la fondation « Ambitions Travaux Publics ».

Quel sera le rôle de la fondation « Ambitions Travaux Publics » que vous créez ?

Cette fondation, qui sera dotée de 10 à 15 millions d’euros, a pour vocation de faire aboutir les projets en permettant le bouclage des budgets. Sans dogmatisme, nous étudierons région par région et métier par métier quels sont les besoins et les opportunités. Le doublement des capacités d’accueil des apprentis à Ploërmel et la création d’une formation de conducteurs de travaux en alternance à l’ESTP en sont les premières concrétisations. Le 7 mars, la présidence de la fondation sera officiellement confiée à Pierre Lunel, l’actuel délégué interministériel à l’orientation.

Vous avez annoncé la sortie prochaine d’un livre blanc recensant les propositions des TP pour l’économie française. Quel est votre échéancier ? Quelles seront vos propositions ?

Derrière le label « livre blanc »se cachent en réalité trois actions. D’abord, un livre a été commandé à l’économiste Jacques Marseille – la parution est prévue fin mars – qui apportera un regard extérieur sur nos défis et fera des propositions. Ensuite, nous avons entamé une série de débats « espace et citoyenneté » animés par l’académicien Erik Orsenna, dont les réflexions feront également l’objet d’un ouvrage. Enfin, nous venons de lancer le blog « equiperlafrance.net » pour engager le dialogue et échanger avec tous ceux qui le voudront autour de cinq problématiques comme « réduire les inégalités entre territoires », « faire face aux défis de l’énergie et du climat », « financer l’équipement de la France »…

La profession s’inquiète de l’épuisement des crédits de l’Agence de financement des infrastructures (Afitf). Quelles solutions sont, selon vous, envisageables ?

Une chose est sûre, les moyens actuels de l’Afitf ne lui permettront plus d’assurer sa mission à partir de 2008. Il lui manquera 300 millions d’euros sur la base d’un investissement de 2,3 milliards par an. L’idéal serait que l’Afitf devienne un Epic (établissement public à caractère industriel et commercial) pour pouvoir emprunter. Car c’est bien de ressources pérennes dont l’Afitf a besoin, pourquoi pas en mettant en place une redevance poids lourds comme en Allemagne et en Suisse. A ce titre, nous suivrons avec attention l’expérimentation qui sera menée en Alsace. Sans oublier que l’avenir de l’Afitf dépend aussi des intentions du prochain gouvernement.

Le Parlement européen vient de se prononcer sur la révision de la directive « déchets », qui va concerner à terme tous les chantiers. Etes-vous satisfait de sa position et comment se présente la négociation au Conseil des ministres européens ?

Le vote du 13 février dernier nous a donné satisfaction. Notre amendement sur l’exclusion de la directive des terres végétales et déblais inertes non pollués a été retenu. Ce qui signifie concrètement qu’ils ne seraient plus considérés comme des déchets s’ils sont réutilisés, y compris sur un autre site. Par ailleurs, une demande de proposition législative a été introduite pour définir les sous-produits qui ne seraient plus considérés comme déchets. Je tiens à souligner la forte implication des députés français au sein du « cercle BTP du Parlement européen » qui ont soutenu nos propositions d’amendements lors de ce vote. Reste que la FNTP, via la FIEC, sera vigilante car seule la République tchèque nous soutient actuellement sur cet amendement au Conseil des ministres de l’Union. Nous allons chercher à mobiliser l’ensemble des pays pour obtenir gain de cause.

La Commission européenne étudie l’opportunité de légiférer en matière de concessions et de partenariats public-privé. Quelle est la position de la FNTP sur ce sujet ?

Nous considérons que les concessions et les partenariats public-privé peuvent relever d’un même cadre juridique et qu’une initiative législative sur les concessions n’est pas justifiée. Si toutefois elle ne pouvait être évitée, nous veillerons à ce que le dialogue compétitif ne soit pas d’application systématique comme semble le vouloir la Commission pour ce type de montages.

Vous rentrez d’une mission en Allemagne et en Suisse sur le thème du financement des infrastructures de transport. Quels enseignements en tirez-vous ?

J’apprécie le pragmatisme dont font preuve ces pays pour aborder le débat sur la mobilité. Un débat qui ne se limite pas à une opposition stérile entre économie et écologie. Les Allemands, par exemple, ont voté une loi d’accélération permettant la réalisation plus rapide de cent projets d’envergure nationale. De plus, ces deux pays encouragent un débat démocratique, tranché par un vote du Parlement en Allemagne ou du peuple en Suisse, autour des grandes orientations en matière de politique des transports : priorités d’investissement, taxations… Le contrôle démocratique s’exerçant, les décisions ne sont pas remises en cause au gré des alternances politiques. C’est essentiel lorsque l’on réfléchit à moyen et long terme.

Depuis un an, les ressortissants des nouveaux pays entrants de l’Union européenne peuvent circuler librement. Comment cette mesure s’est-elle traduite chez les entrepreneurs de travaux publics ?

A l’heure actuelle, nous n’avons pas de chiffres mais je n’ai pas la sensation d’un afflux massif. Nous restons favorables à l’ouverture du marché du travail à condition que les règles du pays d’accueil s’appliquent aux salariés étrangers.

Le développement durable est au cœur de la campagne présidentielle mais la question du choix des modes de transports est peu abordée. A votre avis, les problèmes sont-ils bien posés ?

Le développement durable fait davantage l’objet d’incantation que de véritable débat. Je partage l’approche du rapport Stern selon lequel le monde n’a pas à choisir entre éviter le changement climatique et promouvoir la croissance et le développement. Cela passe par un examen sans complaisance des politiques menées jusqu’à aujourd’hui pour comprendre les raisons de leurs échecs, je pense notamment au report modal, au fret ferroviaire. Cela passe par plus d’encouragement à l’innovation et par davantage de démocratie dans les orientations stratégiques.

Comment se présente l’année 2007 pour l’activité des travaux publics. Attendez-vous un effet « élections municipales de 2008 » ?

L’année 2007 se présente bien, la croissance des TP devrait être voisine de 2 % en volume. Ce qui serait la plus faible depuis quatre ans mais nous nous situons à des niveaux historiquement élevés. En valeur, la croissance atteindra 5 % pour atteindre un chiffre d’affaires de 38 milliards d’euros. L’activité devrait s’essouffler à l’approche de 2008 qui sera une année vraisemblablement moins dynamique en partie à cause des élections municipales.

Avez-vous achevé la modernisation des structures de la FNTP initiée il y a deux ans ? Que reste-t-il à faire ?

Les trois chantiers que j’avais ouverts au début de mon mandat sont finis. Nous avons clôturé la question des statuts, mis en place la décentralisation et instauré la transparence. Sur ce dernier point je peux vous dire que la Fédération est gérée comme une entreprise. Chaque directeur élabore son plan d’action et son budget avec son président de commission, définit ses objectifs et un bilan est fait en fin d’année. Cette démarche a été appréciée par nos entreprises adhérentes. L’enquête de satisfaction que nous avons lancée auprès d’elles montre un taux de satisfaction de 93 %. Cette enquête indique qu’ils attendent cependant plus de proximité et un renforcement du service. Nos adhérents nous demandent aussi d’améliorer notre site Internet. Ce sera fait d’ici avril. Nous travaillons également sur la question de l’identification professionnelle. Tous ces sujets constituent notre objectif pour les deux ans qui viennent. Une structure comme la nôtre est toujours en mouvement. Nous sommes donc en train d’améliorer ce que nous avons mis en place.

Le problème des statuts est-il totalement réglé ?

Oui, les nouveaux statuts de la FNTP et ceux du Syndicat de France ont été validés à une large majorité fin décembre 2006. Je rappelle que l’objectif était clairement d’assurer une meilleure représentativité de l’ensemble des composantes afin que les intérêts de tous, petits ou grands, soient bien pris en compte. Les nouveaux statuts entreront en vigueur le 2 avril prochain.

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