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Odile Decq, la liberté revendiquée
L'architecte Odile Decq - © © Mazen Saggar-Louis Vuitton

Odile Decq, la liberté revendiquée

Marie-Douce Albert |  le 09/09/2010  |  Ille-et-VilaineParisFrance entièreEurope

On n'avait guère vu Odile Decq depuis dix ans. "Dix ans de galère", dit-elle sans détour. L'architecte ne s'embarrasse pas de formules et, alors qu'elle a inauguré en juin à Rome l'extension du musée d'art contemporain (Macro), elle s'estime libre de "parler fort".

"La liberté se gagne chèrement. Alors il n'est pas question qu'on nous en prive ne serait-ce que d'une petite partie", dit Odile Decq. De toute façon, on imagine mal l'architecte plier devant l'avis général et suivre, par exemple... au hasard... les diktats de la mode. Car si le costume noir est souvent l'uniforme de la profession, Odile Decq cultive un total look détonnant : œil maquillé charbon et cheveu ébouriffé corbeau. Une allure un peu punk, un peu gothique que n'aurait pas reniée Robert Smith, le chanteur des Cure. Claude Parent, qui est un ami, vend la mèche : Odile Decq, autrefois, a été blonde platine. Mais le père de l'oblique écrit surtout que "sous cette parure aux éclats redoutables", il y a beaucoup de "douceur" (*). On le croit.

"Insupportable rebelle"

Cependant, elle aussi, on la croit, quand elle dit que, née en 1955 troisième d'une fratrie de sept enfants, elle était "la plus insupportable rebelle" malgré son éducation de jeune fille de bonne famille de Laval. Du genre à se faire virer des scouts à 12 ans. Ou encore à quitter la maison à 18 ans pour faire ses études. "J'aurais voulu faire les Arts déco, mais ça voulait dire Paris et là mes parents ont refusé, craignant ma perte", raconte-t-elle. Ce fut donc histoire de l'art à Rennes. C'est là qu'elle a rencontré Benoît Cornette. Il venait suivre les cours d'histoire de l'architecture en parallèle des études de médecine dont son père avait rêvé pour lui. L'architecture a attiré aussi Odile Decq et elle est partie à Paris deux ans plus tard, rejoindre "le grand capharnaüm" des Beaux-arts.
"On était dans la suite de 68. Du coup, sur quatre ans d'études, j'ai dû faire trois ans de grève, se souvient-elle. Mais cette époque a fabriqué une génération de gens capables de se débrouiller tels Perrault, Gazeau, etc." Egalement formée à l'urbanisme, elle a ouvert son agence en 1978 ; tandis que Benoît Cornette, qui venait de finir médecine, reprenait tout depuis le début pour enfin devenir l'architecte qu'il voulait être. En 1985, "l'agence est devenue notre agence".

"Le devoir de ne pas me taire"

Les "inséparables", comme les décrira encore Claude Parent, ont été Albums de la jeune architecture en 86, Lion d'or à Venise dix ans plus tard. Ils sont de ceux qui se sont aventurés à l'étranger. "Nous n'avons pas suivi les chemins normaux en France. On nous a taxés de 'high-tech', de déconstructivistes. Nous étions surtout soucieux du détail", explique Odile Decq. En 1998, Benoît Cornette disparaissait dans un accident. Odile Decq poursuit la tâche en solo. Mais l'agence porte toujours leurs quatre initiales: ODBC et l'architecte, d'ailleurs, ne dit que rarement "Je". En 2001, elle est retenue pour l'extension du Macro, le musée d'Art contemporain de Rome qui a été inauguré en juin de cette année. Entre temps, on ne l'a pas beaucoup vue. Elle confirme : "Je n'avais pas fini un bâtiment depuis 2000, à part de petites choses. Cela a été dix ans de galère."
Non pas qu'elle soit nostalgique ou dépitée. "Je suis assez contente d'être là où je suis", dit-elle. Mais elle reconnaît aussi que sa génération de jeunes architectes dégourdis n'a pas fait que du bien à la discipline. "Avec le lancement du système des concours, nous avons bénéficié d'une large ouverture du territoire de la commande. Mais ensuite, cette génération s'est constituée en caste pour barrer la routes aux suivants." Alors puisque le système est "dévoyé", Odile Decq a décidé qu'elle allait "parler fort. Plus qu'avant. Je suis directeur d'école (NDLR : l'ESA à Paris) et j'ai le devoir de ne pas me taire. Il faut se battre aujourd'hui pour des concours réellement ouverts." Si cela doit en arrêter certains, peut-être leur fera-t-elle le même genre de réponse qu'à ceux qui tiquent devant sa silhouette noire : "Si vous êtes arrêtés par mon look, de toute façon vous serez arrêtés par mes projets".

(*) "Portraits (impressionnistes et véridiques) d'architectes", par Claude Parent, éditions Norma, 2005. Pour commander le livre, rendez-vous sur www.librairiedumoniteur.com

www.odbc-paris.com

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