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« Nous percevons une réelle volonté de voir émerger la ville durable à la française », Valérie David, Eiffage
Valérie David, directrice du développement durable et de l'innovation transverse du groupe Eiffage. - © © Eiffage

« Nous percevons une réelle volonté de voir émerger la ville durable à la française », Valérie David, Eiffage

Propos recueillis par Jessica Ibelaïdene |  le 22/02/2018  |  SantéTechniqueEnvironnementInnovationBouches-du-Rhône

Dans la course à la smart city, les candidats ne manquent pas pour porter les projets. Le BTP, majors en tête, ne fait pas exception et compte sur son expérience pour faire la différence dans les appels d'offres. Eiffage, qui préfère l'expression ville durable à celle de smart city, a déjà bâti un démonstrateur à Marseille et est à la manœuvre sur d'autres projets, comme nous l'explique Valérie David, directrice du développement durable et de l'innovation transverse du groupe. Avec une stratégie alliant vision systémique, partenariat, et innovation.

Comment le groupe Eiffage définit-il la smart city ?

Valérie David. Nous préférons parler de ville durable plutôt que de smart city, car le numérique n’est qu’un des piliers. Une ville est dite durable lorsqu’elle joue la sobriété et l’efficacité dans l’usage des ressources, en particulier énergétiques, mais pas seulement. Elle est aussi durable d’un point de vue systémique. Il est nécessaire d’adopter une vision globale pour être efficace. Or, sur des marchés très allotis, avec différents propriétaires et entreteneurs, il est parfois difficile de trouver les seuils critiques, les synergies entre les différentes solutions, les solidarités énergétiques entre le neuf et le rénové… Nous pouvons construire le bâtiment le plus sobre et efficace possible, si le projet ne prend pas en compte son insertion et sa contribution à l’environnement urbain, nous passerons à coup sûr à côté de l’objectif.

Quelle filiale pilote ces dossiers au sein du groupe ?

V.D. C’est justement pour plus de cohérence et de clarté sur ce sujet protéiforme que Benoît de Ruffray a décidé qu’Eiffage Aménagement porterait l’offre ville durable pour tout le groupe. L’avantage : cette filiale a toujours eu une vision systémique, pratique l’interface avec de nombreuses parties prenantes externes,  et dispose du catalogue de solutions de toutes nos entités. L’objectif est de multiplier par deux le chiffre d’affaires d’Eiffage Aménagement en trois ans, notamment grâce à cette offre globale.

Pourquoi le BTP et notamment les majors sont-ils des porteurs de projet « naturels » pour la ville durable ?

V.D. Les grands groupes sont capables de faire du « project management », d’opérer un travail d’orchestration. Il faut un chef d’orchestre pour créer l’interface entre les collectivités locales, les investisseurs d’un projet, et « le club industriel ».

Qui compose ce « club industriel » ?

V.D. Nous travaillons avec toutes sortes d’entités, des grands groupes comme des entreprises plus modestes. Grâce aux projets que nous menons, les start-up ou PME dont nous nous entourons bénéficient d’un terrain d’expérimentation et acquièrent de la visibilité. Quand nous avons commencé à collaborer avec Zenpark – qui propose une solution de gestion de parking mutualisé - sur Smartseille, l’entreprise était peu connue. Elle est désormais présente dans 200 villes en Europe. La multiplicité des acteurs en innovation, en maîtrise d’œuvre ou sur d’autres sujets nous plaît, nous rend plus agiles et efficaces. D’autant plus qu’une entreprise seule ne peut avoir toutes les clés de l’innovation et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable.

Comment abordez-vous cette question de l’innovation et le travail avec les start-up ?

V.D. Nous ne bâtissons pas notre stratégie à partir de l’innovation mais à partir de la demande du client. Les solutions innovantes ne doivent pas boucher des trous : elles apportent une brique supplémentaire qui doit être cohérente avec notre stratégie globale et différencier notre offre. Nous prenons garde à l’effet de mode start-up. Toutes les innovations n’en sont pas issues, comme elles ne naissent pas toutes dans les grands groupes. Nous devons être plus agiles et apprendre que le « zéro échec » n’existe pas en matière d’innovation. Nous n’avons pas cette culture en France mais si nous n’acceptons pas qu’une idée qui semble géniale sur le papier ne fonctionne pas en réalité, nous ne pouvons pas travailler utilement avec des start-up.

Les porteurs de projet évoquent régulièrement les obstacles réglementaires auxquels ils sont confrontés. Quels outils vous semblent répondre, au moins en partie, à ces difficultés ?

V.D. Nous avions listé tous les freins rencontrés sur Smartseille notamment, car nous avons effectivement été confrontés à plusieurs reprises à la possibilité de mettre en place techniquement des dispositifs, mais il était impossible de les réaliser juridiquement. Ce projet a été désigné Démonstrateur industriel de la ville durable (DIVD), un label attribué à des dossiers innovants permettant de prouver la faisabilité de solutions utiles à l’intérêt général et bénéficiant de la bienveillance de la puissance publique. Mais nous n’avons jamais obtenu de dérogation lorsque nous en demandions.

Malgré tout, nous nous sentons plus soutenus par l’Etat depuis quelques mois. Pendant longtemps, nous n’avions pas de statut juridique pour bâtir la ville durable. C’est désormais le cas avec les Semop d’aménagement urbain, dont la gouvernance permet la co-construction d’un objet unique. En créant cet outil, le législateur a fait preuve de clairvoyance. Nous inaugurons la première application à de l’aménagement urbain à Châtenay-Malabry, dans le cadre de la construction d’un écoquartier. Eiffage aménagement participe à hauteur de 50%, la ville et la Caisse des dépôts complètent. Comme il s’agit d’une première, nous essuierons forcément quelques plâtres. Autre avancée : en décembre, un décret a ouvert la possibilité aux préfets d’octroyer des dérogations aux normes réglementaires lorsque l’intérêt général le justifie. Nous percevons une réelle volonté de faire de la part de l’Etat, pour voir émerger véritablement la ville durable à la française.

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