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Paris Rive-Gauche Premiers quartiers

ELISABETH ALLAIN-DUPRE, MANUEL DELLUC |  le 25/04/1997  |  CulteAménagementCultureArchitectureFrance

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Autour de la bibliothèque nationale de France, les premiers quartiers de « Paris-Rive-Gauche » sont en voie d'achèvement. Bilan d'étape d'un urbanisme ordonnancé, confronté au gigantisme du bâtiment de Perrault.

Confiée en juillet 1991 à Roland Schweitzer, qui fut l'architecte coordinateur de la ZAC Reuilly, l'étude d'urbanisme portait sur un secteur d'environ 6 ha, chevauchant, en partie sud, les limites de l'étude sur l'avenue de France confiée à Paul Andreu. Bordée par le boulevard Vincent-Auriol à l'ouest, la rue de Tolbiac à l'est et la Seine au nord, ce premier quartier est dominé par la présence massive de la Bibliothèque François-Mitterrand. L'étude devait traduire et préciser les orientations programmatiques et morphologiques contenues dans le premier PAZ, pour l'essentiel confirmée par le second, approuvé en conseil municipal le 20 septembre 1993. Soit : création d'environ 100 000 m2 de bureaux, d'une surface équivalente pour 950 logements (dont 95 % de logements aidés), 30 000 m2 de commerces et activités, complétés par quelques équipements publics dont un jardin de 3 300 m2 pour le quartier T1, un jardin de 3 400 m2 pour le quartier T3, une école polyvalente, un lieu de culte et une crèche.

Pour des raisons d'échelle, liées aux dimensions de la BNF, les surfaces des lots ont été ramenées à environ 8 500 m2 pour les bureaux. Par ailleurs, le principe d'un « plafond » des hauteurs, passant de 24 m sur la Seine à 35 m sur l'avenue de France était maintenu.

Voilà, brièvement résumé, le « matériau » avec lequel Roland Schweitzer devait fabriquer son morceau de ville, sachant qu'au-delà du programme, le site pose deux questions majeures à l'urbaniste. La première : comment relativiser le vide de la bibliothèque et « négocier » la rupture d'échelle qu'il impose ? La seconde : comment mettre en scène l'ascension des quartiers T1 et T3 jusqu'à la future avenue de France et, ainsi, répondre à l'objectif de l'ensemble du projet Seine-Rive-Gauche, soit constituer une relation fluide entre le XIIIe existant et les berges de la Seine ?

Enceintes et césures

La réponse de Schweitzer s'inspire du modèle des bastides occitanes, auxquelles elle emprunte principalement deux figures. D'une part celle de l'enceinte, qui aboutit au regroupement des immeubles autour de deux grands espaces centraux. D'autre part, celle du plan en damier, interprétée par une composition en « faisceaux orthogonaux », alignés sur les tours de la Bibliothèque nationale. Ces « faisceaux » qui creusent des transparences dans les bâtiments périphériques, ont pour fonction de dilater l'espace central introverti, tout en créant des continuités visuelles entre les quartiers T1 et T3, en dépit de l'obstacle créé par les emmarchements géants de la Bibliothèque. Ces faisceaux visuels sont de trois types :

lles « failles » qui longent l'arrière des lots donnant sur Seine ; elles génèrent de petites rues de 6 m de largeur ;

- les « césures », larges de 8 m, ouvrent des percées en direction de la Seine dans l'axe de symétrie des bâtiments en « U » implantés sur les quais ; Roland Schweitzer a souhaité que les architectes y placent des terrasses en quinconces pour les logements, et y situent l'accès aux halls de distribution ;

- les « transparences » ménagées au rez-de-chaussée des bâtiments perpendiculaires pour libérer des vues transversales. C'est le cas des lots T1F3 (Buffi), T1F2 (Hammoutène), T3A3 (Soler) et T3A2 (Brunet-Saunier).

Ordonnancement parisien

Par ailleurs, Roland Schweitzer entend respecter les traditions de l'urbanisme parisien, en particulier celles qui opposent l'intérieur à l'extérieur, la façade publique à la façade privée. Ainsi, outre les failles et césures verticales, il prescrit un ordonnancement à registres horizontaux de la façade des « enceintes », avec soubassement de commerces (dont la hauteur inhabituelle est liée à celle de l'esplanade de la bibliothèque), joints creux et corps principal de logements sans saillies. A l'inverse, il préconise des redents pour les façades tournées vers les espaces centraux, de manière à favoriser la volumétrie libre et fragmentée traditionnellement perçue comme plus domestique. De fait, comme cette distinction n'est pas appliquée à des îlots mais à l'ensemble des « quartiers », qu'ils soient constitués d'un seul ensemble de lots (cas du T3), ou de plusieurs ensembles de lots (cas du T1), elle aboutit à de curieux renversements de statut. Ainsi, dans le quartier T3, les redents prescrits sont bien orientés vers l'espace intérieur, car ici les limites de l'agglomérat de lots T3-A2 (Brunet-Saunier)/T3-A3 (Soler) se confondent avec celles du quartier. A l'inverse, dans le quartier T1, c'est sur la façade extérieure de l'ensemble T1-F2 (Hammoutène)/T1-F3 (Buffi), tournée vers l'espace central public, que sont imposés les redents.

La règle et la différence

Avec une majorité d'immeubles achevés ou en voie d'achèvement, on peut commencer à mesurer l'impact de ces prescriptions et la pertinence de leurs réponses aux grands enjeux du site. La diversité des interprétations qu'en ont donné les architectes (voir ci-dessus et pages précédentes) sur des typologies de logements pourtant très semblables pose la question de la multiplicité des intentions. Notamment sur les façades du quai, où le principe des « césures » donne à chacun l'occasion d'un traitement différencié qui perturbe un peu la lecture de l'ordonnancement à registres horizontaux.

La volonté d'organiser des fluidités transversales à la Seine et l'attention portée aux habitants - les appartements situés sur l'arrière peuvent ainsi capter quelques vues sur le fleuve - téléscope ici la volonté d'un front de quai vraiment unitaire. Quand aux transparences ménagées en soubassement, il est encore trop tôt pour en juger. Des carreaux de plâtre obturent encore, en effet, la plupart des doubles hauteurs des rez-de-chaussée commerciaux, et ce n'est en hauteur que peuvent s'établir les continuités souhaitées avec et par delà la bibliothèque.

Accords difficiles avec le géant de Tolbiac

D'une façon générale, même si la nécessité d'ordonnancer les façades du quai paraît incontestable, c'est la logique même d'une réglementation architectonique qui pose question dès qu'elle ne s'appuie plus, comme à l'époque classique ou du temps de Haussmann, sur un véritable inconscient culturel des architectes et de la société toute entière.

Le choix très différent qu'a fait la Semapa pour le quartier Masséna, avec les îlots ouverts et les implantations d'immeubles aléatoires du projet Portzamparc, montre que les édiles parisiens ont mesuré les limites d'un principe par ailleurs bien adapté à des ZAC plus petites, type Bercy. A Tolbiac, la complexité et la diversité des modénatures se heurte au grand vide du bâtiment de Perrault et aux volumes lisses de ses tours. Et c'est paradoxalement l'architecte qui s'est le plus affranchi de la règle urbaine, Francis Soler, qui établit le meilleur accord avec la bibliothèque. Reste le lien avec l'avenue de France et la partie haute de la ZAC. Le dénivelé bien négocié du bâti le long des rues transversales et les terrasses des jardins centraux semblent en mesure de réussir le pari. A la mi-98, l'ouverture de la gare Meteor au carrefour de l'avenue de France et de la rue de Tolbiac, devrait confirmer l'animation prévisible de ces rues et de ces passages en pente douce vers la Seine.

PHOTO : Paris Rive-Gauche

PLAN : Plan des premiers quartiers : au droit du pont de Bercy et à l'est de la bibliothèque (T2), le quartier T1 offre déjà un front bâti achevé sur le quai François-Mauriac (voir photo ci-dessus), ainsi que le quartier T3 à l'ouest. Le jardin James-Joyce au centre du T1, conçu par Desvigne et Dalnoky, sera mis en chantier dès cette année de même que l'église (D), par Pierre-Louis Faloci.

LES FAISCEAUX

Ce croquis montre comment Roland Schweitzer renforce, par les enfilades de rue et les transparences entre façades, les « faisceaux » générés par la présence des tours et du vide de la Bibliothèque. Pour l'architecte, ces « tracés des transparences » doivent « définir les lignes de force du projet urbain parallèlement aux directions longitudinales du site ».

DESSIN

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