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Paris, vitrine de la grande mutation
Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris chargé de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité - © Julien Millet / MAIRIE DE PARIS
Le Moniteur 2038

Paris, vitrine de la grande mutation

Par Jean-Louis Missika |  le 25/10/2018  | 

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Urbanisme
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Dans les rues de la capitale, les transports propres autonomes et partagés ainsi que les robots silencieux font fonctionner le métabolisme urbain.

Au tournant des années 2020, le scénario d'un « grand effondrement » faisait consensus. On prédisait pour Paris, comme toutes les autres villes globales, des moments atroces. Les scientifiques ont multiplié les cris d'alarme mais les politiques et les industriels sont restés tétanisés. Et les démocraties ont semblé pendant plusieurs années être prises de vertige jusqu'à se corrompre dans l'immobilisme.

Mais la métropole aura été parmi les premières à prouver qu'un autre scénario était possible, celui de la « grande mutation », esquissé par l'accord de Paris sur le climat de 2015. La transformation à marche forcée qui a été conduite a touché à la fois les comportements humains et les modèles économiques par une mobilisation de toutes les innovations et une sortie rapide de tout ce qui contribuait au réchauffement climatique et à l'épuisement des ressources.

Le taxi volant et sans pilote est devenu la solution la plus efficace pour les déplacements.

L'hydrogène a tout changé. Des solutions comme les véhicules électriques ont connu une croissance exponentielle jusqu'à occuper l'essentiel du marché grâce à une réglementation incitative. Les batteries au lithium ont été progressivement remplacées par des alternatives moins polluantes et les piles à combustible se sont imposées avec comme principal carburant l'hydrogène. Ce dernier, produit uniquement par électrolyse de l'eau, permet à la métropole d'intégrer dans sa consommation 100 % d'énergie intermittente solaire et éolienne bien avant 2050, l'objectif qui avait été fixé dans son plan climat de 2018.

La mobilité a été le premier moteur de la transformation. La marche reste le mode de déplacement privilégié dans le Grand Paris, suivie de près par un ensemble diversifié de micromobilités. Malgré les innombrables innovations, le vélo n'a pas été détrôné mais les alternatives, de la trottinette au gyropode, se sont multipliées. La métropole est maillée par des voies larges qui leur sont réservées. Un autre maillage est dédié aux véhicules motorisés qui sont, à de rares exceptions près, totalement automatisés et toujours connectés pour assurer la fluidité de la circulation. On parle encore de transports en commun, mais ce « commun » n'a plus rien à voir avec les transports publics du siècle précédent. On circule toujours dans les métros, les tramways et les trains, tous devenus autonomes, mais aussi en véhicules partagés que ce soit sur la route, sur le fleuve en hydrofoil ou même dans les airs, grâce à des aéronefs à décollage vertical.

Grâce à son package de mobilité, tout citadin peut choisir chaque jour le mode de déplacement qui lui convient le mieux. Il peut circuler gratuitement partout pourvu qu'il accepte de se contraindre à prendre des transports collectifs, à faire de temps en temps des changements et aussi à finir à pied ou en micromobilité à partir d'un hub desservi par un métro, un train ou une artère de transports routiers à haut niveau de service [des voies où se succèdent, en convoi, bus autonomes et autres véhicules partagés, NDLR].

Les déchets traités en temps réel. Des solutions plus rapides existent, tel le taxi volant et sans pilote, plus cher non pas parce que plus coûteux - il est au contraire devenu l'un des plus efficaces pour les déplacements - mais parce que les couloirs de vols sont limités ce qui maintient une certaine rareté. Les aéronefs, qui ont été intégrés au système de transports urbains, sont accessibles depuis des plates-formes de décollage sur les grands hubs de mobilités de la métropole, dans toutes les gares desservies par le train et le métro du Grand Paris, mais aussi à partir de nombreuses tours de l'agglomération.

La nuit et aux heures creuses, des robots silencieux parcourent la ville pour faire vivre son métabolisme. Les fruits, légumes, algues et insectes frais produits dans les nombreuses fermes de l'agglomération mais aussi sur les toits et dans les sous-sols des immeubles, sont livrés aux consommateurs ou dans les mini-usines de transformation urbaine installées dans les anciens parkings.

Les robots récupèrent aussi les déchets en temps réel pour les réemployer ou les recycler. Cartons et textiles offrent ainsi une matière première essentielle dans la rénovation des bâtiments, devenue la première activité économique de la ville : on ne cesse de transformer le bâti ancien pour le rendre plus écologique et l'adapter aux nouveaux usages. Depuis l'arrêt du recours au béton, les immeubles sont intégralement construits avec des matériaux biosourcés issus de forêts et plantations du bassin parisien. La nouvelle résilience marque la victoire de l'urbanisme temporaire et flexible sur l'urbanisme de longue durée. Les nouveaux quartiers sont tous réversibles pour pouvoir être reconfigurés facilement en fonction des événements climatiques mais aussi des modes de travail et de loisirs qui ne cessent de changer.

Les climatiseurs individuels interdits. La construction bioclimatique, tout comme l'accès à la baignade dans la Seine, participe à protéger les Parisiens des canicules toujours plus fréquentes. L'interdiction des climatiseurs individuels au profit des réseaux de froid - moment très complexe du débat public - a permis à la Ville d'éviter le rejet massif de calories dans des rues surchauffées. La multiplication dans l'espace public des îlots de fraîcheur complète la végétalisation des rues.

Résultat, Paris reste la ville la plus prisée par les touristes, même en été : il fait encore toujours bon se promener dans ses rues, de profiter des terrasses et de faire les vitrines des artisans et makers qui animent les pieds d'immeuble.

L'ensemble du tissu économique s'est adapté à la grande mutation. Depuis vingt ans, Paris a su saisir les opportunités qui en ont découlé pour exporter les solutions inventées par son écosystème.

Mais il a fallu renoncer au « toujours plus de la même chose » pour assimiler les contraintes associées aux enjeux climatiques et imaginer la transformation nécessaire de son modèle urbain.

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