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Parking creusé dans les vestiges d'un château

GUILLAUME DELACROIX |  le 06/06/1997  |  TransportsGros œuvreTransports mécaniquesAménagementCharente-Maritime

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LE CHANTIER Le parking de la place de Verdun, à La Rochelle. LE PROGRAMME 600 places de parking en souterrain, sur trois niveaux de 12 000 m2, avec l'intégration au projet des vestiges d'un château médiéval et la reconstitution d'une rue intérieure. LES SOLUTIONS Une paroi moulée de 315 m de périmètre et 12 m de profondeur, précédée d'injections du terrain 53 tirants de 10 à 18 m de long, 7 butons d'angle un radier drainant et une structure poteaux-poutres avec des portées atteignant 15,50 m.

L'événement a fait parler de lui à l'automne 1996, lorsque la place centrale de La Rochelle, devant la cathédrale, a été mise en chantier : les travaux de construction du parking souterrain permettaient la mise à jour du fameux château de Vauclair, édifié au XIIe siècle sous Aliénor d'Aquitaine. Arasée en 1372 lorsque les Anglais furent chassés de la ville, la forteresse offrait, cet hiver, aux yeux des passants, une partie de ses murs et tours d'enceinte. « D'un intérêt relatif, les fondations du château ont fait du parking une vedette, explique Joël Penisson, technicien territorial à la mairie de La Rochelle. Le défi à relever consistait à concilier la résolution du problème de circulation et de stationnement en centre-ville d'une part, la protection des marques de l'histoire de La Rochelle, d'autre part. »

L'ouvrage occupe un parallélépipède rectangle de 90 m de long, 60 m de large et 10 m de profondeur. « Il ne s'agit pas d'un parking complètement étanche, puisque la nappe, présente à partir de 7 m de profondeur, est pompée en permanence par deux pompes placées dans des puits forés en partie basse de l'ouvrage, souligne Michel Baudet, P-DG de l'entreprise ERC Harranger. Le parking présente une pente générale de 1,2 % dans le sens longitudinal. A notre grande surprise, le débit en fond de fouille est limité à 12 m3/h, ce qui n'est rien à côté des prévisions qui avaient été faites. »

La technique de la paroi moulée a été préférée à la méthode berlinoise en raison des contraintes liées à l'environnement urbain, à la présence des remparts du château et, surtout, à la présence de la nappe. « La paroi moulée offre l'avantage de réaliser une enceinte étanche autour des différents niveaux, ajoute Michel Baudet. Elle agit un peu comme un rideau de palplanches en permettant une bonne tenue des terres. » Si les sous-sols descendent jusqu'à 10 m de profondeur, la paroi forme une zone d'ancrage de 2 m, en descendant à - 12 m. Son épaisseur est de 65 cm.

Préinjection du terrain

Le procédé hydrofraise retenu a connu quelques déboires au début du chantier. En effet, lors de la réalisation des trois premiers panneaux (6 m de large chacun), les boues disparaissaient au fur et à mesure dans le terrain (à 100 m3/h en moyenne) : le panneau se vidait brutalement, et la boue neuve ne suffisait pas à compenser les pertes, épuisant les stocks ! « Nous avons ainsi perdu environ 1 000 m3 de boues, ce qui a momentanément retardé les travaux de deux mois, indique Yann Lepetit, responsable du chantier pour Solétanche. Ce phénomène s'explique par la nature du sous-sol - une alternance de couches de marnes et de calcaire microfissuré sur les côtés ouest et sud -, et surtout par la présence des douves du château médiéval, sur une hauteur d'environ 8 m, qui avaient été comblées par du tout-venant. » Pour remédier à cette situation qui rendait impossible l'exécution de la paroi moulée, l'entreprise a donc proposé au maître d'ouvrage de préinjecter le terrain avec un coulis de bentonite ciment, à l'aide de forages réalisés à l'eau, sur une douzaine de mètres de profondeur. Localement, du silicate a même été employé comme accélérateur de prise, de façon à bloquer le plus rapidement possible les éventuelles fuites de boue. Cette opération s'est déroulée sur les 315 m du périmètre du parking, tous les 2 m, en quinconce de part et d'autre de la paroi avant sa réalisation, en assurant une tenue du terrain satisfaisante, notamment pour les bâtiments riverains. L'ensemble a été réalisé en deux plates-formes - une « haute » à 12 m et une « basse » à 8 m -, et ce pour des questions de coût : une partie du terrain pouvait être excavée avant la mise en oeuvre de la paroi, achevée par conséquent par une rehausse de génie civil.

« Cinquante-trois tirants 3T15 et 4T15 de 10 à 18 m de long ont ensuite été mis en place sur le pourtour du parking, tous les 3 à 6 m, sur une ligne horizontale située à 3 m du sommet de la paroi, ajoute Yann Lepetit. Ils sont scellés en fond de forage sur 5 m. Enfin, nous avons placé sept butons aux angles de la fouille. » Après le bétonnage des fondations isolées par semelles et des amorces de poteaux, un radier drainant a été réalisé avec une couche de diorite concassée de 40 cm d'épaisseur faisant office de filtre et permettant la circulation de l'eau. Viennent ensuite un géotextile en Nylon, une dalle en béton fibré de 12 cm d'épaisseur, taloché et lissé, puis une ossature classique poteaux-poutres sur trois niveaux. « Singularité de la structure : des portées de poutres préfabriquées précontraintes atteignant 15,50 m, ce qui permet de réduire le nombre de poteaux entre les places de parking, complète Michel Baudet. Les poutres portent des prédalles précontraintes et des dalles de 16 cm d'épaisseur. Seul le premier sous-sol est couvert de poutres aux trames beaucoup plus serrées (2,50 m) pour pouvoir supporter le passage de camions de 13 t. »

Un projet « intégré »

Révélés par une campagne de sondages plusieurs mois avant le début des travaux, les vestiges font partie intégrante du projet architectural. Si le principe consiste à couvrir les restes du château de Vauclair par une dalle en béton, une partie des remparts et la tour sud-est demeureront visibles. La tour pourra être observée depuis un lanterneau en verre émergeant en surface, sur un trottoir, et à l'intérieur du parking. « L'accueil des usagers a fait l'objet d'un soin très précis, confirme Jean-Pierre Lahon, architecte. Les piétons pourront effectivement observer le château, en particulier au niveau - 1, grâce à une passerelle-belvédère de 12 m de long, sur laquelle aboutiront les ascenseurs et les escaliers principaux, et grâce à des plates-formes d'observation. » La desserte des niveaux est assurée par un cheminement intérieur qui traverse le parking d'un bout à l'autre. Traité comme une rue, il figure la continuité du centre-ville, avec des pavés au sol, des voiles latéraux en béton blanc de teinte pierre reproduisant les arcades des vieilles rues rochelaises, des « vitrines » pour séparer les circulations piétonnes et automobiles, et un plafond voûté.

La lumière naturelle est privilégiée : trois puits de lumière traversent le parking jusqu'au fond, deux d'entre eux étant situés au centre des rampes d'accès cylindriques, et agrémentés de plantations et de jeux d'eau. Au niveau de la rue, l'ancien parking de surface est remplacé par un parvis piétonnier, entouré d'arbres. Des lignages de pavements marqueront l'emplacement des murs du château, mettant ainsi l'accent sur le caractère minéral de l'ancienne « place d'armes ».

Avec ce nouveau parking, les touristes de la côte charentaise et de l'île de Ré bénéficieront de 710 places pour se garer, ce qui représente 300 places supplémentaires. Il faudra cependant patienter jusqu'à l'été 1998...

FICHE TECHNIQUE

Maître d'ouvrage : ville de La Rochelle.

Maître d'oeuvre : Settec et les services techniques de la ville de La Rochelle.

Architecte : Jean-Pierre Lahon, Lahon-Gonfreville (La Rochelle).

Contrôle : CEP, Apave.

Entreprises : ERC Harranger (mandataire), Pianazza, Solétanche, Hervé Thermique, Sogedex, Satap.

Marché : 50 millions de francs TTC.

Adapter le procédé hydrofraise

La paroi moulée consiste à établir une enceinte étanche autour de tous les niveaux du parking, sur toute la hauteur, par panneaux successifs de 6 m de large. Les boues qui accompagnent la descente de la machine disparaissaient de façon continue dans les cavités du château. Le terrain a donc été pré-injecté avec un coulis de bentonite ciment, et du silicate, avant descente de chaque panneau.

PHOTOS : 1. Le parking de la place de Verdun occupe un rectangle de 90 m de long en plein centre-ville. 2. Il est réalisé à partir d'une structure poteaux-poutres marquée par un espacement des poteaux importants : 15,50 m; coupe type de la paroi moulée

Avant érection de la structure, le terrain est provisoirement tenu derrière la paroi moulée par des tirants de 10 à 18 m de long tous les 3 à 6 m.

Cohabiter avec les archéologues

Le corps principal du château de Vauclair occupant le tiers ouest de la place de Verdun, il a été décidé de ne pas excaver cette zone, afin de réaliser le parking dans des délais raisonnables. Les archéologues, dans une certaine mesure « déçus », ont toutefois pu profiter des nombreux éléments qui avaient été repérés avant les travaux. Après six mois de recherches archéologiques, le chantier a pu démarrer. Séparé en deux parties, il a permis la cohabitation des fouilles et des matériels de chantier : une cohabitation qualifiée d'excellente par les services de la ville et par les entreprises. La présence permanente d'une équipe de la direction des affaires culturelles y a, semble-t-il, contribué.

A l'inventaire des découvertes : deux tours, une partie du rempart sud-est et nord, une poterne, des boulets de catapulte de 50 cm de diamètre et l'hôtel de la monnaie (XVe siècle), avec son four, dans lequel ont été retrouvées cinq cents pièces dont la plus ancienne remonte à 1082, et la balance servant à les peser.

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