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« Nous devons poursuivre notre révolution digitale »
PHOTO - 13503_822301_k2_k1_1935250.jpg - © BRUNO LEVY / LE MONITEUR

« Nous devons poursuivre notre révolution digitale »

Propos recueillis par Adrien Pouthier |  le 15/06/2018  |  InternationalFrance entièreEuropesaint gobain

Politique d'acquisitions, dialogue avec le client final… Le P-DG de Saint-Gobain fait le point sur les défis à relever. Pierre-André de Chalendar, P-DG de Saint-Gobain.

Vous avez été réélu pour un troisième mandat lors de l'assemblée générale du 7 juin dernier.

Qu'est-ce qui vous motive ?

J'ai rejoint le groupe Saint-Gobain il y a presque trente ans et j'y suis d'abord très attaché. La crise économique et financière de 2008 a eu par ailleurs un impact important sur son activité. Il a depuis démontré, et c'est particulièrement vrai en 2017, qu'il était bien reparti. Et ce, même sur ses principaux marchés européens, y compris la France qui pour la première fois a crû autant voire plus que ses voisins. Aujourd'hui, nos perspectives sont bonnes. Saint-Gobain est reparti avec une vision offensive. Il y a beaucoup de choses à construire et si je peux continuer à y participer, je suis prêt à le faire.

Quels seront les défis de ce mandat ?

Nous devons poursuivre notre révolution digitale.

C'est devenu une priorité alors qu'il y a encore quelques années, la place du numérique était moins prégnante que dans d'autres secteurs. Le deuxième challenge consiste à accompagner l'évolution du monde dans sa transition énergétique en apportant des matériaux et des solutions durables dans leur conception afin de diminuer les émissions . Cela représente de très nombreuses opportunités pour Saint-Gobain.

« Maintenant que le montant à consacrer à Sika est clarifié, nous pourrons accélérer sur les petites et moyennes acquisitions. »

Vous n'allez pas prendre le contrôle total du spécialiste suisse de l'étanchéité Sika. Vous en détiendrez 10,75 % et en deviendrez le premier actionnaire. Pourquoi avoir signé cet accord, après trois ans de bras de fer ?

C'est d'abord un très bon accord sur le plan financier pour Saint-Gobain. Ensuite, il lève un certain nombre d'incertitudes juridiques qui étaient allées croissantes. Et il est positif sur le plan stratégique pour deux raisons. Premièrement, parce qu'il ouvre la porte à un large champ de coopérations.

Certes, il va d'abord falloir « cicatriser » quelques blessures.

Mais les possibilités objectives sont importantes et nous allons pouvoir en matérialiser un certain nombre dans les ventes ou encore l'innovation. Deuxièmement, maintenant que le montant à consacrer à Sika est clarifié, nous pourrons accélérer sur d'autres initiatives stratégiques, dont les petites et moyennes acquisitions. Nous avions défini l'année dernière une enveloppe de 500 M€ par an.

Nous avons déjà réalisé 300 M€ d'acquisitions au premier trimestre de cette année. Nous allons continuer.

Quel profil d'entreprise visez-vous ?

J'ai trois priorités. La consolidation dans nos marchés en est une. Et quand les opportunités se présentent, nous les saisissons. Ce fut le cas l'année dernière avec le rachat de Glava, leader norvégien de l'isolation. C'était le seul pays d'Europe où nous n'étions pas directement présents mais où nous avions accordé une licence. Des pistes intéressantes existent aussi dans le secteur de la distribution. Ma deuxième priorité consiste à acquérir des technologies adjacentes à nos métiers, notamment dans les matériaux haute performance afin de les déployer à l'échelle mondiale. Nous avons ainsi réalisé de petites acquisitions en Allemagne ou aux Etats-Unis. Troisième priorité : le développement géographique dans de nouveaux pays, soit par des Greenfield [investissement direct dans une entreprise, NDLR], soit par des acquisitions. A l'instar de cette entreprise vietnamienne productrice de plaques de plâtre et de plaques en fibrociment utilisées en milieu humide, que nous commercialiserons en Asie du Sud-Est. Je pense aussi à Tekbond, qui nous permet de nous positionner sur le marché des adhésifs au Brésil. L'idéal, bien sûr, c'est quand une entreprise remplit ces trois critères !

Quelles sont vos zones de développement géographiques prioritaires ?

Nos investissements industriels seront clairement ciblés hors Europe, en privilégiant l'Asie (Asie du Sud-Est et Inde) et l'Amérique latine. En Europe, nous avons encore des capacités de production disponibles puisque l'activité se situe toujours en dessous de ses niveaux d'avant-crise. Il existe des exceptions cependant. En France, par exemple, le marché de l'isolation est porteur. Nous avons donc décidé, il y a trois mois, d'ouvrir une deuxième ligne de production dans notre usine Isover de Chemillé (Maine-et-Loire) en opération depuis 2010, et lancée en pleine crise.

Comment jugez-vous le marché français, où vous avez réalisé un quart de votre chiffre d'affaires en 2017 ?

La construction neuve est clairement repartie. Et la rénovation aussi depuis l'été dernier. Mais ce qui est étonnant aujourd'hui, et cette tendance a émergé très rapidement, c'est qu'avant l'été 2017, nos clients redoutaient d'embaucher, et depuis quelques semaines, ils ont du mal à recruter.

Un problème lié au manque de formation des salariés durant les années de crise. Nous devons aussi faire redécouvrir l'attractivité des métiers du BTP. Notre groupe y a un rôle à jouer. Je pense d'ailleurs que les réformes de la formation professionnelle et de l'apprentissage lancé par le gouvernement sont extrêmement importantes de ce point de vue et qu'elles vont dans le bon sens.

Vous avez déclaré vouloir faire de Saint-Gobain une marque grand public. Qu'est-ce que cela implique ?

Nos premiers clients resteront les artisans. Mais ce qui me frappe, et c'est accentué par la révolution numérique, c'est que l'utilisateur final joue un rôle de plus en plus important. Nous devons donc lui parler directement.

Qu'il soit l'occupant d'un bureau ou le particulier qui rénove son logement. Avec Internet, le client final est beaucoup plus avisé des possibilités offertes par le marché. Il devient donc un acteur clé. Le particulier qui rénove son appartement ou sa maison ne s'intéresse pas tellement à la manière dont les matériaux sont construits. Il s'intéresse à leur fonctionnalité : le confort, l'acoustique, la thermique, la qualité de l'air, l'esthétique, la robustesse. Et ça, c'est Saint-Gobain. Parler à l'utilisateur final nous permet « d'éduquer » sa demande, de le guider vers des produits à plus forte valeur ajoutée, que l'artisan ne lui proposera pas forcément. Et nous devons donc, dans le même temps, accompagner nos clients professionnels à appréhender cette relation avec un utilisateur final de plus en plus exigeant.

Il y a un an, Julie Bonamy a été nommée au poste de directrice de la stratégie et du plan, comme vous l'aviez été en 1989. Vingt et un ans après, vous deveniez P-DG. Peut-on envisager qu'en 2038, une femme dirige Saint-Gobain ?

Pourquoi 2038 ? J'espère avant. Ce sera à mon successeur ou au successeur de mon successeur de faire ce choix (rires) !

La diversité dans tous les sens du terme est essentielle et elle m'est très chère. J'ai une démarche très volontariste concernant la diversité de genre. J'ai, en effet, donné au groupe des objectifs d'augmentation importante de la représentation des femmes dans les équipes dirigeantes à l'horizon 2025.

Du travail reste à faire. Nous avançons lentement mais sûrement. D'ailleurs, le prédécesseur de Julie Bonamy était déjà une femme, Delphine Gény-Stephann, et elle est aujourd'hui membre du gouvernement.

Justement, cette passerelle révèle-t-elle un lien particulier entre Saint-Gobain et l'Etat ?

Non, il n'y a pas de lien particulier entre l'Etat et Saint-Gobain. Outre le fait que nous sommes l'une des plus grandes entreprises françaises et que nous en sommes fiers.

Nous ne dépendons pas de la commande publique, et je ne suis pas un participant régulier des voyages présidentiels. Cela étant, nous sommes engagés dans la vie de la cité. J'avais d'ailleurs déclaré il y a quelques années que j'étais très favorable à ce que le monde politique soit davantage irrigué par des représentants des entreprises.

Ce n'était pas le cas jusqu'à présent. Cela a beaucoup changé. Et c'est une bonne chose pour la France. Le monde politique est ainsi plus connecté au monde réel. Et l'entreprise, c'est la réalité.

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