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Jacques Ferrier - © Pierre Olivier Deschamps/Agence Vu

"Paris hors les murs : une histoire qui attend d’être écrite", par Jacques Ferrier, architecte

Jacques Ferrier, architecte |  le 01/12/2014  |  ParisArchitectureInnovationProfessionTechnique

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Dans une tribune publiée le 27 novembre par notre confrère l'Humanité, l'architecte Jacques Ferrier interroge les questions de densité, de hauteur et d'innovation, propres à dessiner le nouveau visage d'un "Paris hors les murs"...

La question de l’innovation se pose de façon singulière à Paris. Sur plus de 12 millions d’habitants, 2 millions se pressent à l’intérieur du boulevard périphérique dans une ville ancienne et de plus en plus vouée au tourisme. La vaste majorité, 85%, se répartissent hors les murs dans des territoires d’un plus grand dynamisme, mais qui peinent à trouver un vécu métropolitain. C’est bien là que les projets urbains innovants doivent advenir. A partir du boulevard périphérique inclus et au-delà, une nouvelle histoire de la ville attend d’être écrite. Elle doit réquisitionner les idées et les talents pour la création d’un paysage urbain nouveau. En tirant parti de la diversité des contextes, diversité niée par l’accablement qu’exprime si fortement le mot banlieue, il est possible de concevoir une métropole dont l’expérience du citadin soit l’élément fédérateur. Le nouveau réseau du métro Express va dans peu d’années permettre de vivre ce Paris hors les murs comme une ville archipel. Il ne faut pas en rester là mais lancer les transformations qui vont profondément en modifier la perception et le vécu. Ne pas exporter le modèle historique parisien haussmannien, mais inventer.

Densité/Mobilité

La question de la hauteur devient alors, si ce n’est secondaire, qu’un des éléments du tableau. Elle est à mettre en perspective avec la création de points de densité accordés au réseau des transports publics. La stratégie de la densité est indissociable de la stratégie de la mobilité, la hauteur étant en quelque sorte à l’unisson de l’intensité du mouvement. Ces accents verticaux se composent avec la plus grande diversité des échelles, pourquoi pas au voisinage des quartiers de maisons. Il ne s’agit pas de faire peur avec des compétitions de hauteur. La métropole parisienne pourrait devenir celle de la hauteur raisonnable, ou mieux de la hauteur urbaine. Si on s’en tient aux diktats du règlement incendie, 50 m est un premier palier. Ce n’est pas si mal. Les premiers gratte-ciel de Chicago ont cette hauteur et composent encore aujourd’hui le fascinant panorama de la "down town". Cela correspond à environ une vingtaine d’étages et permet de ne pas oublier le rapport avec le sol. D’autres hauteurs sont possibles, la limite pouvant se définir par la possibilité d’avoir une ventilation naturelle et des balcons, soit environ 150 m.

Perméabilités

Mais l’essentiel, pour moi, est de considérer le rapport entre les grands bâtiments et la ville. Ces rapports doivent être basés sur la porosité. On ne peut plus imaginer construire des bâtiments qui soient coupés du monde. Quelle que soit la hauteur, ce qui compte ce sont les perméabilités créées au rez-de-chaussée entre l’espace intérieur et l’espace public. C’est imaginer répartir des activités recevant du public, commerces, restaurants, clubs sportifs, dans les étages de façon à faire entrer la ville dans les bâtiments. Les derniers étages ont vocation à être d’une façon ou d’une autre ouverts à tous car ils sont, par leur visibilité dans le ciel, des espaces publics. C’est ainsi que le geste architectural ne se limite pas à la forme, aussi séduisante soit elle, mais se démultiplie en des couches de perceptions et d’usages correspondant aux attentes des habitants de la grande ville. Il y gagne au passage une puissance symbolique forte qui ne s’épuise pas au premier regard.

Tour d'ivoire

Cette dimension symbolique est essentielle pour le Paris hors les murs. Si le centre de Paris est une des villes les plus densément peuplée de la planète, elle est aussi celle qui accumule le plus grand nombre de monuments, étouffant presque sous la saturation patrimoniale. C’est dans le territoire urbain prometteur qui prend forme autour qu’il convient aujourd’hui de créer de nouvelles cartes postales. Un défi que l’innovation architecturale peut relever si elle accepte de quitter sa tour d’ivoire pour venir à la rencontre d’une jeune société urbaine qui espère, autant qu’elle redoute, les changements. Changements inévitables qui feront de la périphérie sans visage une vibrante métropole.

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