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Palestine, un pays à remettre en état

DIDIER ROZENGART |  le 15/09/2000  |  EnvironnementPolitique socialeTransportsTourismeInternational

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Le plus grand chantier du Moyen-Orient en phase de démarrage à Gaza

La bande de Gaza présente un concentré de l'immense chantier palestinien. La population - 1,5 million d'habitants sur 47 km2 - devrait doubler d'ici à 2010. Après l'aéroport international, ouvert il y a deux ans, le port maritime a connu le 18 juillet son premier coup de pioche, avec deux ans de retard. Une première usine de dessalement d'eau de mer est en cours de construction, et les grands projets foisonnent : lignes de chemin de fer, réseaux métropolitains, routes, usines, bureaux, ministères, hôtels, complexes touristiques.

Malgré le nouveau report de sa création - que son président, Yasser Arafat, avait annoncée pour le 13 septembre - en tant qu'Etat et les incertitudes politiques qui continuent à peser sur elle, la Palestine a d'ores et déjà engagé le grand chantier du siècle au Moyen-Orient. La France, et avec elle tous les Etats de l'Union européenne, les Etats-Unis, le Japon, les Etats d'Asie et ceux du golfe Persique, continuent à investir.

En raison de fortes suspicions de corruption au sein de l'Autorité palestinienne, la politique prévalant en matière de financement et d'aide au développement est, de plus en plus, celle de la livraison de projets clés en mains. Ainsi en est-il, par exemple, du port maritime, de Gaza financé et réalisé par la France et les Pays-Bas.

Le projet, prêt dès 1997, a été suspendu par l'ancien Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. Les deux ans de retard ont obligé les responsables du port à réviser leurs ambitions à la baisse.

Faute de crédits complémentaires, le quai a dû être réduit des deux tiers : 400 m de talus d'enrochement remplaceront la longueur manquante, soit 600 m. Le dragage, planifié à moins 12 m, ne se fera en définitive qu'à moins 10 m. Et le port maritime sera livré nu, sans adduction d'eau ni d'électricité. Du projet tel qu'il était envisagé, il n'y aura, en fait, que l'infrastructure de base.

Georges Chaumas, ingénieur conseil de la société française BCEOM, maître d'oeuvre, est dépité : « Le plus grave, c'est que là où, aujourd'hui, 15 à 20 % de crédits en plus seraient suffisants pour remettre le projet à son niveau initial, dans deux ans, lorsque les travaux seront terminés, il faudra payer le double pour obtenir la même chose. » Or, le coût global du contrat s'élève à 70,25 millions d'euros répartis comme suit : 21,4 millions de la France, 22,85 millions des Pays-Bas, 23 millions de la BEI par le truchement de la New European Investment Bank et 3 millions de l'Autorité palestinienne.

Le port nécessiterait des crédits complémentaires

« Le problème des superstructures s'annonce moins grave, tempère Georges Chaumas. L'eau et l'électricité peu- vent se rajouter par la suite. Le balisage aussi. Et l'on peut imaginer que l'exploitation du port intéresse alors une société privée qui construira ses bureaux et investira dans le matériel de manutention. » Le maître d'oeuvre continue à se battre pour trouver les financements qui permettraient, en août 2002, de livrer l'infrastructure avec ses 600 m de quai.

Le montage juridique de départ prévoit que le client cherche lui-même les financements. Ce serait donc au maître d'ouvrage, la Palestinian Seaport Authority, (département de la Palestinian National Authority), de trouver les fonds dans le cadre d'un contrat design and build , une procédure excluant les appels d'offres. La Palestinian Seaport Authority a contracté avec le néerlandais Ballast Nedam et le français SPIE Batignolles en tant qu'entrepreneurs. Réuni au sein d'une joint-venture baptisée Europea Gaza Development Group , ce groupement a contracté le consultant néerlandais Arcadis pour le design, et confié la maîtrise d'oeuvre à BCEOM.

« Sur le plan purement technique, poursuit Georges Chaumas, il n'y a pas de difficultés particulières. Pour le système de la digue, nous avons fait appel à Sogreah à Grenoble qui fait les blocs de béton spéciaux Acropode. Des blocs de 9 et 12 m3 qui pèsent de 23 à 30,5 t. L'étude réalisée en juillet sur une maquette est concluante. Le chantier est parfaitement viable et peut démarrer. »

La France au 8e rang des donateurs bilatéraux

En tenant compte des 17 % de contribution française aux actions financées par l'Union européenne ainsi que de celles versées à l'UNRWA (aide des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens), et selon les données du ministère palestinien de la Planification et de la Coopération internationale, la France se situe au huitième rang des donateurs bilatéraux. Cette position devrait progresser rapidement avec la réalisation du port de Gaza dont le blocage a gelé 19 % du montant total de l'aide française pendant trois ans.

En l'an 2000, l'aide bilatérale française pourrait atteindre 35 millions d'euros (230 millions de francs), sous l'effet cumulé des facteurs suivants : enveloppes supplémentaires accordées cette année pour le port de Gaza et soutien au secteur privé (7,5 millions d'euros, soit 50 millions de francs), projets en cours d'évaluation par l'Aide française au développement (15 millions d'euros, soit 100 millions de francs), contributions à l'UNWRA (5,2 millions d'euros, soit 34 millions de francs) et actions prévues sur fonds de coopération techniques (6,85 millions d'euros, soit 45 millions de francs). Le montant total de l'aide financière française engagée depuis 1993 en faveur des Territoires Palestiniens atteint les 117,2 millions d'euros (769 millions de francs).

Les principaux objectifs sont aujourd'hui : le port de Gaza, l'eau, l'énergie, la sécurité, l'information, l'éducation, le tourisme, le patrimoine culturel, la santé, les équipements municipaux et le soutien au privé.

En Palestine, comme partout au Moyen-Orient, l'eau est rare, donc précieuse. Placée sous le contrôle des Israéliens, la nappe phréatique dans la bande de Gaza se situe à quelque 700 m de profondeur. Si le forage de puits de faible profondeur ne pose pas de problèmes, descendre si bas nécessite un matériel particulier que les Israéliens n'autorisent pas encore à importer. Restent les puits dits «de surface » (profonds de 25 à 75 m), peu fiables dans le temps. Très vite envahis par l'eau de mer, ils se polluent rapidement.

L'eau, une source d'autonomie capitale

Israël s'est donc engagé à pourvoir en eau la bande de Gaza. Mais les infrastructures de réception sont peu élaborées et mal gérées. Résultat : une part de la population manque encore d'eau. Plus grave : certains puits, notamment dans les camps de réfugiés, sont bien en dessous des normes sanitaires de l'OMS.

Trente pour cent des financements sur protocoles apportés par la France sont donc consacrés à l'eau. Les projets concernent la ressource (forage de nouveaux puits, usine de dessalement), la distribution (réhabilitation du réseau en Cisjordanie), l'assainissement (trois études sont en cours à Gaza), ainsi qu'une assistance technique à l'Autorité palestinienne de l'eau. Les majors français du secteur (SuezLyonnaise des eaux et Vivendi) ont remporté chacune un contrat d'assistance technique à l'Autorité palestinienne de l'eau, financé par la Banque mondiale, pour la gestion des services d'eau à Gaza d'une part, à Hébron et Bethléem d'autre part.

Un dollar le mètre cube d'eau potable

Au nord de Gaza, à hauteur du camp de Chati, se construit la première usine de dessalement d'eau de mer. Un projet financé entièrement par la France et réalisé par Degrémont. Georges Jacot, responsable de l'exécution du projet à Gaza, pense apporter là une solution d'avenir. « On peut bien sûr considérer que le mètre cube d'eau potable à 1 dollar, c'est cher. Mais dans un pays où l'on importe l'eau de Grèce à un quart de dollar le litre embouteillé, l'eau de mer dessalée reste très abordable. » Le chantier va bon train : fin 2001, l'usine devrait produire près de 1000 m3 d'eau potable par jour. Deux autres usines sont déjà prévues à court terme, l'une financée par les Etats-Unis, l'autre par l'Autriche.

Par ailleurs, 15 puits de faible profondeur ont été mis en place dans la bande de Gaza, également réalisés par Degrémont. Mais l'infrastructure mise en place par les Palestiniens pour la maintenance des puits et des pompes reste insuffisante, ce qui amène des pannes et réduit la longévité des installations. Les puits qui portent tous des noms de villes françaises sont déjà en triste état, après à peine quelques années de fonctionnement.

PHOTOS : Le chantier de la première usine de dessalement d'eau de mer a démarré au nord de Gaza, financé par la France.

L'aéroport international de Gaza, l'un des premiers grands chantiers, a été inauguré il y a deux ans.

MAQUETTE : Une maquette de la digue du futur port de Gaza. Les blocs de béton spéciaux Acropode seront fournis par Sogreah.

Les principaux projets aidés par la France

Le projet de réhabilitation de l'ancien Trans-Orient Express s'est engagé depuis 1995 sous l'égide de la France. Le début du chantier devrait suivre de peu la proclamation de l'Etat palestinien. Cette ligne devrait raccorder le réseau ferroviaire israélien au réseau égyptien en traversant la bande de Gaza du nord au sud et en se rattachant à un réseau métropolitain à hauteur de Gaza.

En plus du port de Gaza et de l'eau, l'aide française sur protocole intervient aussi dans les secteurs suivants :

Infrastructures municipales : 3,5 millions d'euros (23 millions de francs) pour les feux de circulation et l'éclairage des rues dans 7 municipalités.

Télécommunications : 3 millions d'euros (20 millions de francs) pour des télécommunications mobiles pour la police et des équipements pour la télévision, dont des liaisons hertziennes.

Santé : 2 millions d'euros (12,5 millions de francs) répartis dans 7 hôpitaux.

Mais c'est dans le secteur privé que l'aide française est la plus originale. Elle cherche à mobiliser l'épargne locale vers des projets créateurs d'emplois. Elle a déjà permis de cofinancer 24 projets pour environ 36 millions d'euros (260 millions de francs) dans l'agroalimentaire, la presse, l'hôtellerie-restauration, les équipements médicaux, le BTP et la chimie. Les investissements réalisés sont six fois supérieurs aux financements français engagés.

Subventions au secteur privé, mode d'emploi

En Palestine, les projets du secteur privé peuvent bénéficier, grâce à la France, de subventions égales à 30 % de l'investissement global. Ces dons, qui s'inscrivent dans le cadre des protocoles franco-palestiniens, sont soumis à différentes conditions.

Ils s'adressent d'abord et essentiellement aux entreprises palestiniennes ou aux créateurs d'entreprises en Palestine, qu'ils soient Français ou Palestiniens. Ils doivent impérativement passer par l'acquisition de matériel français ou faire appel à des entreprises françaises. Pour pouvoir bénéficier de la subvention, il faut apporter au moins 30 % du financement et soumettre une demande de prêt de 40 % du montant total à une banque palestinienne. Cette demande fera alors l'objet d'une double étude : par la banque palestinienne d'un côté, et par le Poste d'expansion économique (PEE) de l'Ambassade de France à Jérusalem. Si le projet est accepté par les deux entités, le solde du financement, soit 30 % du montant global du projet, sera offert par la France au titre des subventions de protocole accordées au soutien du secteur privé en Palestine.

Pour plus de renseignements concernant les subventions au secteur privé : Frank Sécula, conseiller commercial du PEE à Jérusalem , tél : 00.972.2.582.89.95.

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