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« Nous devons parler de l'art de bien construire »

Propos recueillis par Marie-Douce Albert et Jacques-Franck Degioanni |  le 08/06/2018  |  ArchitectureRéalisationsBouches-du-RhôneLoire-AtlantiqueNord

Cité de l'architecture -

Entretien avec Marie-Christine Labourdette, présidente de la Cité de l'architecture et du patrimoine

Nommée, le 1er mars dernier, à la tête de l'institution qui a célébré l'an passé ses dix ans d'existence, Marie-Christine Labourdette détaille, pour « Le Moniteur », son ambition et son plan d'action.

Pourquoi vous être présentée à la présidence de la Cité de l'architecture et du patrimoine ?

Après dix ans à la Direction des musées de France (DMF), et avec l'aboutissement du projet du Louvre Abu Dhabi, j'ai eu le sentiment d'achever un cycle et ai ressenti le désir de mobiliser différemment mes compétences acquises au fil d'un parcours mené en France et à l'étranger. Par ailleurs, la Cité me semblait réunir des entités pour lesquelles mon expérience avait sa pertinence : un musée des Monuments français, riche de collections singulières ; un projet lié à la transmission et à la formation en matière d'architecture ; un rôle d'accueil et d'échanges avec les architectes et leur public. C'est une institution composite en proie à une tension dialectique permanente, qui doit gérer tous les temps de l'architecture : l'actualité de la discipline, les débats et les enjeux ; le temps moyen de l'urbanisme et de la ville en gestation ; et le temps long du patrimoine.

Précisément, quel est votre projet ?

La Cité, qui a célébré ses dix années au palais de Chaillot l'an dernier, est à la croisée des chemins. Elle doit aujourd'hui montrer qu'elle est à la hauteur des attentes placées en elle à sa création. Je souhaite qu'elle devienne le lieu où se raconte l'histoire de l'architecture d'hier, d'aujourd'hui et de demain ; qu'elle n'apparaisse pas comme une forteresse, une institution cannibalisée par l'architecture contraignante du bâtiment qui l'abrite, mais comme un lieu ouvert : la maison commune des architectes. Elle doit accompagner le plus large public dans le désir d'architecture qu'il manifeste. Cela suppose de lui offrir des éléments de compréhension - intitulé, visuels, etc. - de sujets par ailleurs pertinents et exigeants sur le plan scientifique. Un édifice n'est pas qu'un édifice, il s'inscrit dans un environnement urbain. Nous lancerons donc prochainement un appel à projets auprès d'artistes et d'architectes, afin qu'ils s'emparent d'éléments du musée pour poser la question du contexte de leur création via une appréhension contemporaine du sujet. L'idée est de revenir ainsi à des fondamentaux de l'architecture, pour proposer des clés de lecture au public. Il nous faut redonner un fil d'Ariane au parcours muséal. Nous avons besoin d'un récit de l'histoire de l'architecture qui utilise et valorise les collections.

La Cité doit-elle s'ouvrir plus largement à l'urbain ?

L'urbanisme n'apparaît pas dans son intitulé : il n'est pas sous tutelle du ministère de la Culture. Toutefois, nous mettrons en place un nouveau format de rencontres intitulées « La forme d'une ville » - un emprunt à Baudelaire et Julien Gracq - sous la forme d'échanges entre des maîtres d'ouvrage publics, des élus, des architectes et des grands témoins économiques et culturels. Ensemble, ils débattront du bien-vivre dans l'architecture contemporaine et de l'évolution sur le long terme de villes telles que Nantes, Lille, Marseille, etc. Ces rencontres pourront se dérouler en deux parties, à Paris et sur place. Nous commencerons cet automne, avec l'ambition de huit à dix rencontres par an, en nous appuyant sur des partenariats en régions - CAUE, Ensa, etc. -pour, par exemple, retransmettre des débats en direct, dans des amphis d'écoles d'architecture. De manière générale, je ne m'interdis rien de ce qui fera rayonner la vocation nationale de la Cité, en direction de l'ensemble du territoire.

« Il y a une vie en dehors de Paris pour nos collections. »

Nous devons donc également travailler à sensibiliser les élus. On le sait : le plus important, c'est la qualité du maître d'ouvrage. Nous repenserons donc les formations qui leur sont destinées. En ce qui concerne nos collections, nous pouvons également imaginer une politique de dépôts en régions. Il y a une vie en dehors de Paris !

Les dernières expositions temporaires ont parfois été jugées peu « grand public ». Allez-vous agir sur ce point ?

L'exposition Alvar Aalto, qui se tient en ce moment, est un succès : nous retrouvons la fréquentation des années 2013-2014. Il nous faut donc des sujets attractifs, même si nous n'avons pas de martingale ! L'une de nos prochaines expositions sera « L'art du chantier, construire et démolir du XVIe au XXIe siècle ». Elle a été programmée par mon prédécesseur, Guy Amsellem, que je salue, et le projet a naturellement mûri et évolué. En effet, la Cité doit aussi parler de technique, de l'art de bien construire. Elle doit s'ancrer au cœur de l'architecture et de l'urbanisme, parler des métiers du bâtiment, et des bâtiments tels qu'ils se construisent.

Par quels autres moyens comptez-vous faire venir - et revenir - les visiteurs en nombre ?

Un quart de notre visitorat a moins de 26 ans, ce qui prouve une réelle attirance pour la discipline. Nous devons donc nous adresser aux scolaires et aux étudiants pour renforcer le lien entre histoire de l'art et architecture. Les touristes ne représentent, eux, que 15 % de notre fréquentation. La Cité ne peut faire partie des incontournables pour ceux qui visitent pour la première fois la capitale, mais nous devons attirer ceux qui y reviennent et qui sont désireux de découvrir des musées un peu différents. Cela passe par l'amélioration de la communication, pour faire connaître le lieu ; et par de la médiation, pour mettre en valeur les contenus, en particulier ce panorama de l'architecture qu'offrent le musée des Monuments français et la galerie d'architecture moderne et contemporaine. Nous devons sortir d'un musée de l'architecture qui parlerait aux seuls architectes. Il faut aussi, bien sûr, améliorer la signalétique et réinterroger notre politique tarifaire à la baisse, en particulier dans les périodes où nous ne proposons pas d'expositions temporaires. Ainsi, nous espérons faire revenir la fréquentation autour de 500 000 visites par an, c'est-à-dire au niveau d'avant les attentats de 2015 et la fermeture pour travaux de notre hall d'accueil.

De quelles ressources disposerez-vous ?

Nous sommes la seule institution au monde avec un tel périmètre, une telle surface et de tels moyens humains.

Le ministère de la Culture nous demande d'être responsables sur la gestion de notre budget. Il n'y aura donc pas d'enveloppe complémentaire. Mais je ne doute pas que le ministère nous accompagnera sur des projets pertinents voire urgents, à forte légitimité. Après… aide-toi et le ciel t'aidera ! L'ouverture du restaurant Girafe en juin, dans le hall réaménagé, face à l'un des plus beaux panoramas de Paris, participera d'une expérience de visite qui inclut la convivialité. Cette concession, adossée à une redevance annuelle de 550 000 euros, est importante pour l'institution. Enfin, je n'oublie pas nos mécènes historiques, la fondation Bouygues Immobilier principalement, que je voudrais chaleureusement remercier.

Que devient l'école de Chaillot ?

Ce département qui forme les AUE, les ABF, les ACMH est une école d'excellence, avec un impact formidable à l'international. Si la France est aussi belle, c'est grâce à l'expertise de Chaillot, et nous recevons des demandes de coopération du monde entier. Avec Benoît Melon, récemment nommé à sa direction, nous devons faire en sorte que ces formations traitent de la contextualisation du patrimoine dans l'urbanisme contemporain. Au-delà du périmètre de protection des monuments historiques, il nous faut remettre l'architecture, l'architecte et le monument dans leur environnement. On ne peut pas agir « hors sol ». Les futurs ABF doivent être mieux préparés et défendre leur posture légitime en étroit dialogue avec les architectes. A la rentrée 2019, nous enrichirons les contenus pédagogiques en ce sens.

Votre organigramme sera-t-il revu ?

La Cité est une belle institution et je ne refondrai pas son organigramme. C'est une grande famille, une unité qui fonctionne par sa différence, où l'intérêt général prédomine. Au départ, c'était un peu un mariage forcé, mais ça peut devenir un mariage d'amour et même faire de beaux enfants ! Je suis en train de remanier le Comité d'orientation scientifique qui comptera 20 membres experts, désormais tous extérieurs à la Cité. Il nous aidera, sur la base des grands axes que j'ai définis, à imaginer des projets, à proposer un schéma directeur et à enrichir la programmation.

Sa composition sera arrêtée début juillet. Mon mandat de trois ans oblige à l'enthousiasme ! Et je pense, avec Madame de Staël, que « l'enthousiasme n'est pas une vertu vulgaire ».

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