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«Nous avons expérimenté le concours en visio-conférence». Abbès Tahir, architecte
Abbès Tahir, architecte associé et directeur général délégué de l’agence Arte Charpentier Architectes. - © Arte Charpentier Architectes
Interview

«Nous avons expérimenté le concours en visio-conférence». Abbès Tahir, architecte

JACQUES-FRANCK DEGIOANNI |  le 13/04/2020  |  ProfessionCoronavirusMonde

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Travail à distance, reprise d’activité des chantiers, concours en mode visioconférence et considérations post-crise sur le logement et la ville, etc. Les réflexions d’Abbès Tahir, architecte associé et directeur général délégué de l’agence Arte Charpentier Architectes…

Comment envisagez-vous aujourd'hui l'avenir de l’agence? Surmontera-t-elle l’épreuve de la crise?

Le nombre de projets en cours de développement à l’agence (120 collaborateurs à Paris, Lyon et Shanghai) a été impacté par la crise, en particulier sur les chantiers. Pour combien de temps? C’est la grande question. Nous espérons que l’ensemble des acteurs du secteur sera bientôt dans les starting-blocks. Avec un confinement à la durée incertaine, une croissance à l’arrêt voire négative, on peut redouter une crise économique bien plus forte que celle des subprimes, au risque d’une récession aussi violente que celle de l’après seconde guerre mondiale. Malgré l'arrêt de certains de nos chantiers, les études engagées continuent de donner du travail à nombre de nos collaborateurs. Nous continuons d'ailleurs d'être sollicités sur des concours ou appels d’offres, ce qui leur redonne du moral!

Vous préparez-vous d'ores et déjà à la reprise?

L'agence s'est préparée très tôt à la situation actuelle, dès l'arrivée des premiers signes en Chine, puisque nous intervenons dans le développement urbanistique de la ville de Wuhan, épicentre de la pandémie, et que nos équipes étaient sur place à son début. Nous avons pu rapatrier la majeure partie de nos salariés et avons aidé ceux qui ont dû rester sur place, dans conditions éprouvantes. Nous sommes également présents à Shanghai, depuis plusieurs années, où nous avons une filiale. Nous avons suivi de près l'évolution de l'épidémie et commencé bien en amont à organiser un télétravail massif de l'agence. L’agence, qui a fêté ses 50 ans l’an passé, a surmonté nombre de crises. Notre objectif est de maintenir le flambeau et de penser à la génération qui suit. Notre souci est de préserver les emplois et les compétences. Agilité, capacité d'anticipation et adaptabilité sont bien présentes pour faire face aux crises. A court terme, la relance de l'activité passera d’abord par la reprise des chantiers. Il faut donc organiser les conditions sanitaires et juridiques pour sécuriser l'ensemble des intervenants et relancer la chaîne de valeurs.

Un redémarrage rapide de l'activité est-il possible? Est-il souhaitable?

Aujourd’hui, hormis certains chantiers dont nous gérons la direction d’exécution de travaux, notre activité n’a pas été fortement impactée, simplement ralentie. Nous sommes évidemment prêts à redémarrer très rapidement. Nos collaborateurs n'attendent que cela! Malheureusement, nous sommes suspendus aux décisions gouvernementales. Le confinement a été prorogé et le sera sûrement encore. Dès la sortie de crise, il appartiendra aux politiques de redonner confiance aux investisseurs. Une des questions qui devra trouver une réponse immédiate, c’est l’ordonnance du 25 mars dernier autorisant le report des instructions des autorisations d’urbanisme, qui ne va pas du tout dans le sens d’un redémarrage rapide de nos activités! Au dé-confinement, nous reprendrons notre bâton de pèlerin pour poursuivre le développement de l’agence, puisque les grands rendez-vous annuels de l’immobilier international ont été annulés. Ce redémarrage est plus que souhaitable, pour notre activité, pour notre santé économique, celle du secteur et de notre pays, mais aussi pour le moral de nos collaborateurs.

Des chantiers reprennent-ils dès à présent? Comment cela se passe t-il, très concrètement?

Oui, certains ont pris la voie de la réouverture, depuis la parution du Guide de l’OPPBTP. D’autres vont leur emboîter le pas. Si une bonne partie de nos chantiers s’est arrêtée, d’autres ont pu se poursuivre et nous veillons quotidiennement à ce que toutes les mesures de précaution soient prises. Nous demandons systématiquement à nos maîtres d'ouvrage de se rapprocher des coordinateurs SPS (Sécurité & Protection de la Santé) qui se trouvent au centre de la mêlée. L'important est de s'assurer que l'intervention des différents corps de métier qui interviennent quasi simultanément, respecte la distanciation indispensable et les règles de sécurités élémentaires. C'est évidemment une donnée inédite, qui n'est pas insurmontable, mais qui exige beaucoup de rigueur.

Quels enseignements retirer de cet épisode inédit de confinement?

Une agence d'architecture est à l’opposé du confinement, surtout une agence comme la nôtre, pluridisciplinaire, qui regroupe quatre métiers (architecture, architecture intérieure, paysage, urbanisme) et qui est profondément internationale. Notre métier est un travail d’équipe, l'architecture est une œuvre collective et de partage, fruit d’un brassage d'idées et de cultures. Le confinement va donc à l'encontre même de notre métier. Cependant, nous découvrons que nous pouvons parfaitement continuer à travailler et à échanger. Les moyens numériques nous permettent de contourner l’écueil. Confinement ne signifie pas isolement. Le télétravail offre aussi l'occasion de prendre du recul mais, chacun en convient, il y a une perte d’efficience qui est inéluctable. Sur le long terme, le traumatisme lié à cette crise engendrera des mutations sur le travail, la mobilité, l’e-commerce, le logement et l’immobilier tertiaire.
Toutes nos réunions régulières se tiennent aujourd'hui en visioconférence, et elles sont aussi efficaces. Nous avons inauguré des réunions d'agence complète via Zoom - nous en ferons une par quinzaine - avec la quasi-totalité de notre effectif national, soit plus de 100 personnes entre Paris et Lyon. Nous avons aussi un mis en place un chat qui permet des échanges rapides, informels et immédiats, entre tous les collaborateurs de l’agence, mais aussi les équipes de projet.
Surtout, nous avons fait une autre expérience récente et d'envergure : une soutenance sur un grand concours national, en visioconférence via Teams, réunissant tous les membres de l'équipe depuis leur domicile, jury, représentant du maître d’ouvrage public, architectes et ingénieurs. Avec une bonne préparation à la manipulation de l’outil, cela s'est très bien passé, la communication a été particulièrement fluide et le déroulé de notre présentation était optimal. C'est un immense progrès. Dans un monde, où les déplacements seront de plus en plus calculés selon leur bilan carbone, les moyens technologiques nous permettent de nous adapter à toutes les situations.

La conception du logement et de la ville en seront-ils modifiés? Dans quelles mesures?

Le télétravail que nous impose ce confinement permet difficilement de séparer vie professionnelle et vie privée et familiale. Une première réflexion est celle de la polyvalence de plus en plus accrue des logements pour cette raison même. Le logement doit donc être adapté à ces nouveaux enjeux et usages. Cela demande aux architectes une réflexion croisée et pluridisciplinaire, avec une adaptation des modèles existants. L’expérience du confinement rend encore plus cruciale la question de la taille et de la typologie des logements (notamment en région parisienne), mais aussi leur luminosité et leur ouverture sur l'extérieur. Tout le monde se rend compte aujourd'hui de la chance d'avoir un balcon ou une terrasse. Chacun voit la végétalisation des immeubles comme un objectif vers lequel nous devrions tendre.
Les activités de R&D au sein de l’agence nous amèneront à repenser la cellule du logement, à imaginer de nouveaux modes d’habiter, à organiser autrement nos territoires, à prendre conscience de notre espace et ses limites, ainsi que celles de nos ressources, ce sera sans doute l’une des vertus de cette crise sanitaire. Espérons qu'un des bienfaits de cette crise soit de remettre à plat nos acquis et de repenser notre modèle de la ville idéale.

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