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Jean-François Marty, président de l'Union des entreprises de génie climatique et énergétique. - © © FFB

"Nous voulons aider nos adhérents à choisir le métier qu'ils exerceront demain", Jean-François Marty, président de l'Union des entreprises de génie climatique et énergétique (UECF-FFB)

Propos recueillis par Florent Lacas |  le 11/10/2012  |  uecf2012EquipementPerformance énergétiqueHaute-SavoieFrance entière

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L'Union des entreprises de génie climatique et énergétique (UECF-FFB) tient son congrès les 11 et 12 octobre, à Annecy. L'occasion pour Jean-François Marty, son président, de détailler les préoccupations de sa profession, au premier rang desquelles le marché trop hésitant de la rénovation énergétique.

Comment qualifiez-vous la conjoncture économique pour les entreprises de génie climatique et énergétique ?

La conjoncture économique n’est pas très bonne. Nos entreprises sont inquiètes, surtout celles qui travaillent dans le neuf et pour le secteur public. En 2013, la situation risque d’empirer sur ce front, car notre activité suit la tendance du BTP en général. Et les perspectives pour l’année prochaine sont plutôt mauvaises dans la construction neuve. Dans quelle mesure cela va susciter des faillites au sein de nos troupes ? C’est difficile à dire.

Comment  se porte l’activité dans l’entretien-rénovation ?

Nous avons là, par contre, une très bonne source d’activité. Le marché, en 2012, restera à peu près stable. Les matériels (chauffe-eaux, chaudières…) vieillissent et nécessitent d’être remplacés, ce qui nous assure un réservoir constant d’activité. Par contre, au sein de l’entretien-rénovation, nous sommes pessimistes sur le marché de la rénovation énergétique.

Pour quelles raisons ?

Trois raisons : la stagnation de l’économie française, l’inquiétude des clients dans le contexte de crise et la relative disponibilité de l’énergie à un prix assez stable. Tout cela ne génère pas de grosse envie de moderniser son installation… Nous nous situons davantage dans une situation d’optimisation des installations existantes plutôt que de développement  de techniques utilisant les énergies renouvelables (ENR). Ces observations rejoignent les conclusions de notre étude prospective « Perspectives énergétiques et systèmes de chauffage 2030 ». L’UECF et la FFIE l’avaient commandée en 2009 à l’Observatoire national des travaux et services liés au BTP (ONTSBTP). Nous présenterons sa deuxième phase de résultats lors de notre congrès, le 12 octobre à Annecy.

En quoi consiste cette deuxième phase ?

La première phase, délivrée en 2010, concluait qu’il fallait une croissance économique annuelle, en France, de 1,8 % et un baril de pétrole à 150$ pour atteindre les objectifs de rénovation énergétique du Grenelle. La deuxième phase s’appuie sur trois autres variables : le prix des différentes sources d’énergie, leur disponibilité et le comportement des usagers. Nous débouchons ainsi sur trois scénarios possibles, dont aucun ne permet de réaliser pleinement les objectifs.

Aujourd’hui, dans quel scénario nous situons-nous ?

Nous sommes dans une tendance négative, avec une croissance molle, un baril de pétrole aux alentours de 110$ et des aides fiscales trop faibles. Rester dans cette optique nous amènerait à ne remplir que 40 à 50 % des objectifs de rénovation énergétique d’ici 2020. Pour rester positifs, nous avons toutefois imaginé un scénario idéal qui permettrait de réaliser la transition énergétique, mais à horizon 2050.

Quel est ce « scénario idéal » ?

En plus des données exogènes que nous avons évoquées (croissance économique, prix et disponibilité de l’énergie…), une vraie politique d’incitation fiscale aux travaux d’économie d’énergie nous paraît indispensable. Nous sommes d’ailleurs satisfaits que notre congrès du 12 octobre tombe juste à la suite de la conférence environnementale des 14 et 15 septembre, au moment où se tiennent les discussions concernant les moyens de dynamiser le marché de la rénovation énergétique.

Êtes-vous satisfait des premiers objectifs fixés par le gouvernement en termes de rénovation énergétique (500 000 par an) ?

Pour l’instant, ce ne sont que des mots. Encore une fois, le prix du baril de pétrole est relativement bas et pourrait encore baisser. Alors que de son côté l’État n’a que peu de sources de financement ! Pour ce qui est de la rénovation énergétique des HLM, on peut supposer que tous les moyens de financements dont disposent les pouvoirs publics seront mis en œuvre. Mais qui financera la rénovation des millions de maisons individuelles ? Le but de cette étude prospective n’est pas de donner des leçons à qui que ce soit mais de constater et d’informer nos adhérents pour qu’ils puissent décider du métier qu’ils feront demain.

Justement, que conseillez-vous à vos adhérents dans ce contexte peu encourageant ?

Nous avons décidé de ne rien leur conseiller, mais plutôt de les écouter. Lors de notre congrès, un débat suivra l’exposé de l’étude de l’ONTSBTP. C’est à eux de nous dire s’ils prévoient le maintien des technologies en place dans les installations à rénover ou un passage vers des technologies incluant les énergies renouvelables. Leurs réponses nous permettront, à l’UECF, de nous organiser pour répondre à leurs besoins de formations, d’information et de veille.

Sur quels sujets pensez-vous que vos entreprises devront se perfectionner ?

Il est probable que le gros du marché de demain soit l’optimisation des installations existantes sans changement technologique. Ce type de prestations ne coûte pas trop cher pour le client et permet de réaliser des gains énergétiques. Nous devrons donc approfondir ce sujet. Les entreprises doivent intégrer le fait que si le marché n’est pas porteur d’une révolution énergétique, seules 10 à 15 % des installations seront concernées par des changements technologiques radicaux. Ils devront donc trouver des solutions intermédiaires pour leurs clients, faire du cas par cas, se montrer attentifs à leurs besoins et leur contrainte budgétaire.

C’est pourquoi, lors de votre congrès 2011, vous aviez insisté sur le thème de la maintenance ?

La maintenance est un service indispensable à rendre au client. Non seulement sur le plan de la gestion technique des installations, puisque les particuliers ont tendance à laisser leur matériel se dégrader ou se dérégler. Mais aussi pour conserver un contact régulier avec eux. Une relation suivie peut permettre à l’entrepreneur d’échanger avec ses clients sur les économies qu’ils pourraient réaliser en lançant des travaux de rénovation énergétique.

Le label « Reconnu Grenelle de l’environnement » tend à valoriser la compétence, en matière d’efficacité énergétique, d’une entreprise. Vous réjouissez-vous de sa création ?

L’aspect positif du label « Reconnu Grenelle de l’environnement », c’est d’obliger les entreprises à s’interroger sur leurs compétences, et se décider à s’engager volontairement dans l’amélioration énergétique. Mais ce label a aussi, selon moi, un aspect négatif : il vise à restreindre l’offre et, ce faisant, il risque de réduire le marché. Si l’on divise par deux le nombre d’entreprises capables de porter une offre écologique, nous risquons d’avoir deux fois moins de chalands et deux fois moins de bruit autour de cette offre. Cela dit, nous sommes conscients de l’importance de la notion de qualité des travaux pour laquelle milite le label « Reconnu Grenelle de l’environnement » : c’est aussi par la qualité que nous aurons le développement.

Est-ce pour améliorer la qualité des prestations des chauffagistes que l’UECF a fait réaliser une enquête, début 2012, sur les différentes pathologies des pompes à chaleur ?

Oui. Chaque contreperformance attachée à l’une de nos solutions, c’est dix clients de perdus pour dix ans. Cela vaut pour les PAC, mais également pour les autres technologies ENR. Vu l’état du marché, nous devons diminuer au maximum la marge d’erreurs techniques ou de malfonctions. Les industriels font d’ailleurs beaucoup d’efforts pour fournir des produits de meilleure qualité.

Les entreprises de génie climatique utilisent-elles massivement les certificats d’économie d’énergie (CEE) ?

Nos adhérents commencent à très bien maîtriser ce dispositif. Les certificats d’économie d’énergie sont même le seul support vraiment valable comme levier de développement. L’UECF avait mis en place un dispositif d’aide à l’accès aux CEE pour les PME. Il est vrai que c’était un outil, au départ, un peu compliqué à utiliser pour elles. Mais aujourd’hui, la plupart ont compris qu’il était indispensable. Si on le supprimait, certaines entreprises de génie climatique et énergétique perdraient des millions d’euros.

Votre congrès sera également l’occasion de réfléchir sur le contrat de performance énergétique et surtout la garantie de résultats à fournir au client...

C’est en effet un point essentiel qui reste en suspens : comment les clients pourront-ils avoir une garantie de résultats en termes d’efficacité énergétique ? Les majors peuvent leur assurer cette garantie. Mais pas les PME, qui s’en tiennent aux engagements verbaux. Or, dans un contexte où la première raison d’investir, chez les particuliers, est de bénéficier d’un retour sur investissement (la motivation écologique vient loin derrière), proposer une garantie de résultats est indispensable. Si un client a tablé sur un retour sur investissement de 500 euros par an, il doit les avoir.

Avez-vous déjà mis en place un outil pour aider les PME à fournir cette garantie ?

Nous avons développé un produit avec un courtier d’assurance, limité à deux ou trois actions très simples d’amélioration des installations de chauffage. C’est un bon début, mais cela reste insuffisant. A terme, nous souhaitons que tous les assureurs développent des solutions de ce type, et ceci pour toutes les actions d’amélioration énergétique que nous proposons. Cela sera assez compliqué à réaliser, mais je suis optimiste. La filière commence à prendre conscience que nous avons là une clé.

Votre prochain éditorial dans votre revue « UECF Info » concerne les contraintes pesant sur les entreprises en termes de formation des salariés. C’est un problème qui va s’aggravant ?

Certaines de ces formations sont totalement inutiles et coûtent une fortune aux entreprises en termes de chiffre d’affaires non réalisé. Je vous donne un exemple : un plombier intervient chez un particulier pour remplacer un chauffe-eau électrique. Eh bien il aura besoin d’une habilitation électrique pour ne serait-ce qu’éteindre ce chauffe-eau. C’est aberrant. À peine recrutés par nos entreprises, nos jeunes salariés qui ont un CAP ou un BEP en électrotechnique doivent retourner en formation pour acquérir des savoirs qu’ils ont déjà. Car leur cursus ne leur a même pas donné d’habilitation électrique ! Et au final, s’il y a un problème, la responsabilité retombera sur l’employeur qui donne l’habilitation et a la responsabilité de former ses troupes.

La réglementation sur l’amiante a été également durcie cette année…

Il est normal que nous envoyions une fois nos salariés en formation sur l’amiante. Il faut tenir compte de ce risque. Mais demander un rappel tous les trois ans, comme le fait le décret de février 2012, c’est de l’abus ! Je crains que nous soyons victimes d’un lobbying. Et que dire des maîtres d’ouvrage qui ne désamiantent pas ?

Comment comptez-vous rassurer vos adhérents, lors de votre congrès, dans ce contexte délicat à plusieurs égards ?

Les gens ne supportent pas le froid. Les chauffer est un métier essentiel et vital. Sachons associer avec prudence ENR et chauffage traditionnel. Nous sommes maîtres du conseil.

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