Panneaux isolants PSE bas carbone : l'incompréhension des fabricants retoqués par la Base INIES.

Les industriels du PSE, représentés par l’Association Française de l’Isolation en Polystyrène Expansé dans le Bâtiment (AFIPEB), s'emploient à diminuer l’empreinte carbone de leur production. Cependant, ils se retrouvent aujourd’hui dans une impasse. La Base INIES(1) refuse de prendre en compte leurs FDES(2) lorsque leurs produits intègrent de la matière certifiée Mass Balance. C’est-à-dire lorsqu’ils utilisent des crédits pour comptabiliser la ressource renouvelable (exemple la biomasse) dans le polystyrène puis dans les panneaux isolants qui en sont issus. Décryptage.

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Panneaux isolants PSE bas carbone : l'incompréhension des fabricants retoqués par la Base INIES.

L’industrie des panneaux d’isolation en polystyrène expansé (PSE) s'est mobilisée pour trouver des solutions afin de s’inscrire dans la construction bas carbone et ainsi réduire son impact sur l’environnement. « Nous travaillons à diminuer nos besoins en énergie pour la production des panneaux, tout en limitant l’utilisation de ressources fossiles » explique Joaquim Correia, Vice-président de l'AFIPEB. Cette approche, commune à l’ensemble des industries chimiques, consiste à repenser la chimie basée sur des ressources fossiles pour y substituer des ressources renouvelables : « Nos industries misent notamment sur les biogaz pour repenser la chimie, c’est-à-dire en cassant des molécules de gaz provenant de la décomposition des végétaux » résume Joaquim Correia. Amaury Omnès, Président de l’association, ajoute : « Pour moi, produire du PSE avec des déchets de végétaux, c’est clairement l’avenir. Ces déchets existent et ne demandent qu’à être valorisés. Pour la filière, les enjeux sont considérables car cela permet notamment de réduire l'impact carbone des produits concernés ».

Matière certifiée utilisant la Crédit Method Mass Balance

Des panneaux PSE recourant à cette technologie existent déjà mais Joaquim Correia explique que « c’est une technologie naissante et les quantités de matière première sont encore limitées. La chimie ne peut pas aujourd’hui produire à 100% à partir de la biomasse. C'est pourquoi, en amont, l'industrie chimique mélange sa matière première issue de la biomasse et celle issue du pétrole pour fabriquer les différentes molécules servant aux productions en aval. »

C’est là que les choses se compliquent. Une complexité qui ne concerne pas le processus industriel souligne Amaury Omnès « Que ce soit chez les producteurs de matière première ou les transformateurs, nous n’avons pas besoin de revoir nos usines. Car cela passe sur les installations standards ». C'est sur le principe d'allocation de la biomasse et sur les processus de traçabilité visant à la justifier que réside l’enjeu. « Pour y répondre, une chaîne de contrôle est mise en place, à toutes les étapes de production, pour allouer la quantité initiale issue de la biomasse à une partie des matières produites. C'est le principe de la Crédit Method de l’approche Mass Balance décrite par la norme ISO 22095 “Chaîne de contrôle – Terminologie générale et modèles”. Cette norme établit qu’il existe un lien entre le flux documenté administrativement et le flux physique des matériaux et des produits » détaille Joaquim Correia.

Des organismes indépendants expérimentés (ISCC, REDCert, RSB…) contrôlent cette allocation de crédit Mass Balance et délivrent une certification attestant qu’elle est exacte. Cette certification s'étend jusqu'au bout de la chaîne, c’est-à-dire jusqu'aux produits finis, les isolants en polystyrène expansé.

Blocage de la Base INIES

Amaury Omnès constate : « Nous avons lancé des produits, nous avons élaboré des FDES qui ont été vérifiées par des vérificateurs indépendants habilités. Cela montre bien que tout est sous contrôle car la partie Mass Balance est, elle aussi, vérifiée par des acteurs indépendants. Et, après avoir publié des premières FDES, il se trouve qu’en mars 2021, la Base INIES a édicté une nouvelle règle interdisant l'utilisation de Mass Balance ». Elle fonde sa décision sur une interprétation des normes que les industriels du PSE contestent.

Cette approche est pourtant utilisée depuis longtemps dans d’autres filières et elle est même acceptée dans la certification du bois durable. Le recours à Mass Balance dans les nouvelles technologies pour une transition écologique et circulaire efficace, a été reconnue par plusieurs ONG de renom, telles que WWF et la Fondation Ellen Mc Arthur. » se désole Joaquim Correia. Et pour le moment, la situation semble bloquée : « C’est une décision unilatérale qui n’est pas appliquée en Allemagne par l'homologue de la Base INIES qui reconnaît cette approche pour les produits de construction. Les pouvoirs publics refusent d'en discuter. »

De fait, cette décision incompréhensible aux yeux des industriels les met en difficulté, car ils n’ont plus la possibilité de publier des FDES utilisant le principe Mass Balance. Autrement dit, leurs produits bas carbone ne sont pas reconnus. « Nous sommes extrêmement choqués par cette décision qui va à l’encontre des objectifs de la nouvelle réglementation RE2020 pour les bâtiments neufs » tempête Amaury Omnès. Celle-ci appelle en effet à une "transition progressive vers des constructions bas-carbone, misant sur la diversité des modes constructifs et la mixité des matériaux". Au-delà, rappelons la stratégie nationale bas-carbone, la politique européenne et les conférences des Nations Unies sur les changements climatiques.

Pour Joaquim Correia, « Refuser la Crédit Method Mass Balance, c’est se priver d’un outil précieux pour faire avancer les filières dans la bonne direction. Cette approche que nous défendons intéresse tous les produits de construction intégrant des matières différentes, issues du recyclage ou encore de la biomasse et qui vont en avoir besoin pour démarrer leur transition ». « Comme pour l'électricité “verte”, la méthode d'allocation stimule la demande. Le client bénéficie de produits bas carbone et “finance” l'investissement dans cette transition. C'est une condition nécessaire de développement. Mais il faut aussi une volonté politique sur les moyens et pas seulement sur les objectifs », conclut Amaury Omnès.

(1) Base de données nationale des données environnementales et sanitaires des produits et équipements de la construction
(2) Fiche de déclaration environnementale et sanitaire : elle présente les caractéristiques environnementales d’un produit de construction sur tout son cycle de vie ainsi que ses caractéristiques sanitaires.

Contenu proposé par AFIPEB

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