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PARIS JeanTiberi : « Une nouvelle génération de projets pour la capitale »

NATHALIE MOUTARDE, REMI CAMBAU |  le 12/03/1999  |  Collectivités localesArchitectureAménagementUrbanismeRéglementation

Le maire de la première ville de France défend une vision modeste de l'aménagement urbain. Des grands projets aux plus petits, il fait passer en priorité la qualité de la vie. Ses objectifs pour que la ville tienne son rang de capitale : retour des entreprises, renforcement des universités et développement du tourisme.

Vous réaffirmez « l'urbanisme à visage humain » comme axe principal de votre politique. Comment vos projets tiennent-ils compte de cet objectif ?

J'ai souhaité donner une impulsion mais aussi une orientation nouvelle à l'urbanisme parisien. Chaque époque a ses préoccupations, ses problèmes, ses priorités. Actuellement, je crois que l'environnement, la lutte contre la pollution, la proximité, le cadre de vie et la qualité de vie doivent être mieux pris en considération. Les Parisiens l'exigent.

L'urbanisme nouveau donne plus de place à la protection du bâti qu'à la démolition, intègre mieux l'histoire des quartiers et privilégie donc les opérations plus modestes et la réhabilitation.

C'est aussi renforcer le dialogue et la concertation avec les élus et avec les associations.

Quel bilan tirez-vous de cette politique trois ans après son lancement ?

A mon avis, globalement, cette orientation n'est remise en cause par personne. Même si elle coûte un peu plus cher et prend un peu plus de temps, cette méthode permet de débloquer des opérations et les permis sortent sans recours.

Des terrains qui restent immobilisés pendant des années, ça coûte aussi extrêmement cher. Dans le bas Belleville, nous avons appliqué ces principes d'une manière extrêmement forte. Cela a été long mais le plan de réaménagement du quartier a été adopté quasiment à l'unanimité au conseil de Paris.

Les recours sont moins nombreux, mais les permis de construire, parfois difficiles à obtenir...

L'urbanisme nouveau nécessite qu'on se plie à des règles nouvelles. Si ces règles sont respectées, il n'y a pas de raisons pour que les délais d'instruction soient trop longs. Par ailleurs, nous militons pour une prise en compte plus souple de la réglementation.

Parallèlement à cette politique, comment Paris assume-t-elle son rôle de capitale ?

Paris a globalement les grands équipements dont elle a besoin. Ce n'est plus, me semble-t-il, la priorité. Mais parallèlement au souci de la qualité de la vie quotidienne, nous devons nous battre pour que Paris reste une grande capitale économique, culturelle, universitaire et médicale. Pour le tourisme, la Seine devra jouer un rôle plus important, structurant.

Sur le plan économique, nous devons nous battre, notamment par le biais de la modération fiscale, pour que les entreprises reviennent à Paris. Dans ce but, avec la Chambre de commerce et d'industrie de Paris, nous avons créé « Paris développement ». Il est encore trop tôt pour dresser un premier bilan de son action.

Enfin, Paris doit rester, au travers de ses universités, un pôle universitaire, médical, de recherche scientifique et de technologie de pointe. C'est pourquoi nous avons proposé des terrains importants sur Paris-rive gauche, pour que ces universités restent à Paris.

La ville est-elle prête à s'engager avec l'Etat sur cette question universitaire ? Et à quel niveau ?

La ville participera, dans des conditions qui restent à déterminer, en fonction de l'engagement de l'Etat et de celui de la région. Les contacts que nous avons eus avec le préfet, le président de région, le ministre de l'Education vont dans le bon sens. Les présidents des universités de Paris en sont d'accord.

Vouloir dédensifier ne conduit-il pas à réduire le nombre de logements - notamment sociaux - construits dans la capitale ?

S'il faut essayer de faire le plus possible de logements, ce qui compte aussi, c'est la qualité de vie de ceux qui vont y habiter. Notre objectif est de maintenir la population parisienne et non pas de l'augmenter, ce ne serait pas sérieux.

Nous venons de signer une convention-cadre avec l'Etat qui fixe un objectif de production de 1 000 PLA et de 1 000 logements intermédiaires et d'accession sociale par an. Nous allons aussi mobiliser tous les terrains disponibles, notamment ceux des hôpitaux, à Boucicaut, Laënnec, et ceux de la SNCF.

J'espère par ailleurs que, parmi les investisseurs privés, les petits propriétaires vont prendre le relais de la politique de transformation des bureaux en logements. Le lancement d'une OPAH sur ce thème, qui couvre tout le territoire parisien, va dans ce sens.

Si la concertation a fait toutes ses preuves sur le bas-Belleville, en revanche, sur Paris-rive gauche, on a le sentiment qu'elle n'a pas vraiment permis de débloquer la situation ?

La ZAC Paris-rive gauche est une opération lourde de création de quartier, prévue pour durer encore une quinzaine d'années. On ne peut pas du jour au lendemain tout régler. Le vrai problème n'est pas celui de la dédensification, encore que je suis prêt à aller plus loin. C'est celui de l'équilibre à trouver entre les bureaux, les logements et les universités.

Où en sont les discussions avec les associations sur la construction de la dalle ?

Le problème de la dalle est lié à l'implantation des universités de Paris VI et VII pour lesquelles nous avons déjà réservé 130 000 m2 et nous sommes prêts à aller jusqu'à 200 000 m2. Ce projet est absolument prioritaire. Si l'arrivée des universités l'exige, alors il faudra construire la dalle. Sinon, nous ne la ferons pas. C'est une décision qui se prendra en concertation avec les élus, notamment le maire du 13e, et les associations.

La qualité de la vie dépend aussi de la politique des déplacements. Vous voulez réduire de 5 % le trafic automobile d'ici à 2001. Avez-vous déjà enregistré de premiers résultats ?

Les premières mesures que nous avons prises, comme la création de pistes cyclables et la mise en place de quartiers tranquilles, nous ont déjà permis de réduire la circulation de 1,2 %. Elles vont être complétées par la réalisation d'un site propre pour les bus sur le boulevard des Maréchaux, en attendant l'arrivée du tramway. Les travaux, qui seront achevés à la fin de la mandature, commenceront par la rocade sud.

La ville participe aussi au financement de Météor. Pour son prolongement vers le sud, l'Etat souhaiterait une contribution plus importante de la ville, initialement fixée à 90 millions de francs. Les négociations se poursuivent.

Etes-vous favorable à l'instauration d'un péage urbain pour limiter les déplacements automobiles dans la capitale ?

Non. Il est préférable de prendre des mesures positives comme celle d'inciter les gens à prendre les transports en commun.

Où en est le projet d'un tramway sur les boulevards des Maréchaux ?

Nous souhaiterions que la première phase du tramway, sur la rocade sud, figure dans le prochain contrat de plan Etat-région. Son coût est d'environ 1,5 milliard de francs. Tout le monde a souhaité ce tramway. Maintenant, il faut savoir si on passe à l'exécution. Là aussi la ville participera en fonction de l'engagement de l'Etat et de la région.

Ce projet n'est pas strictement parisien. Il est aussi utile pour la périphérie. 160 000 voyageurs empruntent tous les jours la ligne de bus de petite ceinture, qui est la plus fréquentée de la région.

Vous avez aussi évoqué la couverture du périphérique ?

Là aussi, c'est une question qui ne concerne pas que les Parisiens mais aussi les habitants des communes limitrophes. La couverture de certains secteurs, à la hauteur des portes de Vanves, des Lilas, ou d'Ivry pourrait être inscrite dans le prochain contrat de plan. Les choses doivent être clarifiées sur le plan technique, des délais et des coûts. Ensuite, nous ferons des choix.

Le projet d'un périphérique en souterrain est donc totalement abandonné ?

Ce projet était techniquement très intéressant mais beaucoup trop coûteux.

Le projet de réutilisation de la petite ceinture SNCF intéresse également les communes périphériques. Où en êtes-vous ?

Une commission présidée par Michel Bulté, adjoint chargé du logement, de la construction et de l'urbanisme, est en train d'examiner les différentes possibilités de réutilisation de ce site, qui pourrait être voué à la détente et aux loisirs. Le préfet de région doit prochainement faire connaître sa position sur le sujet. S'il y a accord sur la destination, la ville pourrait récupérer le foncier.

Ces différents projets montrent bien que Paris se rattache aux communes environnantes. Une collaboration plus poussée est-elle envisagée ?

Cette collaboration se traduit déjà au travers de nombreux organismes comme le SIAAP, le Syctom, le STP (1)... J'ai par ailleurs créé une direction de la vie locale et nommé un adjoint à ces questions, Gérard Leban. Ils ont pour mission de nouer des contacts avec les villes et les départements périphériques. Je crois que c'est la meilleure méthode. Faisons bien fonctionner les organismes existants et développons cette concertation que je viens de décider.

Vous avez présenté mardi dernier un vaste programme de réaménagement des berges de la Seine. Est-ce votre grand projet pour les années qui viennent ?

Ce projet, qui va contribuer à embellir la ville, a de multiples facettes : mise en valeur des berges de Seine, aménagement des quais dans les Ve, VIe, VIIe arrondissements, rénovation du petit Palais, piétonnisation de la place de la Concorde, création d'une promenade entre la future passerelle de Bercy et le parc André Citroën....

Mon grand projet, en fait, pour les années qui viennent, c'est la poursuite de la politique engagée. Elle demande du temps. Mais vous le voyez, les premiers résultats sont là.

(1) SIAAP : Syndicat interdépartemental d'assainissement de l'agglomération parisienne ; Syctom : Syndicat de collecte et de traitement des ordures ménagères ; STP : Syndicat des transports parisiens.

PHOTOS

« Les universités pourraient occuper jusqu'à 200 000 m2 à Paris-rive gauche. Si leur accueil l'exige, nous construirons la dalle sur les voies ferrées. »

« Je souhaite que la couverture du périphérique à la hauteur des portes de Vanves, des Lilas et d'Ivry, soit inscrite au contrat de Plan Etat-région. »

« La petite ceinture pourrait être dédiée à la détente et aux loisirs. Nous attendons la position de l'Etat.»

« Le site propre du boulevard des Maréchaux est destiné à accueillir le tramway, d'abord sur la partie sud. »

Le passage souterrain quai Malaquais et quai Voltaire serait supprimé pour élargir la promenade piétonne côté Seine et les trottoirs côté façades.

Réaménagement de la place de la Concorde

Deux hypothèses de réaménagement sont proposées. Toutes les deux ont en commun la suppression du stationnement le long du jardin des Tuileries.

la première (l'espace de circulation est réduit à 50 %) conserve le principe actuel de fonctionnement de la place mais la chaussée centrale est réduite de 40 m à 26 m (dont 5 m réservés aux autobus et aux vélos). La liaison automobile entre les Champs-Elysées et le centre de la place est supprimée.

la seconde (l'espca de circulation est réduit à 80 %) prévoit un vaste espace piétonnier central où seuls sont admis les bus, les vélos, les taxis. Le lien entre les Champs-Elysées et le jardin des Tuileries est recréé. La circulation automobile en provenance du pont de la Concorde vers la rue Royale doit emprunter d'autres itinéraires.

Le maire de Paris est favorable à la seconde hypothèse. La place étant classée monument historique, l'accord du ministère de la Culture est nécessaire ainsi que celui du préfet de police, juridiquement compétent en matière de circulation et de stationnement.

Coût : respectivement 150 et 160 millions de francs. Durée des travaux : 34 mois.

DESSIN

Ci-dessus, l'espace de circulation est réduit à 50% ; ci-contre, à 80%. Dans la première hypothèse, les véhicules peuvent remonter du pont de la Concorde (au sud, bas du plan) vers la rue Royale (au nord).

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De grands chantiers sur la Seine

Jean Tiberi, le maire de Paris, a présenté, le 9 mars, un vaste programme d'aménagement des berges de Seine. Il s'articule autour de quatre grands volets :

L'embellissement du patrimoine. Un cahier des prescriptions pour la mise en valeur des berges de la Seine est en cours d'élaboration ainsi qu'un schéma d'aménagement nocturne du site (éclairage des quais hauts et des berges). Une enveloppe de 30 millions de francs sera consacrée à la restauration des murs de quais (début des travaux : juin 1999).

Par ailleurs la rénovation des ponts de Paris se poursuit (après 386 millions de francs dépensés pour 21 ouvrages rénovés d'ici à la fin de l'année, il reste à engager 281 millions de francs) ainsi que leur mise en lumière qui sera achevée en 2000.

Les grands chantiers

le réaménagement en vaste espace piétonnier de la place de la Concorde (voir encadré). Projet estimé entre 150 et 160 millions de francs. Le calendrier de l'opération dépend de l'accord du ministère de la Culture et du préfet de police.

l'aménagement des quais hauts rive gauche, entre le pont de Sully et le pont de Concorde. Coût global de l'opération : 40 millions de francs.

la modernisation et la restauration du petit Palais. Cinq équipes de maîtrise d'oeuvre ont été admises à concourir : Andréa Bruno, Jean-François Bodin, Antoine Stinco, Philippe Chaix, Jean-Paul Morel et Rémi Van Nieuwenhovt, Jean-Michel Wilmotte. Le projet est estimé à 315 millions de francs. Les travaux pourraient débuter au 1er trimestre 2001 pour une durée de 20 mois.

la construction du passage souterrain des Tuileries, dans l'axe de la passerelle Solférino pour assurer la continuité du cheminement piétons entre le musée d'Orsay et le jardin des Tuileries (coût : 19 millions de francs, les travaux pourraient débuter en mars 2000).

la restauration de la fontaine des Mers, place de la Concorde (coût : 22,5 millions de francs, début des travaux : avril 1999).

L'aménagement d'une promenade continue le long des berges de Seine : du parc André Citroën au pont d'Austerlitz (9 km) dans un premier temps (horizon 2001), puis jusqu'au parc de Bercy (12 km) dans une seconde phase, le parcours empruntant alors la nouvelle passerelle Bercy-Tolbiac.

Le projet lauréat est celui de Dietmar Feichtinger associé au BET RFR (voir p. 9).

Cette promenade nécessite la réalisation de plusieurs ouvrages : escaliers de liaison au droit des passerelles Debilly et des Arts (maîtrise d'ouvrage : ville de Paris) et reconstitution de la berge basse à l'amont du port de Debilly (maîtrise d'ouvrage : Port autonome de Paris, coût : 15 millions de francs).

La poursuite des travaux de réhabilitation des ports engagés depuis 1995 par le Port autonome de Paris. Sur cinq ans, ils représentent une dépense d'investissement de 130 millions de francs. Les chantiers à venir concernent les ports de la Rapée et Henri IV.

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