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« Nous soutiendrons plus de petits projets »

Propos recueillis par Jessica Ibelaïdene, Barbara Kiraly et Fabien Renou |  le 08/06/2018  |  Alpes-MaritimesDoubsParisInternational

Eric Lombard,directeur général de la Caisse des dépôts -

Avec la Banque des territoires, la CDC décentralise sa prise de décision, renforce son maillage et promet une réponse rapide.

La Banque des territoires, lancée le 30 mai, est l'un de vos premiers grands chantiers. Quels en sont les objectifs ?

La Caisse des dépôts (CDC) est un établissement qui apparaît comme mystérieux pour le public, les hommes politiques, et les collectivités locales. Or, si nous voulons lutter efficacement contre la fracture territoriale, nous devons être mieux compris et plus lisibles, avec un point d'entrée simple. Nos clients élus doivent pouvoir nous trouver plus facilement et savoir qu'ils auront un interlocuteur pour bénéficier de nos savoir-faire et de nos qualités techniques.

Est-ce un projet marketing ou une restructuration ?

La Banque des territoires est une marque, et une promesse : apporter non pas un accord mais une réponse sous cinq jours. C'est aussi un projet managérial, interne donc, mais qui n'induit pas la création d'une structure. Un patron unique, Olivier Sichel, prend la tête de cette entité qui regroupe la direction des prêts à l'habitat, celle des investissements, celle des clientèles bancaires, et le réseau régional, ainsi que deux opérateurs, la Scet et CDC Habitat.

En interne comme en externe, certains s'inquiètent des prémices d'un démantèlement de la CDC…

Certains craignent en effet que la Banque des territoires soit un nouveau Crédit local de France [qui a fusionné avec le Crédit communal de Belgique pour créer Dexia, NDLR]. Ce n'est évidemment pas le cas, pour une raison simple : nous ne sommes pas dans le domaine concurrentiel mais dans notre mandat d'intérêt général. Nous ne créons pas une banque d'investissement ou de place, il y en a assez sur le marché.

N'est-ce pas un moyen de drainer de l'activité vers la Scet et CDC Habitat, qui évoluent dans le champ concurrentiel ?

Au sein de la CDC, nous avons une muraille de Chine qui traverse cette nouvelle organisation. Les informations entre les directions ne sont pas partagées et ne fuitent pas. Par ailleurs, nous accordons des prêts à tous les organismes de logement social (OLS), et cela, aux mêmes conditions. Nous nous portons garants de ce traitement égalitaire qui n'est pas négociable. Les deux opérateurs au sein de la Banque des territoires sont présents dans la boîte à outils mais optionnels : les clients choisissent ou non de faire appel à leurs services.

Lors du lancement, vous évoquiez la volonté de mieux mailler le territoire. Comment y parvenir ?

Nous développerons deux axes. Tout d'abord, nous donnerons des délégations aux directions régionales concernant l'investissement en capital, comme c'est déjà le cas pour le financement des collectivités locales. A terme, la moitié des décisions d'investissement seront directement prises sur le terrain et non plus à Paris. Nous espérons ainsi soutenir davantage de petits projets. Ensuite, nous modifierons les objectifs chiffrés.

« Les activités de financement aux collectivités baissent et laissent plus de marge de manœuvre pour les bailleurs sociaux. »

Aujourd'hui, ils sont exprimés en montant. Je souhaite qu'ils le soient aussi en nombre de projets. Les chantiers les plus importants permettent de générer le volume et d'apporter les revenus dont nous avons besoin pour trouver l'équilibre avec les projets plus modestes, moins rentables, mais nécessaires. Nous finançons aussi bien le CDG Express qu'un bus en site propre à Antibes (Alpes-Maritimes) pour 65 M€, ou qu'une centrale biomasse et gazéification des déchets du BTP à Villers-sous-Montrond (Doubs).

En tant que prêteur et investisseur, pouvez-vous être réellement désintéressé par la rentabilité d'un projet ?

Il est évidemment nécessaire d'être rentable au global, car nous devons rémunérer les déposants du livret A et protéger notre capital, pour qu'il puisse augmenter au moins autant que l'inflation et que la croissance. Aussi, nous recherchons une rentabilité d'au moins 4 %, répartie entre des activités concurrentielles comme la gestion d'actifs ou des participations sur le long terme, le volet retraite et solidarité, et la Banque des territoires. De façon générale, le coût de notre capital est plus faible. Nous pouvons donc nous positionner sur des projets utiles, mais plus risqués, avec un retour sur investissement plus long, et peu attractifs pour les établissements privés. Même si la tentation est grande, et la décision difficile à expliquer aux équipes, nous n'avons pas vocation à soutenir des projets facilement finançables par le privé.

En 2017, les collectivités locales ont moins fait appel à vous. Pour quelle raison ?

Les banques privées reviennent dans le secteur public local et c'est une bonne nouvelle. Nous constatons qu'elles se positionnent sur des prêts jusqu'à vingt ans. En conséquence, notre activité de financement aux collectivités locales baisse (1 Md € de moins en 2017 par rapport à 2016), ce qui nous laisse davantage de marges de manœuvre pour financer le logement social, là où le secteur privé ne se précipite pas.

D'ailleurs, près de 16 Mds € de prêts aux bailleurs sociaux seront rallongés. Certains soulignent que cette opération sécurise les prêts émis par la CDC. Est-ce un succès ?

Sur 30 Mds € d'encours éligibles, 24 Mds € ont fait l'objet d'une étude et 16 Mds € ont effectivement été rallongés de cinq à dix ans. En trois mois, cela représente trois années de travail. Nous sommes donc satisfaits. Cette mesure n'a pas été proposée pour sécuriser les intérêts du fonds d'épargne mais pour aider les bailleurs sociaux à passer le cap de la réduction de loyer de solidarité [accompagnant la baisse des APL, NDLR].

Comment se déploie le « plan logement » de 10 Mds € ?

La deuxième vague de prêts de haut de bilan bonifiés (PHBB) a été lancée le 5 juin dernier et sera distribuée en plusieurs tranches, dont 700 M€ pour 2018. Si la première vague de PHBB devait aider les OLS à accélérer leur production, l'enjeu aujourd'hui consiste à soutenir la construction, et 80 % de l'enveloppe y seront consacrés. Le reste permettra de soutenir la rénovation énergétique du parc social. D'ailleurs, dans l'enveloppe de 4 Mds € de prêts à taux fixes, 1 Md € seront dédiés à la réhabilitation thermique. Cette nouvelle offre sera présentée courant juin. Les prêts seront accordés en fonction de deux barèmes. Le premier, plus favorable, permettra de flécher l'enveloppe vers les projets de rénovation thermique qui remplissent les critères de l'éco-prêt à taux zéro.

Le second sera appliqué à toutes les autres opérations de rénovation. L'enveloppe de 3 Mds € dédiés à l'avance de trésorerie sera également débloquée en juin. Et enfin, 1 Md € de fonds propres seront disponibles dès juillet pour soutenir la construction et aider les bailleurs sociaux engagés dans un mouvement de consolidation.

Le chef du gouvernement et deux ministres ont assisté au lancement de la Banque des territoires. La CDC est-elle indépendante ?

Pierre-Antoine Berryer [1790-1868] disait : « La Caisse des dépôts ne fait rien que le gouvernement désapprouve mais elle ne fait pas tout ce qu'il demande. » L'indépendance n'est pas tellement en question ; la Caisse des dépôts est une institution publique, qui soutient les politiques lancées par le gouvernement, sous la protection du Parlement.

Mais cela pourrait changer dans le cadre de la loi Pacte…

Le texte envoyé en Conseil d'Etat me convient car il respecte l'autonomie de la Caisse des dépôts sans modifier l'esprit de la gouvernance. La majorité des membres de la commission de surveillance continuera d'être nommée par le Parlement.

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20 Mds € pour la Banque des territoires

L'enveloppe se répartit comme suit :

17 Mds € de prêts pour les HLM (soit 2 Mds € de plus qu'en 2017) ;

1,5 Md € de financement aux collectivités par les fonds d'épargne déjà décentralisés (contre 1,9 Md € en 2017) ;

1,5 Md € d'investissement en capital (contre 750 M€ en 2017).

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