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Passoires thermiques : le collectif Rénovons remet le couvert
Après l'éradication des passoires thermiques en 2030, une seconde vague d'investissements porterait les bâtiments aux normes BBC en 2040. - © Siapartners

Passoires thermiques : le collectif Rénovons remet le couvert

Laurent Miguet |  le 05/05/2020  |  Rénovation énergétique France CEE

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135 milliards d’euros pour amener en 2040 les 6,7 millions de passoires thermiques aux normes des bâtiments à basse consommation : le collectif Rénovons a publié et commenté le 5 mai sa seconde étude sur la rénovation énergétique du logement, réalisée avec le cabinet conseil Siapartners.

La relance économique qui suivra la crise sanitaire offre une nouvelle fenêtre de tir aux militants de la rénovation énergétique.

Après la campagne présidentielle de 2017 qui lui avait servi de rampe de lancement, le collectif Rénovons ne laisse pas passer cette seconde chance.

La publication de sa seconde étude répond à cette stratégie centrée sur le locatif privé, parent pauvre de la lutte contre les passoires thermiques.

Aller au fond des choses

Représentés à la web-conférence de presse qui a présenté ces travaux le 5 mai, ses membres viennent de la lutte contre la pauvreté, de l’industrie, de la fourniture de services d’économie d’énergie, de l’habitat ou du militantisme environnemental... « Tous partagent une ambition commune : aller au fond des choses, dans la promotion des investissements comme dans celle des gains environnementaux et sanitaires », résume Danyel Dubreuil, coordonnateur de Rénovons.

Danyel Dubreuil
Danyel Dubreuil - © Danyel Dubreuil

Danyel Durbreuil, coordinateur de Rénovons, a présenté la seconde étude du collectif, le 5 mai

La description du scénario dit tendanciel, dans lequel les rénovations énergétiques suivraient leur rythme actuel, justifie la sonnette d’alarme : « Avec 288 000 opérations par an dont seulement 20 000 concernent les passoires thermiques, le pays reste loin des objectifs de la loi de transition énergétique et de croissance verte, qui fixait ces valeurs à 500 000 et 150 000 », alerte Sonia Ribeiro, consultante à Siapartners.

Rénovons BBC !

Les deux autres scénarii élaborés par le cabinet conseil apportent de l’eau au moulin de Rénovons : l’un vise à éradiquer du logement locatif privé les classes de performance énergétique F et G, ce qui aboutit à la disparition des passoires thermiques en 2030 ; sans précédent dans la première étude de Siapartners, le scénario dit Rénovons BBC amène la totalité du parc au minimum à l’étiquette D, à l’issue d’une seconde vague d’investissements qui s’achèverait en 2040.

Le renforcement de l’ambition et l’allongement de la durée n’altèrent pas les caractéristiques communes aux deux hypothèses creusées par Rénovons : à l’issue d’une vague d’investissements en forme de cloche, la rentabilité des investissements publics reste au rendez-vous, avec un retour bonifié à 1,13 pour 1 euro investi dans le scénario Rénovons BBC, au lieu d’1,10 à l’issue d’une simple éradication des passoires thermiques.

93 000 emplois directs

Ces résultats comptables s’ajoutent à d’autres bénéfices économiques et sociaux : l’étude évalue les emplois directs à 93 000, auxquels s’ajoutent 18 000 autres temps pleins générés par le gain de pouvoir d’achat des ménages concernés. La chute des pathologies générées par la précarité énergétique entraîne une économie annuelle de 700 millions d’euros de dépenses de santé.

Dans les semaines et mois à venir, le collectif compte sur le poids de ces chiffres pour infléchir le décret d’application de la loi Energie Climat relatif à l’interdiction de mise en location des passoires thermiques : « En 2015, la loi de transition écologique avait déjà trébuché sur ce décret. Le dénouement de la fin 2019 aboutit encore à un compromis insatisfaisant, qui reporte l’interdiction à 2023 et en limite l’application aux 5 % de passoires qui consomment plus de 700 kwh/m2 et par an », s’insurge Manuel Domergue, directeur des études de la fondation Abbé Pierre, membre de Rénovons.

Espoir citoyen

L’espoir du collectif repose désormais sur la convention citoyenne pour le climat, qui a repris à son compte le principe posé par la loi, après avoir identifié la rénovation énergétique comme sa première priorité. « Après la session finale des 150 citoyens programmée du 19 au 21 juin et l’engagement d’Emmanuel Macron à en reprendre les arbitrages, nous espérons des décisions pour la mi-juillet », annonce Anne Brigault, coordinatrice française du Réseau Action Climat dans le domaine de la transition énergétique.

Centrale à court terme, la bataille juridique contre les marchands de sommeil s’ajoute à la chasse aux nombreux grains de sable rencontrés par les usagers de la machine publique des aides à la rénovation énergétique : « Entre les 5 millions de visiteurs par an et les 120 000 ménages que nous accompagnons, il y a trop de pertes en ligne, dans le parcours d’accompagnement », juge Audrey Sermati, directrice de la stratégie d’Effy, spécialiste de la gestion des Certificats d’économie d’énergie (CEE).

Grains de sable

« Avant, pendant et après, les ménages ont besoin d’un accompagnement de qualité », renchérit Jean-Baptiste Lebrun, directeur du réseau pour la transition énergétique Cler.

Coordinateur des réhabilitations chez Soliha, spécialiste du logement pour les ménages en situation précaire, Eric Malevergne appelle à l’amélioration de l’articulation entre les échelons national et local, faute de quoi « les effets risquent de contredire les attentes »…

Pour Schneider Electric, Gilles Vermot-Desroches, directeur du développement durable, identifie des gisements de progrès dans une meilleure exploitation du pilotage numérique des logements. Enfin, Jean Merckaert, directeur du plaidoyer au Secours catholique, rappelle aux énergéticiens leurs obligations : « S’ils n’abondaient pas les fonds de solidarité logement, des millions de français auraient froid, l’hiver prochain ».

Pilotage politique

Alors que depuis 2019, les certificats d’économie d’énergie occupent la première place dans le financement des rénovations énergétiques, ces questions renvoient à une interrogation plus philosophique : un instrument régulé par le marché, selon un rythme triennal, suffit-il pour conduire une mutation sociale et environnementale à long terme ? Sans se prononcer sur un sujet typique des remises en cause stimulées par la crise, le collectif appelle à un pilotage politique plus affirmé des CEE.

Commentaires

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fraisse

06/05/2020 09h:20

l'article comme les directives présente beaucoup de voeux pieux (des objectifs quantitatifs et non qualitatifs) , des logiciels stratégiques techno-comptables (qui, comment?), des visions de gestion numérique (?) qui s'avère totalement inefficace à convaincre le citoyen lambda de bouleverser sa maison par des travaux énergétiques. Entre la grotte à 13°C toute l'année de nos ancêtres, et le logement à 25° tropicaux dont rêvent les habitants, et le peu de confiance qu'ils accordent aux technocrates, et le harcèlement téléphonique qui pousse à refuser toute intervention par principe, la rénovation énergétique n'est pas prêt d'avancer.

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